nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
vendredi 10 juin 2005

Cold Wave Surf

La vie comme la lame tranchante d'un abysse d'amour. Le sexe coule un souvenir de sang, et un passé qui aurait pu faire croire en lui-même. Maintenant je chiale et je dors et j'écris : une ligne de basse, les jours qui se passent. Rythmique. Onde froide. Le mid-tempo fluvial du lit.
Bien sûr il y eut quelques arrêtés, et peut-être encore bientôt. Bien sûr. Des rives et un pont ; des justifications et une localisation. Des mots du coeur (et les yeux, les yeux !), la main de ta soeur et le zouave fait amoureux. Une culotte et des couleurs, le bleu.
Bien sûr. Ca ressemblait à du vrai, et peut-être que ça l'était dans le sec de la ville. Le marinier se voyait déjà capitaine (plus tard, bien plus tard, j'en ai acheté la casquette). Et puis l'embarquement, et puis la nuit d'automne, et puis le soir de janvier. Echoué, naufragé. Je sens la marée, je pue des traversées - planté dans la terre cependant. Je n'ai plus qu'à ronger ma racine, celle bien ancrée dans tes hauts-fonds pourrissants, et m'en aller emporté par n'importe quelle mer putain.
Il n'est pourtant plus de grands vents, fi des rêves de tempêtes ou d'ouragans tropicaux. Que la banquise qui quelquefois se détache. La flottaison, et la ligne de basse. Rythmique. Onde froide. Je chiale et je dors et j'écris - que je chiale et que je dors et que j'écris. Je me nourris de moi-même, sur mon radeau de phallus, je me digère, je m'assimile, je me fonds. Je me fais art - un rapport au monde de son loisir inexorable.
Je goûte désormais à la croisière au long cours, en vacancier. Il n'y a rien à faire, ni à désirer. Je suis emporté, errant par le voyage organisé. Comme les copains et les hommes d'équipage. Comme les animaux marins et les ordures des cargos. Il ne reste qu'à suivre le courant, après la source, après les monts, après les plaines, après les bras rivières, après l'embouchure qui dégueule, après l'océan qui ravale, après l'après. Toujours après. Et loin, où toutes les histoires viennent se noyer, inéluctablement et à jamais. Là-bas, où je t'attendrai, un verre à la main.
jeudi 9 juin 2005

Prochain Arrêt

Ligne 66, 9 heures.
Le soleil découpe en ombres sur mon bras droit le lettrage de la vitre. Un envers retourné, et pas tout à fait : (ISSUE DE) SECOURS.
- Va bosser, branleur !
mercredi 8 juin 2005

Marina Et French Riviera (billet retour)

François Weyergans me tombe des mains, mes yeux glissent en sommeil. De la littérature au Réel : le rêve (extrait).

Casper The Friendly Ghost
De ce vieux manoir hanté, je m'échappe par la nuit avec mon vieil ami du dessin animé. La diligence motorisée aura du mal à démarrer, nous le savons. Mais imaginer la manoeuvre suffit à la rendre effective et déjà, nous sommes dans le jour du dehors. En fuite.

Speeding Motorcycle
La pente est acérée, les virages si serrés, trop. A tombeau ouvert nous sauvons notre peau, moi et mon vieil ami du dessin animé. Le jeu est impossible et pourtant : nous fonçons à une vitesse incontrôlée en même temps que nous restons figés dans l'immobilité. La terreur et l'angoisse. Le vertige, infini. Le mouvement et la couleur.

Et d'autres détails, bien plus importants.
Retour à la littérature, à l'existence, au milieu de l'après-midi, à mon sexe à demi bandant dessous le 501 - sur le canapé. Le téléphone sonne, trop tard. Une clope et je me réveille un peu : j'écris ce billet. Un café et je me réveille entier. Je m'arrange des exigences biologiques, je suis une possibilité.

Love Not Dead

And so I'll dream of her
For a thousand years
Until I see another girl

[DANIEL JOHNSTON, "Love Not Dead"]

Marina Et French Riviera (invitation au voyage)

Je repose au milieu des choses
dans le silence des voix,
sur mon séant annihilé
et les issues bouchées
je jouis en sécurité :

J'ai le bonheur
occidental
et le voyage
organisé.

Tout baigne
dans l'ordre et la
paix,

la mort comme un
été

- comptant.
mardi 7 juin 2005

Sérénade

Lardez-moi de cris et de bruits
Retirez les mots de ma gueule
Brisez la chienne que je suis
Maîtresse, cassez-moi la queue

Et caressez
Le délicieux aveu
Du cyclope envieux
Au coeur fessier

Maîtresse, ouvrez-moi en deux
Le ventre juteux comme un fruit
Retirez les mots de ma gueule
Lardez-moi de cris et de bruits

I Wanna Be Your Dog

And now I'm ready to feel your hand
And lose my heart on the burning sands

[THE STOOGES, "I wanna Be Your Dog"]
lundi 6 juin 2005

Pas de Danse

Les vagins cicatrisés
de mon ventre et mes bras,
monuments aux morts
de ton ventre et tes bras

Le coeur : touché
le corps : coulant
sonné, hurlant
la larme du

sang

Toi,

tu es
restée de côté
en arrêt

quand tout continuait
quand tout continuait

Ce n'était que de l'amour
et rien

d'autre.
dimanche 5 juin 2005

Rythme Moderne

Une cigarette après
l'autre, tenir
jusqu'au mégot

debout
- ou tout comme

en bouts
de quelques choses

après la violence
- les épisodes

Une cigarette après
l'autre, vivre
de cendres.
samedi 4 juin 2005

Der Steppenwolf

Dans la ville un troupeau :
le même t-shirt, le même bermuda, le même chapeau
rigolo.
Encore
des joueurs ou des supporters
de je ne sais quel
sport collectif.

Ils crient et rient :
Ils savent bien que l'union
fait la force pour
que le ridicule ne puisse tuer.
Ils savent
bien.

Immortels.

(Je retourne dans mon antre,
mon amour me manque)