(Un des derniers billets des BadTripDiaries pour initier le BackStage blog, en continuité comme en nouveauté.)

La mort est un jeu, pas la vie ; les sourires de façade.
Blafard et cafardeux, j'avance vers la nuit. Elle aussi. C'est le royaume des ombres, de ce qui n'est plus, de ce qui ne se voit plus. Le royaume de ce qui se ressent. Etourdi par le manque et la fumée de mes cigarettes, je m'emporte vers un destin sans but. Sans direction, sans sens. Autre qu'elle, sans elle. Une image sans reflet n'est plus qu'un mirage, mais jamais un être sinon spectral. Ou un qui a été, un ancien deux. La conjugaison est simple, terriblement. L'arithmétique aussi.
Compter ou ne pas compter, là seule est la question. Je n'ai plus que des réponses, les possibles comblés, les failles dégagées. Désespéré, je force la réalité, je force la chair. Le corps. Je l'ouvre, que ça gueule. Que ça gueule, putain ! Assez de ce silence ! Et que dégoulinent les tripes, et que hurlent les veines ! Que ça cause là-dehors comme ça bavasse là-dedans ! Que se déverse la violence, à en foutre partout, sur tout, sur elle. Du rouge ! Du rouge ! Dans tout ce noir.
Je me pénètre, de mes ongles, de ma lame. Je me viole. Je veux ressentir le dehors, enfin, encore. Je veux sortir de moi, m'enfuir. Je me baise, en chien. Je me prends en d'autres trous. Je cherche l'issue, une autre. Une autre que l'évidence, que la malédiction. Je cherche son mensonge, comme l'amour. Je me viole. Je tente le souvenir, comme la caresse. Je me baise.
Le sexe de mes poings, la queue de mon surin : je supplie le langage. Je m'abime, comme s'il y avait les mots. Acculé, il ne me reste que le biologique à vider. Il faut du sacrifice, encore et toujours ; il ne me reste rien, depuis elle, depuis toi. Je m'accroche pourtant, et je saigne. Toujours plus loin, toujours plus profond. Les coups, la déchirure. Je coule.
Redonne-moi des yeux, pour des larmes ; et des mains, pour le meurtre. Et des sourires - des vrais, qui mordent. Redonne-moi, jusqu'au sang. Un corps, autre, tien. A dévorer. A pleines dents. Un os à ronger. Nutrisco et extinguo.
Je pars, je ne voudrais pas ; je me hais, je t'aime.

nono le hool's, 30 janvier 2005