nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
jeudi 7 juillet 2005

Histoire De Cul

La chanson n'est pas de Prévert, ni de Kosma
Les feuilles mortes je me torche avec
La chanson n'était que de toi
Un air de rien et puis plus rien
Du tout
L'automne avait l'air malin
Toi aussi
Pas moi
Du tout

De chanson, il n'y en a pas
Le vent d'hiver a senti le gaz
Le printemps a fait dans le détail
Et l'été fut la meilleure conjugaison

Quelques mois et on repartira
Pour un nouveau tour de saisons
Et toi
Et moi
Pas nous
Du tout

Au coeur des feuilles mortes
Souillées des amours passées

Les amours mortes
Ca colle aux basques
Les amours mortes
Ca pue la merde
mercredi 6 juillet 2005

Paint It Black

Dans le rien de l'après-midi et son ennui
Les visages de toutes ces filles défilent devant moi
Et leurs yeux
qui se sont un jour reflétés dans les miens
Ou qui les ont fuis
Ou les deux
Dans n'importe quel ordre
Dans le désordre
En même temps parfois

Jusqu'à en crever

Quelque chose
Qui ne regarde
Que moi.

Atmosphère

La pluie fond en lignes drues et glacées ;
J'aime le ciel quand il s'accorde à mon âme
Et remet l'été à sa place, minable.

Les traits d'eau et les flaques, ses mots
Me dispensent du crachat et de l'urine
Des vibrations de mon AMD.

- peut-être quelques cendres sur le clavier.
(cigarette)

Debout dans la fumée de la fenêtre
Je contemple la vérité de son verbe, humide
Mon coeur se tait : il ne fera pas mieux.

Le théâtre du monde s'effondre en gouttes serrées
La littérature dépressionnaire lave les yeux et ma cour,
Les déchets organiques, la poésie.

La pluie met au propre le rire de l'homme : des larmes d'ailleurs.

La passion biologique,
La culpabilité du créateur.
mardi 5 juillet 2005

Projection & Displacement

Sur 17 pouces en diagonale, les électrons meurent à ma place.

My love,
If anything matters
Log off
Personal Computers.
lundi 4 juillet 2005

Porte Donnant Sur La Voie

Bla ! Bla ! Bla ! Ainsi font (font, font) les petites marionnettes. Et voilà comment il est plié le feuilleton ! En deux, les cheveux en quatre. Huit, six, douze ! Fin de la partouze ! (applause)

Et rien de tout cela n'a réellement existé, et toutes les ressemblances resteront fortuites. J'écris dans un carnet, sous le soleil, sur un banc de Central Park, je taperai ces notes en rentrant déjeuner : 80°F dans la fin de matinée et aucune trace de sexe arraché. Rien d'autre qu'un joli 4th of July, les feux d'artifices à 9 p.m. sur NBC.
Non, rien de tout cela n'a réellement existé. Il est l'été dans les ciels d'ombre des tours de Manhattan ; et aucun massacre de la veille. On ne sent pas le sang, que le goût des rires d'enfants. Une odeur de hotdog vient mettre à mal mon intention d'écrire - la vile envie du besoin. Mais je l'ai à l'instant couchée en mots, alors il n'est plus rien ce petit pain avec sa saucisse bien carrée en son dedans. Comme les enfants qui rient. Comme NBC. Comme le joli 4th of July.
Rien, rien de tout cela n'a réellement existé. Il n'y a jamais eu de jardin d'Eden, NYC. Aucun pénis avalé ni aucune pâtisserie engloutie. Papa Hank n'a pas bougé de là où il a toujours été, localisé, south of no north. Ce n'est que de la littérature - Bullshit ! De la littérature et rien, rien d'autre. (Si c'en avait été autrement, ça se saurait.)
Mais une dizaine de jours sont tombés - comme des mouches. Et puis un dernier coup. (- Pan ! T'es mort ! - Encore ?) Il y en a eu des cadavres au fil des lignes - je me demandais où ils étaient passés. Et on a entraperçu la queue du loup, le coupable qui, soyons patient, reviendra sur les lieux de son méfait. Même crevé, surtout crevé. Il y en a aussi un qui était bien emmerdé. Moi, entre-temps, je suis allé chez le coiffeur, et je n'ai plus eu envie de me suicider.
Une dizaine de jours et du sacrifice : on en a construit du monument. On a fait chanter l'angoisse parce que, tout le monde le sait, On est un con - c'est de ma gueule dont il s'agit. Alors plus de traces au fond des slips, que les beaux billets d'amour. Une chanson rose bonbon pour celle dont j'aimais bouffer le cul. C'est du grand n'importe quoi, on poétisera sur l'automne dans le New Jersey pendant qu'on s'y chargera en armes. Mais sans Smith & Wesson, que vaudraient les violons du nubile derrière ?
Ca m'en fera une belle jambe, comme Rimbaud ! Et pourtant cette nuit j'ai rêvé de celle que j'ai tant aimée : elle avait les moustaches de Dali. On ne peut décidément se fier à personne. Merde à la nuit conseillère qui nuit à la merde littéraire ! Laissez moi me vider pour me soulager, en paix, et construire de beaux châteaux de mes excréments ! - C'est sale ? - C'est la vie, oui ! Mais c'est moi qui la dis ! - alors c'est sale ?
Merde ! C'est là que je renais, dans la fange qui me rend grand. J'ai créé le monde en le détruisant, j'ai détruit le monde en l'écrivant. Plus rien ne vaut, surtout pas l'étant; plus rien n'est beau qui ne soit d'abord détruit. Et alors après, seulement après, on pourra commencer à chercher une vérité. Il faut mentir maintenant. Mentir comme dans cette sombre histoire de jardin d'Eden, NYC, où rien de tout cela n'a réellement existé. Et c'est ce que me murmure la chaleur de midi qui me raccompagne de la sortie de Central Park jusqu'à chez moi, où je vais poster ces quelques mots sur mon blog. Love from NYC, on a 4th of July.
dimanche 3 juillet 2005

Les Jardiniers Du Dimanche

Le feuilleton est terminé,
et archivé(*).

- Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée. Dieu acheva au septième jour son oeuvre, qu'il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son oeuvre, qu'il avait faite. Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son oeuvre qu'il avait créée en la faisant. Voici les origines des cieux et de la terre, quand ils furent créés.

Il semblerait
dès lors que le fumier
soit aussi engrais.
Je vais m'y vautrer,
je vous raconte demain,
peut-être de belles fleurs à la main.

_____
(*) http://agitation.propagande.org/garden-of-eden
samedi 2 juillet 2005

Je suis un célèbre écrivain américain

EPILOGUE
Eli, Eli, Lema Sabachthani...

"Je vous le dis: il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos. Malheur! Les temps sont proches où l'homme ne mettra plus d'étoile au monde. Malheur! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même." (F. Nietzsche)

Lake Washington Boulevard - Seattle, WA. Il n'y a personne au-dessus du garage, que l'aiguille qui pénètre le bras, et y balance son foutre. Blanc. Ce n'est pas la première fois, tant et tant déjà, mais Kurt sait que ce sera la dernière. Un dernier coup dans l'eau, le sang de la déveine. Quelque chose au-delà de la peine, depuis si long, depuis si loin. Un dernier coup pour rien, en vain. Inutile.
Après le cri et le bruit, il a essayé la lettre et la filiation. Mais les mots sont épuisés. Tout semble hors sujet maintenant, tout semble à sa place pourtant. La marée du cheval au galop l'entraîne dans la vérité des choses, dans son intime justification. Dans un trou noir. Le monde lui apparaît évident, encore un peu et l'accord sera parfait. Le corps s'il peut.
Les stigmates de ses avant-bras lui annoncent les tarifs du marché, et sa réalité. Du bleu, du rouge, et une autre couleur ; les feux de la rampe et ceux de la douleur. Kurt se souvient, en-dessous du pont : And the animals I've trapped have all become my pets. Et ils sont toujours là, tant d'années après, malgré la gloire. Cette gloire qui se nourrit de lui, tout comme aussi ces animaux.
Les insectes - des mouches, par milliers, par millions. Les insectes qui grouillent en ses tripes, qui le remplissent de vie, d'une vie. Les insectes - les yeux. Ses fidèles compagnons, et le douzième traître. Sa perdition. Sa condition. Les insectes qui en veulent chaque fois plus, sans en payer le prix. C'est encore à lui à débourser, pour compter, un peu. La tentative d'exister, stérile bien entendu, le fol espoir de revenir lui aussi dans le ventre, comme eux, les insectes, qui sont là aujourd'hui encore, au-dessus du garage où il n'y a personne.
Un dernier coup, pour la forme : l'ultime mise en scène. Un dernier coup de théâtre - the show must go on, and go by, jusqu'au rideau final. Le temps des esbrouffes et des apocalypses électriques est passé, il s'agit dorénavant de mener la représentation jusqu'à son terme, de suivre la logique jusqu'à la rédemption. Deus ex machina. La jouissance des insectes se doit en conséquence. Il ne peut en être autrement, parce qu'au fond, il ne pouvait en être. Les règles sont simples, Kurt avait accepté le jeu, même s'il ne s'en rappelle pas.
La blanche étreint et éteind sa biologie, son esprit danse étrangement léger au-dessus des meubles en vrac, comme les branches renaissantes du printemps devant la fenêtre. Le monde est horreur, et ses mouches le devorent à l'intérieur. Kurt leur écrit un dernier mot, sur le papier froissé. Les lames de l'inanité fournissent l'encre, les larmes écarlates puis noires. Les artères enivrées se vident de leur rien. Le reste aussi. This note should be pretty easy to understand. Ce n'est que du raté, du fake, et du fade away : un miroir pour l'humanité.
Et encore une fois, l'humanité s'en tirera, Kurt est là pour ça puisque l'humanité n'a d'yeux (les insectes) que pour lui. L'humanité s'en tirera, Kurt pas. Pressentant la suite, sa cervelle joue les âmes, virevoltant dans les échappées du soleil, traînant la vieille carcasse anesthésiée derrière elle, la faisant ressembler à un ange écorché. Ou à un immonde papillon, une métamorphose de chenille débile. Une monstruosité de la nature de plus, un corps pourri, a freak.
Kurt entend les hurlements de la foule. Il brûle de la lumière des projecteurs, il tremble des vibrations de la basse, du tempo de la batterie, mais il n'y a personne au-dessus du garage. Ce sont les insectes, les yeux. Au dedans de lui. Et puis l'overdrive de sa guitare, quelque part, ailleurs. Nulle part, partout. Il est recroquevillé sur lui-même : le monde clarifié devient insoutenable. Alors le corps s'embrase, le sens se matérialise : ce sont les terminaisons nerveuses. Kurt sent monter le cri en lui, qui déchire sa poitrine, sa gorge. Les insectes (les yeux) réclament leur dû, encore une fois, encore. Un dernier tour, de pute. Encore. Le désir veut l'image. Encore. L'humanité enjoint : un destin. Il doit arrêter le cri et sa déchirure, la folle course : le canon se porte à la bouche. Tonite you'll be a rock'n'roll star.

On the 5th of April.
Les yeux braqués. L'arme chargée.
Come as you are, deviens ce que tu es.
Un dernier coup, et personne au-dessus du garage.
Plus personne.