Cloué sur la chaise pas sur la croix, j'attends mes trente-trois printemps. Quelques uns ont déjà foutu le camp dans le bleu ou le gris-vert de leurs yeux, la résurrection ajournée. Et d'autres qui ont directement été. Planté sur la colline je contemple les sombres étendues des mers cadavériques ; les noyés ont tout avalé. Je me repasse sans cesse le film dans ma tête : quelque chose a merdé dans le scénario. C'était pas ça qui était prévu - du moins pas ce que l'on m'avait toujours dit. Tous ont péri sauf moi qui étais censé être le héros, à sacrifier. Je n'ai sauvé personne, et tout le monde est mort pour moi, là en bas. Moi, le cul sur la chaise, la chaise sur la colline. Je ne suis pas le roi des juifs, peut-être parce que je ne suis pas né à Nazareth, ou à Seattle, WA. Même pas celui des cons, vive l'anarchie. Je suis le Christ inversé ; La gueule à l'envers, la queue en l'air, et le monde en décomposition.

Je ne sais pas pourquoi mais le résultat est là, il faut y faire avec. Comme je dois y faire avec ce début de texte tapé aux alentours de midi, et que je reprends à 18 heures passées. Je n'entrave plus que dalle à ce baragouinage masturbatoire laissé en suspens, comment (me) finir ? Je viens de lire un blog qui causait dents de sagesse en douleur (*), j'ai maintenant mal au fond de ma mâchoire.
Dent, couronne, roi et puis la souffrance rachetée à crédit, celle qu'on reprend généreusement à son compte : les idées en association de malfaiteurs - le langage. On ne peut que le procès d'intention et cela suffit pour qualifier le péché. Alors je me retrouve cloué sur la chaise, près d'une fenêtre sur cour comme une colline. Alors l'odeur marine des flots de souvenirs crevés me remonte à l'âme et le coeur. Alors revient la question : à qui la faute puisque tous ont péri ? Il serait facile de dire que mon père n'était pas charpentier cocu mais prothésiste dentaire.
Il serait facile, et sans doute pas. De toutes façons, je ne le ferai pas. Je ne ferai rien, comme à mon habitude. Je resterai à contempler les macchabées tomber tout en continuant à rater mes suicides, en ignorant superbement cette absurde théorie de la balle perdue. Je ne plaiderai pas coupable puisque les autres ont payé ; qu'importe la justice posthume, les vivants sauvent leur peau. Je me ferai une raison, même si ça ne sert à rien. Je ne ferai rien. Comme à mon habitude.
Je raconterai un peu, ça remplira quelques billets pour ce site, ça justifiera mon prochain disque, et des lettres d'amour aussi. Quelques larmes au milieu de l'ennui. Je me dirai que demain il faudra bien, et au fond du désespoir trouver un nouveau mensonge à croire, un rêve à la con, la rédemption d'un instant. Et ça suffit, juste assez pour ne pas y passer, et c'est tout. Rien.
Ni en bien, ni en mal. La lâcheté en destin, une planète morte depuis long et les meurtres en satellites. Je n'assumerai pas et surtout pas la dette (laquelle ?). J'affronterai seulement le regard mais ne le soutiendrai pas, et l'histoire passera, sans moi. Les histoires passent toujours. Est-ce encore une défaite lorsque l'on perd sans combattre ? Ce n'est ni une vie, ni une mort, rien, qu'un abandon en condition.

Quinze jours après les premiers attentats meurtriers, Londres a subi une nouvelle vague d'attaques terroristes. Cette fois-ci les charges n'ont pas explosé. Ce matin à Stockwell Station des policiers ont abattu un individu suspect - Scotland Yard se refuse encore à toute précision.

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(*) http://www.u-blog.net/buffetfroid