nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
vendredi 29 juillet 2005

En Dehors des Miroirs

en dehors des miroirs peut-être quelques reflets égarés au coin d'un oeil

Miroir de la Salle de Bains

je me suis fait encore du mal aujourd'hui
jeudi 28 juillet 2005

Langue Morte

Quand tu ne m'as plus embrassé,
ma langue est devenue noire.

Les mots d'amour abandonnés là,
en phrases lourdes et chargées,
le canon dans la bouche
- l'alphabet couleur poudre.

La littérature s'est faite sauter
le caisson
en lieu et place de ma gueule,
au dedans il n'y a plus eu
que des souvenirs en cadavres,
du passé décomposé.

De la conjugaison funéraire
ma langue a pourri et la vie
en a tant péri
que la mort aussi.

Les limbes de l'écrit,
au-delà du hurlement :
je ne parle
rien, ma nA,
j'aimais.

Quand tu ne m'as plus embrassé,
j'ai perdu le goût de tout.
lundi 25 juillet 2005

Bedroom / Boredom

Ni vivant ni mort, ni mort ni vivant, la rivière me porte, un corps dans le courant.

*
*    *

Il n'est qu'une seule issue à cet ennui infini, qu'un seul ailleurs et c'est la douleur.

La douleur atroce, vive et violente
- blanche
La douleur dans la terreur, l'angoisse et la peur
- noire
La douleur plutôt que la torpeur et l'ennui
- gris

Alors, n'importe qui, n'importe quoi,
aime
moi - n'importe qui, n'importe quoi.

Donne-moi la douleur et la terreur
Le pire en sera toujours meilleur
Fais-moi la mort comme un bout de vie
Que quelque chose enfin soit fini
Que quelque chose enfin soit par l'ayant été
Donne-moi de l'existence, fais-moi crever

Mais je t'en supplie, ne me laisse pas
Dans ce rien sans le mal ni le bien
Mais je t'en supplie, ne me laisse pas
N'importe qui, n'importe quoi

(Mais je t'en supplie)
samedi 23 juillet 2005

Samedi 23 Juillet, 15 Heures 20 Minutes

Les journées assis là, les coudes sur le bureau, une main qui tient la tête (ce n'est même pas un poing). Et le silence avec au loin la rumeur de la rue, mais pas de musique : réduire au maximum l'esthétique, de temps en temps une cigarette. Le regard errant sur ces objets si vus et tant reluqués qu'ils me sortent par les yeux - ça ne vaudra pas des larmes. Je suis dedans chez moi et dedans le monde, du moins j'en ai l'air : je repose sur les choses. Et pourtant, encore là à tenter le verbe pour dépasser le non-étant, un début. En vain, toujours en vain. Des projets passionnants s'entassent dans le retard jusqu'à en mourir un jour : de l'électricité et des chansons, des images aussi, des cartes au trésor. Les bonheurs d'un ailleurs, les promesses d'un autre temps qui ne vient jamais. J'ai dépassé l'échec, je surnage dans l'absurde. Et le plus inquiétant : cela ne m'inquiète plus.

De derrière une fenêtre de la cour, on entend la femme d'un couple qui fait l'amour.

Mais Pas Chez Moi

Non ce n'est rien
C'est bien pire que ça

[A.S DRAGON, "Mais Pas Chez Moi"]
vendredi 22 juillet 2005

Underground

Cloué sur la chaise pas sur la croix, j'attends mes trente-trois printemps. Quelques uns ont déjà foutu le camp dans le bleu ou le gris-vert de leurs yeux, la résurrection ajournée. Et d'autres qui ont directement été. Planté sur la colline je contemple les sombres étendues des mers cadavériques ; les noyés ont tout avalé. Je me repasse sans cesse le film dans ma tête : quelque chose a merdé dans le scénario. C'était pas ça qui était prévu - du moins pas ce que l'on m'avait toujours dit. Tous ont péri sauf moi qui étais censé être le héros, à sacrifier. Je n'ai sauvé personne, et tout le monde est mort pour moi, là en bas. Moi, le cul sur la chaise, la chaise sur la colline. Je ne suis pas le roi des juifs, peut-être parce que je ne suis pas né à Nazareth, ou à Seattle, WA. Même pas celui des cons, vive l'anarchie. Je suis le Christ inversé ; La gueule à l'envers, la queue en l'air, et le monde en décomposition.

Je ne sais pas pourquoi mais le résultat est là, il faut y faire avec. Comme je dois y faire avec ce début de texte tapé aux alentours de midi, et que je reprends à 18 heures passées. Je n'entrave plus que dalle à ce baragouinage masturbatoire laissé en suspens, comment (me) finir ? Je viens de lire un blog qui causait dents de sagesse en douleur (*), j'ai maintenant mal au fond de ma mâchoire.
Dent, couronne, roi et puis la souffrance rachetée à crédit, celle qu'on reprend généreusement à son compte : les idées en association de malfaiteurs - le langage. On ne peut que le procès d'intention et cela suffit pour qualifier le péché. Alors je me retrouve cloué sur la chaise, près d'une fenêtre sur cour comme une colline. Alors l'odeur marine des flots de souvenirs crevés me remonte à l'âme et le coeur. Alors revient la question : à qui la faute puisque tous ont péri ? Il serait facile de dire que mon père n'était pas charpentier cocu mais prothésiste dentaire.
Il serait facile, et sans doute pas. De toutes façons, je ne le ferai pas. Je ne ferai rien, comme à mon habitude. Je resterai à contempler les macchabées tomber tout en continuant à rater mes suicides, en ignorant superbement cette absurde théorie de la balle perdue. Je ne plaiderai pas coupable puisque les autres ont payé ; qu'importe la justice posthume, les vivants sauvent leur peau. Je me ferai une raison, même si ça ne sert à rien. Je ne ferai rien. Comme à mon habitude.
Je raconterai un peu, ça remplira quelques billets pour ce site, ça justifiera mon prochain disque, et des lettres d'amour aussi. Quelques larmes au milieu de l'ennui. Je me dirai que demain il faudra bien, et au fond du désespoir trouver un nouveau mensonge à croire, un rêve à la con, la rédemption d'un instant. Et ça suffit, juste assez pour ne pas y passer, et c'est tout. Rien.
Ni en bien, ni en mal. La lâcheté en destin, une planète morte depuis long et les meurtres en satellites. Je n'assumerai pas et surtout pas la dette (laquelle ?). J'affronterai seulement le regard mais ne le soutiendrai pas, et l'histoire passera, sans moi. Les histoires passent toujours. Est-ce encore une défaite lorsque l'on perd sans combattre ? Ce n'est ni une vie, ni une mort, rien, qu'un abandon en condition.

Quinze jours après les premiers attentats meurtriers, Londres a subi une nouvelle vague d'attaques terroristes. Cette fois-ci les charges n'ont pas explosé. Ce matin à Stockwell Station des policiers ont abattu un individu suspect - Scotland Yard se refuse encore à toute précision.

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(*) http://www.u-blog.net/buffetfroid

Panic Attack

If you wanna die
Go on and commit suicide
You wanna live I know
You gotta get em by the throat (...)
So anyway, anyway she'll leave me alone
So anyway, you said so yourself so no

[THE PADDINGTONS, "Panic Attack"]
mercredi 20 juillet 2005

Freak Out

Freak Out

- "Approchez ! Approchez, Mesdames et Messieurs ! Venez admirer ce que vous ne verrez nulle part ailleurs (*) ! Venez decouvrir ce que la nature peut engendrer de plus noir, de plus terrifiant, de plus extraordinaire, de plus fascinant ! Venez Mesdames et Messieurs plonger dans les abîmes de l'âme et du corps, dans les sombres profondeurs de l'être ! Venez vous frotter aux limites insoupçonnées de l'humanité ! Venez presque toucher ce que vous ne pourriez jamais imaginer ! Approchez Mesdames et Messieurs ! Approchez ! Cela ne vous en coûtera que 2 dollars américains !"

Mesdames et Messieurs se pressent de payer leurs tickets et s'engouffrent dans le petit chapiteau. L'espace réduit oblige à n'être qu'une douzaine, mais cela permettra aussi d'être au plus près de la scène quand apparaîtra le treizième promis. L'attraction est vivement attendue, l'impatience est déjà à son comble. Alors la souffreteuse lumière des ampoules électriques laisse place à l'infini rien de la nuit, la condition nécessaire. Et la musique d'un synthétiseur bon marché, mais wagnérienne. La voix enregistrée de Monsieur Loyal résonne sous la tenture obscure : invocations scientifiques et démonstrations mystiques composent la salade du gitan de Macédoine. Et l'assemblée immobile marche ; l'atmosphère est créée, le moment est propice. Un court silence.
Soudain une explosion de bruits et de fureur : les éclairs et les cris. Chacun, Madame, Monsieur, répond au subit chaos, en écho, en bruits et en fureur. Ca fait des Ah ! Ca fait des Oh ! Ca fait des Quelle horreur ! Ca fait des Mon Dieu ! Ca gesticule beaucoup, les regards toujours ailleurs - à peine le phénomène était-il entré en piste qu'ils avaient déjà tous fui. L'oeil derrière la main, ou la tête tournée, Mesdames et Messieurs survivent en terreur imaginée aux longues secondes de la représentation. Et ça parle, encore et encore, que les mots voilent un peu plus les faces ; ça dit n'importe quoi, surtout. Ca chie dans les frocs.

Les projecteurs s'éteignent, les quelques 60 W à douille se rallument, la bande son et les spectateurs se taisent, l'entrée de la tente qui fait aussi office de sortie de secours et de sortie tout court s'ouvre à nouveau. Mesdames et Messieurs s'en retournent au doux vacarme de la vie dehors, dans la fête foraine, rassurés de ce qu'ils auraient pu voir, effrayés de ce qu'ils n'ont pas vu. Le monstre que l'on montre mais que l'on ne regarde pas.

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(*) Il s'agit là bien évidemment d'un fieffé mensonge.
mardi 19 juillet 2005

Narcisse '05

Le verre est vide, la cigarette éteinte