jeudi 30 juin 2005
Par nono le hool's,
à 20:32 :: TRICK
CHAPITRE HUITIEME
Satan's Hotel California - Such a lovely place
8,1. Le petit matin fond en gyrophares bleus et rouges sur le jardin d'Eden, NYC. L'inspecteur Callaghan maugrée contre la boue qui avale le cuir de ses chaussures, l'orage de fin de nuit a tout détrempé. Un temps de flic, les pieds dans la fange. La pelouse est dégueulasse, le décor est raccord. Il est même quelques gouttes éparses qui s'entêtent à tomber. Il remonte le col de son veston en laine grise, un vêtement d'hiver - il n'y a pas de saison pour les horreurs de la ville.
8,2. Le sergent de service s'essuie la bouche du revers de la manche, abandonnant son donut-café aux vermines du parc, et aux fleurs. La belle gerbe. La puanteur est insupportable, et les ennuis gastriques du policier n'y peuvent rien, sinon souligner. Callaghan s'approche de lui en pataugeant, mais il n'a pas à demander : son regard se pose lourdement sur l'aire de pique-nique alentour. D'ailleurs personne ne demande rien, chacun agit consciencieusement comme il est écrit dans le manuel. Juste la fantaisie de l'estomac du sergent qui remet ça.
8,3. S'il n'y avait cette foutue odeur, l'inspecteur n'en croirait pas ses yeux. Des cadavres nus et déchirés s'offrent comme langoureusement sur les nappes vichy, par dizaines, tel un étal de marché à la viande humaine - ou la nature morte d'un peintre trop au pied de la lettre.
Le déjeuner sur l'herbe, le bonheur d'un instant de vie arrêté. Et c'est bien là qu'est l'insoutenable : les sourires. Les sourires, sur les faces blêmes des morts du petit matin new-yorkais. Les sourires, aussi entre les cuisses sanguinolentes des amants emportés. Les sourires, les putain de sourires. Callaghan réfrène un renvoi : "Whatta fuck..."
THE END
(L'épilogue demain sur le http://agitation.propagande.org/backstage)
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mercredi 29 juin 2005
Par nono le hool's,
à 11:50 :: TRICK
CHAPITRE SEPTIEME
Belphegor Dance Hall - Le tombeau des rois
7,1. Une odeur de bête crevée inonde la nuit du jardin d'Eden, NYC. La lune luit de nouveau, le ciel dégagé. Le corps de Maman que l'on voit danser a des reflets d'argent, et de foutre séché. Les viandes sont allongées, les hommes mutilés et les femmes comblées. Le sang recouvrent les entre-jambes de chacun. Quelques asticots s'agitent dans les restes de chocolat, ce sont les enfants des mots passés et envolés depuis, les enfants de l'amour de tout-à-l'heure. Quelque chose qui est resté malgré tout. Mais ils ne sont que des possibles, rien pour le moment. Papa Hank le sait, tout le monde le sait. Alors ils profitent des douze coups de minuit, immobiles dans l'air du temps.
7,2. Une légère brise caresse les blessures encore béantes mais si douces dans l'après. Ca pue un peu la merde mais ils se sentent si bien. Le doux souffle rend la sueur des dos froide, les échanges ont été libérateurs. Eve garde sa part d'Adam en son intime, les cuisses serrées, un peu collées. Adam offre au vent son nouveau sexe en dedans, le sacrifice fait à Eve. Ils ne sont plus homme et femme, ils sont au-delà du genre. Par la déchirure et l'amputation, ils sont complétés. Ils n'ont plus besoin de rien, ni de l'un ni de l'autre. D'ailleurs, ils ne se tiennent pas la main, juste bien.
7,3. Une sirène de police hurle à la mort dans un coin de la ville, là-bas. Où les lumières des buildings pour cartes postales s'éteignent et s'allument, comme de mystérieux messages que s'enverraient ces géants de béton, d'acier et d'irraison. Où une désillusion faite chair saute du pont de Brooklyn, elle était déjà oubliée depuis long. Où Lower Manhattan est Lower Manhattan, by night - et c'est déjà trop, la sale pute. Là-bas, dans un coin de la ville, où les sirènes de police ne sont que pour hurler à la mort. Il faut bien signifier.
By any means necessary. (Un dealeur de crack noir se fait interpeller.)
TO BE CONTINUED
(Le souvenir de mon amour disparu me réveille parfois encore :
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mardi 28 juin 2005
Par nono le hool's,
à 17:38 :: TRICK
CHAPITRE SIXIEME
Asmodee Funky Beat - Think different
6,1. Les ventres affamés justifient le jardin d'Eden, NYC. Les mouches, le gâteau, les hommes, les femmes. Tout n'est plus que sons. Le bourdonnement des insectes, la mastication des convives, le gémissement de ces dames, les râles de ces messieurs. Les corps, les êtres vivants, la biologie, la chimie, tout se mélange et se confond. Tout engloutit tout, les orifices s'emplissent. La peau noire du pullulement des paroles envolées, des mots morts, Maman caresse sa bouche de l'entre-deux. Papa y glisse une part de pâtisserie que d'autres viennent ronger. Encore d'autres viennent regarder et avaler à leur tour. Du chocolat, du sucre, de la sueur, et du foutre qui commence à perler. On mange, on baise, par tous les trous, par les milliers, les millions de mouches.
6,2. Le glaive tendu au milieu des âmes errantes, Adam entend leur appel. Tout en bas, au creux de Eve. Le gouffre à l'odeur marine, le vagissement vaginal du Léviathan lové que l'on devine. Un peu de terreur maintenant, mais surtout quelque chose de si fort, dans le fond des corps carnivores. Les insectes sur sa queue la rendent plus vivante encore, comme autonome, et la font onduler. Un sifflement. Eve appelle, dans les nuées obscures, Eve attire, dans ses intimes ouvertures. Une injonction. Le sexe d'Adam le traîne jusqu'au dedans de celui de Eve. Et les mouches. Les bouches se nouent et se sucent, se lèchent et s'échangent. Adam devient Eve, Eve devient Adam. Adam donne, Eve prend. Encore, et encore. Plus qu'un corps.
6,3. Comme toute l'assemblée partouzante, une immense et même masse. Noire, rose, brune, rouge, et bleue. Mouvante par le bruit. Le crissement du kriss, l'agitation du vit. L'éclaboussure des chattes, le feulement des lèvres enragées. Baveuses et sucrées. Ca dévore, ça jouit. Ca s'oublie, ça s'emplit. Jusqu'au coup de dents final - pour que les hommes crient, pour que les femmes aussi. Un hurlement pour signifier que tout est fini, qu'eux ont donné, qu'elles ont pris. Alors s'envolent les mouches. les milliers, les millions. Inutiles désormais. Comme ces lambeaux de chair rescapés, ces orgueils décapités, ces anatomies rassasiées. Un bout y est resté, les échaudées sont comblées. Enfin. Coule le sang, et la paix retrouvée. Les miettes.
TO BE CONTINUED
(Low cost Viagra, Penis enlarger et Apple OS-X :
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lundi 27 juin 2005
Par nono le hool's,
à 17:18 :: TRICK
CHAPITRE CINQUIEME
Baal-Zebub Waltz - I'm a human fly and I don't know why
5,1. L'odeur marine mouille les lèvres du jardin d'Eden, NYC. Dans les bouches, le lourd des mots a fait place à l'épais de la salive ; mais la même déferlante de cadavres, juste un petit peu plus précise maintenant. Ca coule aussi sur les chairs : malgré la nuit avancée, la chaleur se fait de plus en plus prenante, emportant les corps abandonnés. La puanteur des ventres à remplir et le chaud des gâteaux de Maman envahissent l'atmosphère. Dans le sel et le sucre éclosent les mouches, on ne sait d'où, peut-être des bouches, du lourd des mots qui a fait place à l'épais de la salive.
5,2. Des milliers, des millions de mouches couvrent du noir de leur nuit celle du ciel, comme les paroles de l'avant, échappées des phylactères crevés de toutes les promesses, de toutes les vanités, de tout ce que l'on croyait alors sans conséquences. L'air souillé accouche des âmes errantes des enfants mort-nés en amours de vacances, elles viennent réclamer leur part de glucose et de rédemption. Des milliers, des millions de mouchent s'abattent sur les viandes des invités, la belle robe de soirée - voilà qui est bien plus convenable, Madame, vous savez désormais que la vérité n'est pas dans la nudité.
5,3. L'exigence de la tenue correcte étant satisfaite, Maman distribue les portions. Et une bouchée pour ses belles fesses, et une bouchée pour ses belles mamelles, et une bouchée , et une autre. Papa Hank aussi y a droit ce soir, c'est fête. Dans l'assourdissant bourdonnement, des trous s'ouvrent béants au milieu des amas d'insectes : les mâchoires ne s'agitent plus que pour mastiquer. Et avaler. Et une bouchée, et une autre. Et des bouts, pour les mouches, pour les bouches, pour le noir, dans le noir. Des milliers, des millions. En haut, en bas. Pour Adam, pour Eve. Les ailes, les pattes. Grouillent, mouillent. Les dents, le proboscis. Bavent, bave. - Les êtres vivants se remplissent. Mmmmmh,
I'm loving it.
TO BE CONTINUED
(Un Double Quarter Pounder, une grande frite et un Diet Coke :
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vendredi 24 juin 2005
Par nono le hool's,
à 17:15 :: TRICK
CHAPITRE QUATRIEME
Leviathan pigtail - The true meaning of fear
4,1. La queue est tendue au fond du jardin d'Eden, NYC. Chacun fébrile dans l'attente de sa part du gâteau. Qui le roi, qui la reine ? Pour les autres la peine. Maman aime à faire durer, et personne n'oserait protester - privé de dessert ! Au lit sans manger, voilà bien une chose inconcevable pour les rivières de diamants sur les seins refaits de ces dames. Au pieu sans en croquer, voici encore une autre incongruité pour les longues canines des palais dorés de ces messieurs. Il nous est dû de bouffer, coûte que coûte ! (même la peau des couilles, ou celle remontée de la façade de leurs amuseuses privées).
4,2. On ne tire pas la gueule, que des avantages ; et on sourit pour étaler la bonne santé de ses affaires. On fait montre de son bon parti, on exhibe ses attributs en actions. Comme si le hasard pouvait en avoir quelque chose à fiche de la belle parade. Maman en fait cas un peu plus : la fève sera sélective. Est-ce à dire que le jeu est double, l'image truquée ? Certains croient le rêver en invoquant Paul Auster (qui ne viendra pas) - verser dans le référent culturel dispense de tout sérieux dans le propos. Toujours est-il que personne ne moufte, et tout le monde reste pour fêter la fin du Ramadan.
4,3. Peut-être Abel et Cain qui bougonnent un tantinet, mais c'est l'Etat fédéral qui est le sujet de leur grogne : trop d'impôts. Et puis une bonne milice d'auto-défense, voilà un excellent moyen d'oublier les différents du passé. L'union fait la violence force. Goodbye Kmart and CIA, hello the Independence Day !
Brothers in arms, on essuie une larme. Il n'est que des happy ends au pays de la libre entreprise. Pour cela, Maman fermera les yeux sur cette entorse au silence. et puis tout est redevenu calme. A nouveau. Juste une odeur, marine, qui remonte aux narines d'Adam, qui remonte des abysses d'Eve, comme un monstre qui se fait annoncer. Un vagin aux dents acérées, au milieu des sourires carnassiers. (Un haut-parleur :) When beaches open this summer, you will be taken by Jaws.
TO BE CONTINUED
( Lee Harvey Oswald, Norma Jean Baker et épiphanie :
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jeudi 23 juin 2005
Par nono le hool's,
à 20:51 :: TRICK
CHAPITRE TROISIEME
Les rois du Monde - Mammon Blues
3,1. And the beat goes on au jardin d'Eden, NYC. "Quelle élégante robe vous n'avez pas mise ma chère !" "Quel magnifique tuxedo vous n'avez pas loué mon cher !" Les corps sont tendres dans la moiteur de l'été, les regards s'y lovent sans retenue, qu'en arriérés. Là dans la nudité, tous connaissent le prix à payer, le prix d'entrée. Tous transpirent mais tous parlent, de leurs villas avec piscine à Saint Tropez (Do you ?), de leur moniteur de tire-fesses à Aspen (Is she ?), de leurs enfants choristes à Broadway (To be ?). Tous se recouvrent de sueur animale mais tous devisent, des cours de Wall Street au long time ago dans la prairie, des traders aux pionniers -
Papa was a rolling stone.
3,2. Papa Hank ramasse sa mousse qu'il vient de laisser tomber en essayant de séparer les deux frères procéduriers qui ont décidé d'en venir aux mains (après tout, ils sont à poil). L'agent secret fou de rage tente d'utiliser hic et nunc son permis de tuer ; l'épicier arabe pour le narguer fait l'avion : "Vroum ! Vroum ! Je suis le roi des cieux !" Cain le saisit par la queue. Abel se retourne violemment en deux tours trois mouvements : Mawashi Geri dans ta gueule brother ! L'autre saigne, il voit rouge. Joseph McCarthy intervient sur le champ : "Il faut tout arrêter et tout le monde ! Qu'on appelle la police !" Fox News braque ses projecteurs, suivent les autres chaînes. Le sénateur accuse : "No one is innocent !"
3,3. Là dans la nudité, tous connaissent le prix à payer. Alors Maman descend avec son gâteau et découpe la galette, c'est la distribution des parts. Les convives se calment subitement, même les deux frères. Chacun se tape la queue, à la file indienne, pour savoir qui déterrera la hache de guerre - dans quelle sépulture ? Le parc devient silencieux, les respirations retenues. Les corps continuent à transpirer mais il n'y a plus les mots. Quelque chose est en train de revenir, quelque chose est en train de devenir. Adam est devant Eve, il sent son souffle sur sa nuque. Adam sait qu'il devra se retourner, le moment venu. Eve aussi. Le moment, venu. (Fade out).
TO BE CONTINUED
( Cardiologie, Docteur Werther et Bel Air Hospital :
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mercredi 22 juin 2005
Par nono le hool's,
à 19:04 :: TRICK
CHAPITRE DEUXIEME
Orgueil et barbarie - Lucifer in the Sky with Diamonds
2,1. Du monde il y en a au jardin d'Eden, NYC : les sunlights et les flashs. L'évènement se doit d'être couvert par ce froid de l'illustre et juin n'y peut rien. Dan Rather si, c'est même lui qui passe les plats. Plats de côte et coteaux californiens, seconds couteaux et côtes de popularité. Le carton de l'année pour les paparazzi, papa ravi a réussi son coup : il est heureux le vieux Hank à vomir son mauvais whisky au tempo de la station classique. Il sait déjà qu'il en fera une poésie pour la Beat Generation, avant de ne pas faire d'enfant à une pute de la Cinquième Avenue. Mais chut, maman est là !
2,2. Maman est en haut qui fait des gateaux - elle a toujours été dominatrice, la vieille salope, à venir demander la gueule trop enfarinée pourquoi la bite qu'elle vient de croquer ne trique pas. Mais papa s'en branle, il est en bas qui se marre avec son chocolat : il fabrique un drôle de petit bonhomme, le fruit de ses entrailles, cacao et sucre glace. Michael Jackson entame un Moon Walk éclairé avant de s'écrouler sur le dance floor. Papa Hank affolé se précipite auprès de lui : bande-t-il encore ? Par le bouche-à-bouche du pompier de service le roi de la pop revient à lui, par le bouche à oreille la foule accourue aux nouvelles se rassure d'enfants émerveillés - the show must go on !
2,3. Décrochant à son tour le téléphone arabe
Candy says I’d like to know completely what others so discretely talk about. Au bout du fil Saddam Hussein lui répond que c'est pas ses oignons et qu'avec les côtelettes d'agneau le ketchup Heinz est bien meilleur. Parce qu'après tout, c'est bien un barbecue, les voisins qui fraternisent. Qui s'intéresse à ce qui se passe en cuisine, ou dans le placard hier soir, aux raisons des larmes de papa ? Tout ça sera pour la gueule de bois des journaux du dimanche, maintenant il est la nuit sous l'éclairage électrique. Le vin d'honneur, la Budweiser. Adam arrache à Eve son Super Bowl XXL pour l'oeil de la caméra bandante : cueillez le jour, l'intendance est assurée, with Paul Shaffer and the CBS Orchestra ! (Applause track and recorded laugh).
TO BE CONTINUED
(Microsoft Longhorn, Washington Redskins et des barbelés sur la prairie :
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mardi 21 juin 2005
Par nono le hool's,
à 20:14 :: TRICK
CHAPITRE PREMIER
Bereshit bara Elohim - It's only words
1,1. Le taxi stoppe poliment devant la grille ouverte du jardin d'Eden, NYC. Le conducteur payé s'en ira attendre ailleurs les prochaines pluies purificatrices : il reste les églises, le cinéma porno, le temps à tuer à ne pas se demander si Iris a réussi son épreuve du Bac.
C'est dur d'être un héros chante l'autoradio. Il relira Elisée Reclus sur les experiences de démocratie directe.
1,2. Ses passagers s'engouffrent dans le parc, les nudistes y fêtent en musique le solstice d'été. Et peut-être des sacrifices de vierges, ça dépendra de la météo. On a annoncé de l'orage dans les médias, mais Adam et Eve ne les écoutent jamais : ils n'ont pas encore été créés, la fin n'a pour le moment rien à justifier. Ils sont innocents, les enfants d'avant la cybernétique, quand sa nécessité ne se fait pas encore sentir. Quand le corps ne se sait debout et mésestime un souffle au coeur. Ils sont homme et femme, abstraits.
1,3. Un très beau couple que ceux-là, à coup sûr les cover stars du prochain V Life. Parce qu'il y en a de quoi publier un grand reportage photo sinon un livre best seller de ce festin cul nu, de ce barbecue naturiste. Hollywood nous a gâté : un zoophile ivre mort baigne dans sa pisse sous un arbre, reniflé par quelques chiens mouillés, une colombe vient lui chier sur la tronche ; un syndicaliste de la Nouvelle Vague poétise en arabesques sur ses plaies on the rocks, un veau dort sur ses Birkenstock ; un agent de la CIA menace de procès pour concurrence déloyale son frère taliban chez Kmart , un agneau gobe leurs salades... Et encore, et d'autres : send me the next issue of V Life - if I like that issue, I'll get 10 more, a total of 11, and pay just $17.95 !
TO BE CONTINUED
(Cochon sur le grill, NYPD et émeutes raciales :
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lundi 20 juin 2005
Par nono le hool's,
à 18:32 :: TRICK
Il en a encore beaucoup à raconter le petit monsieur ? Et c'est quand qu'il va prendre sa baguette et payer ? Et se casser ! Mais il reste là, à tripoter les pains, des miches à manger, la croûte à gratter, la mie d'un autre. On n'est pas au musée ici, encore moins chez le gynéco, il faut acheter ! Il faut débourser ! Tout ici est fait pour avaler, pas pour contempler : les yeux ne sont là que pour guider les dents. Pour remplir le dedans - mais pas complètement, on doit revenir demain. Et recommencer, c'est la vie.
Mais le petit monsieur, il n'a encore rien décidé ! Il reste planté à bavasser, à discuter le bout de gras avec les croissants au jambon, à prendre les brioches pour les viennoiseries du bon docteur Freud. Et vas-y que je te refais la traversée en solitaire du Pont Neuf en vélo sans selle, et vas-y que je te rejoue la grande scène du cinq-à-sept qui a été un peu avancée cette fois-ci pour des raisons scolaires, et vas-y que je te prends des postures d'imposteur de la littérature posteur de billets pour blogs et jeunes filles (facteur !), et vas-y que je te déballe mon fameux numéro du cabaret du petit oiseau pour japonais et appareils photo (in A minor), et vas-y ! Et vas-y ! Vas-y, bordel ! Prends-la ta baguette !
Mais non, le petit monsieur est têtu. Il préfère tirer des plans sur la comète que d'aller marcher sur la Lune. Ou mieux, pas besoin de fusée : juste prendre son bâtard à la main, celui bien roulé par sa mère la pute (il faut bien nourrir sinon la patrie au moins la famille), et retourner dans le trou d'où il est sorti - ça ne sera que 76 centimes ! Pourquoi encore hésiter ? Le beau voyage, heureux comme Ulysse, Nono le petit robot, l'ami d'Hercule, celui qui recule. Comment veut-il ? Pourquoi ne peut-il ? Merde !
Le petit monsieur se réveille enfin : il s'est rêvé grand homme. Alors il sera musicien et compositeur, pas chef d'orchestre. Il laisse sa baguette à la boulangère, le bec enfariné.
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dimanche 19 juin 2005
Par nono le hool's,
à 16:46 :: TRICK
(Dimanche matin, après de nombreuses feuilles griffonnées, à la va-vite, à la nuit, et au sommeil épisodique. Voix off, avertissement.)
Je ne voulais écrire hier, même si toi, lecteur, tu bandais ; nous avons le désir difficile. J'ai préféré me vautrer devant la télé, errer de chaînes en chaînes, pour ne rien trouver ; mais ça n'a jamais empêché quiconque de continuer. J'ai reçu, j'ai avalé, des émissions compilations, un peu connes, un peu rien, de Arthur à Arte. C'est une fin de saison, histoire de revoir les meilleurs morceaux de l'année, sélectionnés. Alors, à moi aussi de m'y coller, de m'y engluer. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas le choix.
(Les lumières s'éteignent, le rideau se lève.)
Lecteur, tu voulais baiser : ce n'est pas le moment de baisser ton froc. Ici on regarde, on ne touche pas ; le patron du peep-show c'est moi, et la vedette aussi. Je suis la reine des allumeuses. Pose ton cul, ferme ta gueule, et applaudis l'artiste.
(Entrée en piste de l'effeuilleuse, elle porte un slip brésilien, une ceinture de bananes et un plateau de viande - du boeuf.)
La mémoire est un fleuve, noir, et gris aussi le jour. Il faut bien l'habiller de rives, avec des arbres et des terres, des ports et des maisons, des barques d'amoureux et des noyés ; ça nécessite de la poésie, de la politesse et de la fesse. Je patauge dans la littérature : il y aura donc de tout ça, et un air de jazz. Un septembre de l'avant.
Et un octobre, fendu en son milieu, comme une femme offerte. Putain.
(La danseuse vacille un peu, une rumeur inquiète monte du public.)
Les cuisses écartées, le sexe béant et les dents souriantes, il était temps de consommer le dit, d'enfanter l'étant. L'accouchement du fils du Malin, et de la Maline - après le cérémonial festin et les sacrifices de vierges vient l'addition. Et deux cafés, garçon ! La tasse. Noire, et grise aussi le jour.
Fini le plaisir, maintenant le jouir.
(L'artiste traverse la scène en quelques pointes et ronds de jambes, pour finir à quatre pattes. Elle aboie.)
Lecteur, il est midi passé, la messe est terminée : assez rabâché ce que déjà tu sais. Au plus profond de toi, dans tes yeux - je le vois. Ce ne sont là que bavardages et lieux communs. Après la pluie vient le beau temps, et le pourrissement au soleil. Et la cruche qui tant va à l'eau, et les pierres qui roulent, et...
(De la salle s'échappe un cri : - Et ta mère ?)
Ma mère qui bat le beurre de mon père pour le repas dominical (il est l'heure) : le poulet rôti. Le dindon de la farce, qui se rêve albatros. Alors rêvons : à table !
(D'on ne sait où se diffuse un fumet faisandé.)
Mange, lecteur, régale-toi, ce n'est que pour toi, toi qui voulais baiser. Voici de la viande, dorée. Excuse-moi de ne pas t'accompagner : je t'ai causé politesse, je ne parlerai pas la bouche pleine. Te voilà étonné de découvrir en moi une parole ? Profitons-en : extrapolons les grâces !
(La strip-teaseuse se signe, et lâche un pet.)
Comme les copains, lecteur, tu as si faim, le biologique pressant : remercions le Seigneur pour le spectacle, et le roi pour le plat de résistance que voilà. Prends du vin aussi, le sang du Fils, il n'y en a que trop, et que trop besoin.
(Le couteau découpe.)
Le sang du Fils, le fleuve, noir, et gris aussi le jour. Mais c'était le soir.
En janvier, une histoire qui vieillissait sur la promenade du Pont Neuf. Et quelque chose qui s'est arrêté. Le manteau sombre et le regard vide, je fuyais ma maison où s'entassaient les cadavres encore remuants. Je ne voulais qu'abandonner l'épouvante et la panique, mes enfants mort-nés : la vie. Simplement. Je suivais les lumières électriques, je savais où. Enfin.
(Un spectateur rote.)
Longtemps déjà que j'imaginais cette issue comme la seule, il me fallait être conséquent, et aussi comme heureux : il y avait une issue. Je ne crois pas avoir souri, et peut-être que si. Je me souviens de l'eau, couleur du temps. Je sentais l'hiver comme une éternité. En paix.
La continuité pesait tant, la malédiction : je devais me taire.
(On ressort et ressert les apéritifs, le trou localisé : normand. Mise en abîme, perspective.)
Car le vide est profond, et rien d'autre n'a de relief, depuis long. Toujours ?
Combien de fois suis-je revenu à la vie par la mort. Combien de fois ai-je fini un ailleurs par cette ponctuation. Combien de fois ensuite ai-je menti. Seuls les espoirs ont crevé, les uns après les autres, comme si chacun attendait son tour pour, patiemment. Le billet pour le manège, croyant effrontément attraper le pompon son moment venu. Tout tourne oui, mais à la gerbe. Et étrangement ne reste qu'un soulagement. Passager.
La vie n'est pas un spectacle, mais qu'une répétition. Infinie. Pour de faux. Un semblant de représentation.
(Le pompier du théâtre, affolé : - The show must go on !)
Combien de fois. Combien de fois. Sans cesse le même scénario, la même pièce. De second choix, unique. A l'envi, en veux-tu en voilà. La même scène toujours rejouée, avec pourtant l'étrange impression de m'être trompé de film ; mais qu'il était trop tard pour en changer, de toute façon. Et puis, à quoi bon ? J'étais la tête d'affiche, la star internationale, dans le rôle qu'on m'avait écrit, et pour lequel on allait m'applaudir. (Oui, toi aussi, lecteur.)
Et tant pis si je ne suis pas crédible : je donnerai tout. Et je donne tout, à chaque fois. Combien de fois.
(Les garçons de salle servent des salades.)
Combien de fois. La même scène. A l'épure cependant : coups après coups ne garder que l'essentiel. Le ciel. Celui par le haut des vitres de l'ambulance, couché, celui par la fenêtre de la chambre jaune, en équilibre, celui dans les yeux de la Garonne, reflété. L'image. Et aussi le vomi, ou la merde noire - laver la tête par l'estomac. Chier. Le ciel.
Les mouches sont les anges de nos espérances infirmières, les âmes heureuses.
(Le public s'émerveille : - Oh la belle bleue !)
Il n'y a plus d'hôpital, ni celui-ci, ni l'autre d'après. Il n'y aura bientôt plus de rédemption. Alors. Et la scène (combien de fois), et le crime qui la justifie ?
Aujourd'hui la réponse a de nouveau laissé place à un simulacre de question. La cour de récréation, un espace de liberté. Peut-être le parc, et le désir du jardin botanique encore. La main sur le sexe, je m'en raconte des bobards. Jusqu'au bout, si dur. Jusqu'aux autres bouches d'en bas les ventres. Jusqu'au coeur. (Combien de fois.)
(Les noceurs en veulent pour leur argent : - Bis ! Bis !)
En janvier, une histoire qui vieillissait sur la promenade du Pont Neuf. Et quelque chose qui s'est arrêté. Une heure, ou deux, ou trois. Un soir. Quelque chose qui n'en finissait pas de recommencer. Où tout était enfin devenu immobile, dans le mouvement du fleuve, et par lui. Où tout semblait enfin devenu possible. Dans cet autre lit. Que s'est-il passé ?
Presque rien, certainement. Peut-être le souvenir de l'ami. Et le presque et le peut-être, même aussi peu, ont suffi. Il n'y avait plus rien. Plus plus rien. Alors est revenue la douleur, et loin déjà était l'instant de grâce. Retour dans la ville, le bruit des voitures, les éclats des bars. Et les lumières électriques qui m'avaient guidé là.
Dans l'eau, je n'y ai laissé que le regard. Vide.
(Des permissionnaires commandent des coupes Colonel.)
Je savais qu'il me faudrait encore donner, le vertige retrouvé après l'oeil du cyclone. Après la paix, après les possibles comblés. L'épouvante et la panique, mes enfants mort-nés : la vie. Les cadavres qui m'attendaient, la chatte détrempée.
Et j'ai donné. Mon dû, ma part. Encore. En corps. De mes veines, de ma déveine. Les bras nus. Ouverts. Rouge. la passion. Noir. Le sang du Fils.
Je m'en suis retourné à la littérature, à la lame, au couteau. J'ai signifié, je me suis réinscrit dans la représentation. La poésie, sous la peau, dans la chair. Au plus profond.
Dans l'intime vérité, l'ultime recours du langage, dans la viande découpée, je t'ai parlé. Lecteur. Moi, écrit. Et gris aussi le jour.
(La critique est sans pitié : - Tout ceci n'a ni queue ni tête !)
Il fallait couper court, en voici le résultat.
Et puis te voilà fort aise de railleries, lecteur, maintenant que tu es repu. Comme si le mécanisme digestif pouvait aussi t'absoudre : tu ne manques pas d'air ! (Retiens-toi d'une pirouette gastrique, ce n'est pas un cirque ici !)
Qui voulait baiser, déjà hier ? Qui n'a eu de cesse de me harceler ? Je ne connais que trop ton silence... Tu voulais baiser, lecteur, et regarde tes effets : ton pantalon souillé d'amour épuisé.
Pourtant tout est tellement beau avant. Si riche qu'en promesses.
Pauvres de nous !
(Le public se lève, quelque peu dépité, une femme lance un "Parle pour toi !" ; la danseuse tend son plateau de viande : - A votre bon coeur, Mesdames et Messieurs !)
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