Les journées assis là, les coudes sur le bureau, une main qui tient la tête (ce n'est même pas un poing). Et le silence avec au loin la rumeur de la rue, mais pas de musique : réduire au maximum l'esthétique, de temps en temps une cigarette. Le regard errant sur ces objets si vus et tant reluqués qu'ils me sortent par les yeux - ça ne vaudra pas des larmes. Je suis dedans chez moi et dedans le monde, du moins j'en ai l'air : je repose sur les choses. Et pourtant, encore là à tenter le verbe pour dépasser le non-étant, un début. En vain, toujours en vain. Des projets passionnants s'entassent dans le retard jusqu'à en mourir un jour : de l'électricité et des chansons, des images aussi, des cartes au trésor. Les bonheurs d'un ailleurs, les promesses d'un autre temps qui ne vient jamais. J'ai dépassé l'échec, je surnage dans l'absurde. Et le plus inquiétant : cela ne m'inquiète plus.

De derrière une fenêtre de la cour, on entend la femme d'un couple qui fait l'amour.