CHAPITRE HUITIEME
Satan's Hotel California - Such a lovely place

8,1. Le petit matin fond en gyrophares bleus et rouges sur le jardin d'Eden, NYC. L'inspecteur Callaghan maugrée contre la boue qui avale le cuir de ses chaussures, l'orage de fin de nuit a tout détrempé. Un temps de flic, les pieds dans la fange. La pelouse est dégueulasse, le décor est raccord. Il est même quelques gouttes éparses qui s'entêtent à tomber. Il remonte le col de son veston en laine grise, un vêtement d'hiver - il n'y a pas de saison pour les horreurs de la ville.

8,2. Le sergent de service s'essuie la bouche du revers de la manche, abandonnant son donut-café aux vermines du parc, et aux fleurs. La belle gerbe. La puanteur est insupportable, et les ennuis gastriques du policier n'y peuvent rien, sinon souligner. Callaghan s'approche de lui en pataugeant, mais il n'a pas à demander : son regard se pose lourdement sur l'aire de pique-nique alentour. D'ailleurs personne ne demande rien, chacun agit consciencieusement comme il est écrit dans le manuel. Juste la fantaisie de l'estomac du sergent qui remet ça.

8,3. S'il n'y avait cette foutue odeur, l'inspecteur n'en croirait pas ses yeux. Des cadavres nus et déchirés s'offrent comme langoureusement sur les nappes vichy, par dizaines, tel un étal de marché à la viande humaine - ou la nature morte d'un peintre trop au pied de la lettre. Le déjeuner sur l'herbe, le bonheur d'un instant de vie arrêté. Et c'est bien là qu'est l'insoutenable : les sourires. Les sourires, sur les faces blêmes des morts du petit matin new-yorkais. Les sourires, aussi entre les cuisses sanguinolentes des amants emportés. Les sourires, les putain de sourires. Callaghan réfrène un renvoi : "Whatta fuck..."

THE END
(L'épilogue demain sur le http://agitation.propagande.org/backstage)