nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
vendredi 19 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (7)

New York - Friday, Aug 19, 2005

C'est un atroce mal de crâne qui s'est réveillé avec moi lorsque le téléphone a sonné hier en début d'après-midi : il est dur à suivre Papa Hank. Et pas question pour lui de traîner plus long en ma compagnie si je ne lui emboîtais pas le pas et le coude dans sa descente en rappel de Jack Daniel's, so... Bien que j'eus payé la première bouteille, ainsi que la suivante, après avoir abandonné les cinq ou six verres vidés de leurs promesses au Old Main Drag Pub.
Shane, le barman, m'avait parlé de lui lors de notre rendez-vous de lundi soir comme le camarade de beuverie attitré de Nono. Nono fréquentait régulièrement ce vieux bar irlandais du coin de sa rue, comme de bien entendu pour tout célèbre écrivain américain qui se respecte (façon de parler) ; et Shane était devenu son confident privilégié, comme de bien entendu pour tout barman de célèbre écrivain américain qui se respecte. Comme de bien entendu. La vie ressemble souvent à un roman de gare, la réalité comme quelque chose qui se rêve fiction mais qui au final sonne faux, parce que tout simplement la réalité est bien moins vraie que la fiction. Life is the crummiest book I ever read, et mon ami est mort à New York.
Pour de vrai cette fois, pas les simulacres alcoolisés répétés bon nombre de soirs au Old Main Drag's, presque toujours au même endroit : à l'autre bout du bar, où le comptoir de bois rouge vire tout en rondeur sur la droite. Juste un peu après, pas loin de la porte des chiottes, tout près de la caisse enregistreuse. Mais ça, c'était du fait de Papa Hank, il voulait picoler toutes les commodités à portée de main, et toute sa vie au vieux poète résumée là : la poivrade entre la merde et la fortune, en oscillations régulières.
Presque toujours au même endroit, même quand Papa Hank ne venait pas parce qu'il s'était échoué dans une quelconque ruelle à poubelles ou dans les bras percés de sa junkie de voisine. Ces jours là, à partir de la cinquième vodka tonic, Shane reprenait son poste d'écoutant chez SOS picolo-en-roues-libres. Bien sûr il y avait les sempiternelles allégations lyrico-éthyliques, sans doute encore plus envahissantes chez Nono qui coupait sa boisson à la littérature - et plus il buvait, et plus il trouvait qu'Hemingway faisait un peu pédé. Bien sûr il y avait ça, and more, mais au milieu de ces mondes tant et tant refaits qu'ils s'en pêtaient la gueule, il y avait ces bouts de coeur, toujours un peu trop gros. Du mélo au goût slave désespérément assorti à l'eau-de-vie de grain qui coulait dans le gosier, des histoires de femmes of course, ce n'était jamais que de l'amour chez Nono. Dans ces moments là il finissait toujours par parler de Carrie. Même ces derniers temps. Il y avait cette nouvelle aventure, avec Emma, et un sourire grandissant, avec des lendemains et un soleil éclatant dans la pénombre du bar, derrière la brume alcool de ses yeux. Il y avait du beau à venir, et il le savait. Pourtant quelquefois encore, dans ses sommeils solitaires, d'étranges rêves lui racontaient Carrie, et au réveil la nuit dégoulinait salement sur le matin de quelques larmes.
Les violonades n'ont pas eu lieu le soir du drame, Papa Hank était là. Nono est parti avec lui à la fermeture du pub, continuer sans doute à lutter avec acharnement contre la soif dans le monde, un arrêt ravitaillement chez le coréen. Je devais dès lors rencontrer ce fameux Hank, Shane m'a dit de revenir le lendemain, qu'il serait certainement là.

Mardi après-midi je suis allé récupérer le rapport d'expertise enfin rendu public, je passerai sur le contenu, les faits reconstitués dépassent largement la pire des horreurs que nous nous étions imaginées, un si long calvaire qui a pris fin aux alentours de 03:00 am. Mon pauvre copain... Une chose toutefois m'a interrogé : l'autopsie n'a décelé aucune trace d'alcool dans le corps de Nono, alors que Shane m'a dit la veille que notre ami avait bien amorcé avec son compère une belle cuite cinq étoiles. Il me l'a même répété le soir quand je suis retourné au Old Main Drag's, pour voir Papa Hank qui n'est pas venu.

Mercredi en fin de journée, me voici de retour au pub du coin de la rue, et cette fois-ci le vieux poète était bien là à s'arroser copieusement le fond du parloir. The right man at the right place, entre la caisse enregistreuse et la porte des chiottes. Shane m'a présenté à lui, et dès qu'il a entendu le nom de Nono il s'est mis à fondre en sanglots dans mes bras. Nous sommes restés là, dans la même peine, quelques minutes comme de l'éternité, la même peine qui nous a faits nous sentir si proches l'un de l'autre - la mort restera notre lien le plus fort avec nos semblables. Nous étions maintenant comme de vieux potes de toujours, alors en tant que tel j'ai payé ma tournée. Et toutes celles d'après. On a continué chez lui ensuite, avec d'abord un arrêt chez le coréen. Sans s'en rendre réellement compte, nous avons refait la dernière virée de Nono. Le même chemin comme un pèlerinage, ou une morbide reconstitution comme un déni, qu'il continue à vivre un peu en rab parmi nous. Ou tout connement c'est qu'il n'y a qu'une seule route, unique, qu'il n'y a de choix que mensonger : une pauvre histoire de coiffure à la mode ou une filiation quelconque pour se croire différent des autres cadavres qui marchent à nos côtés. Tout connement, une même et seule route, et un infini de miroirs dans lesquels un connard se marre en y faisant des grimaces : nous dans le monde. Le principal est déjà écrit, le reste c'est de la littérature.
Et le brouillard de ma mémoire. L'alcool ne me laisse plus grand-chose de cette nuit, peut-être aussi que je voulais un peu d'oubli, comme un répit. Je me souviens des larmes qui coulaient sur mes joues, sur celles de Papa Hank, et des rasades de Jack Daniel's pour les noyer, mais les lignes de flottaison demeuraient incertaines et le vague-à-l'âme prenait des airs de raz-de-marée. Nous avons eu aussi de bien tristes rires à la conjugaison passée. Et encore d'autres choses dont il ne me reste rien - que quelques notes griffonnées avant d'aller me coucher, un gribouillis sur un bout de papier froissé : "nono a quitté ph vers 02:30 03h00 am nono mort à 03:00 am d'après nypd nono saoul d'après ph" et une ligne de points d'interrogation soulignés. Effectivement quelque chose semble clocher, mais il faut voir dans quel état je suis rentré aussi...

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C'était Carrie au bout du fil. Elle m'a dit qu'elle allait bien, qu'il ne fallait pas s'inquiéter du message qu'elle m'avait laissé, elle a continué à me rassurer, je ne savais pas de quoi elle parlait mais j'ai acquiescé, le réveil brutal et la gueule de bois me poussaient à écourter la conversation, j'ai tenu au mieux. J'ai ensuite écouté le répondeur téléphonique et j'ai compris : d'abord Carrie dans un flot de sanglots et de mots perdus qui raclait le fond du coeur, ensuite les amis français qui l'hébergent : ils étaient arrivés juste à temps avant qu'elle ne mette en acte les hurlements de désespoir qu'elle m'avait balancés.
Un renvoi d'hier m'a pris aux tripes, j'ai couru à la salle de bains vomir.

Christian M.

jeudi 18 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (6)

new york -wednesday or thursday morning (dunno ), aud 17 or 18th,2 005

ostie de sain t- ciboire, chuis totalment fucké !!!! Je viens d'aller brosser avec Papa Hank à  souare, Saoul cmme une criss de botte qu'i l est le chum Christian!! chuis trop au coton là puor un commpte-rendu, ça attendra demain, jviens de noter les dernièrs infos que pour pas les oublier les derenires de papa hakn. whatta guy ! !!Mais je vousrelate tout aç demain. J' ai récoltér p as mal d'informtions mais quelquesunes me semblent colller weirdly I'll chekc that tommorow, tonite au lit !! right now!!! pis et je pesne à NOno, la boisson et la peine fotn un drôle de mlange dans ma caboche, une tabarlasque d"hi torie qunad meme que tout aç. mON criss de frerot ! MAIS LEMANGEUX DE MARDE QUi L' A SHOOT2 VA LE PAYER CHEREEMEMN?T VA BADTRIPPER cte CRISS D4ECOEURANT ET OUS CES FLO DE PUTAIN QUI L4ONT AID2! LISTEN, YOU FUCKRS, YOU SCREWHE ADS !!!!!! !HERE IS A MAN WHO WUOLD NOT TAKE IT ANUMORE! !! A MAN WHO STOOOD UP AGNST THES CUM, THE CUNTS,THE DOGS, THE FITLH, THE SHIT !!! HERE IS A MAN WHO STOOD UP OKAY  ??!!!!!!!!!! NONO SERA VENG2 !!!AN EYE FOR AN EYE! RIGHT BASTARDS !!! IN YAR FUCKIN' ASS!!!!! CRISSDE CALISSE DE FOI DE CHRISTIAN MEURSAUTL!!!!!!! A BULLLET IN YAR ASS ARSEHOLE!! BANG BAANG!!!!!!!!!!!!!!!!!!pis en rentranty avat un message de cArrie sr le répo nderu pis un autre des ami français chez là o qui ils l'hébergent. va mal carrie ele s"en remet pasd de cte histoire il peuvent pas la liasser toute seul ellead&jà essayé de fare une connnerie dejà  . criss de crçss;. c"est pas le moment de l ui dire ce que j'ai etendu hier au old main drag des ha,ne sur nono quand il comment il parlait dsd'elle encore . un sac de marde qie la  vie tiens. ouache!! je m'en va cuver je pleurdejà tro^p saloperie de criss de fuck de maudite marde .un bec pourvos mes chum s et a  dmain

chrstia, M.

mardi 16 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (5)

New York - Monday, Aug 15, 2005

Cher(e)s ami(e)s,
Me voici enfin de retour ici. Presqu'une semaine à me battre contre l'outil informatique comme si notre triste affaire ne suffisait pas : l'impossibilité de me connecter à ce blog, et toutes sortes d'électro-désagréments divers, sans aucun doute le résultat d'une tentative d'être d'un désoeuvré boutonneux, Hi-School Punching Ball le jour, H4ck4 C0w80Y la nuit. Assez perdu de temps avec cela maintenant, tout semble revenu à la normale et là est le plus important. Je retrouve à nouveau ce lien entre vous et moi, entre Nono et nous. Ce si cher lien que j'ai cru perdu, aussi notre fil d'Ariane vers les raisons de la mort de notre ami.
Si mes journées ont été en grande partie prises par ces ennuis (un immense merci à Dee Dee pour son précieux coup de main technique), j'ai toutefois pu commencer ma propre enquête de voisinage, et je récupère demain le rapport d'expertise rendu public - bien que les premières suppositions avancées par l'officier de service le matin même du meurtre semblent être terriblement justes, j'espère encore quelques soulagements dans l'horreur et la peine.
Pour cette fin de journée, j'ai rendez-vous au Old Main Drag Pub avec un certain Shane, un des barmen qui aurait vu Nono passer là-bas une bonne partie de sa dernière soirée. Quelques pièces importantes du puzzle seront bientôt sur la table, il ne me restera plus qu'à les rassembler au mieux pour une première ébauche des ultimes heures du défunt, et peut-être une première piste vers le meurtrier.
Je ne peux m'empêcher de me retourner sur les derniers billets postés par Nono sur ce blog, sur ses textes, sur ses dessins, sur la violence portée contre soi. Quelque chose qui prend aujourd'hui une dimension prophétique en même temps que cela semble dédouaner tout autre coupable que lui-même, quelque chose qui serait de l'ordre du christique... Mouais, j'arrête tout de suite les grands élans mystiques : la connerie attendra, pas le barman du Pub irlandais au coin de la rue. Never trust the awful truth but gulp it down with a pint of lager. A ta santé, chummy !

Christian M.

mardi 9 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (4)

New York - Tuesday, Aug 09, 2005

Le petit matin est salement gris dans l'appartement de Carrie, la rumeur de Manhattan résonne comme un soupir dégueulasse, un qui en fout partout. Le café refroidit à côté du portable Apple, j'ai un criss de goût de marde au fond du gosier, comme une gueulante crevée : la semaine qui vient de passer. Et puis toutes celles qui s'annoncent.
Carrie est restée en France quelques temps encore, histoire d'être loin d'un New York sans Nono, tout en le gardant si proche et vivant en son souvenir, auprès de ses amis là-bas. Elle me laisse son logement pour tant que durera mon enquête, que l'odeur de l'horreur soit enfin balayée par un vent de justice. Pour le repos de l'âme de notre camarade, que les larmes puissent oublier la colère. Que Carrie ne soit plus morte elle aussi. Presqu'un an déjà qu'elle et Nono étaient séparés, de son fait du reste. Mais si sa vie continuait ailleurs maintenant, quelque chose de si fort demeurait en elle, ce quelque chose qui l'a effondrée toute entière. Les nerfs qui ont lâché, desespérément, quand le corps est entré en terre samedi, aux alentours de midi.

Le soleil comme le silence, de plomb - et les coeurs, au milieu des croix dans cette allée du cimetière Saint Vincent à Carcassonne. Un été tout en mensonge, et des vacances en trop, le mois d'août pesait si lourd dans l'obscène de la peine. Le tombeau ouvert en appelait à tous, et tous semblaient avoir répondu, déjà tout leur être emporté dans ce néant ; il n'y avait plus que les corps dans l'automatisme biologique, derrière le crêpe noir. Et les graviers crissant sous les chaussures.
Du vivant qui perlait encore au coin des yeux des endeuillés, ou qui se retenait, un peu, parce que ce ne serait pas assez d'une larme. Le verbe du Livre dans la bouche du prêtre était sans doute au plus près de la terrible réalité : l'immensité du plus rien. C'est là que nous étions tous, les proches parmi les proches, autour du cercueil de bois rouge, autour de notre ami, de notre fils, de notre frère, de notre amour, de celui qui n'était plus qu'une déchirure hurlante, qu'une plaie béante dans nos chairs et nos demains. Nono, Nono le Hool's.

Un nom gravé dans les reflets de ciel sur la plaque de laiton poli, le signifiant d'un corps qui maintenant s'enfonçait dans les ténébreuses profondeurs de marbre et de jamais. Les mots étaient dépassés, ruinés ; c'est le cri qui explosa en Carrie. Un cri de si loin, puis les éclats de sanglots, partout, sur tout. On dut la retenir de justesse quand elle tenta soudain de se jeter dans la fosse, de partir elle aussi - elle n'était déjà plus là. Quelques-uns la soutinrent et l'amenèrent un peu à l'écart, qu'elle puisse enfin se calmer, revenir parmi nous, émerger un tant soit peu du gouffre de douleurs dans lequel elle était tombée.
Un paparazzi profita de ce moment de désordre pour se risquer hors de la planque que lui procurait une grandiloquente sépulture de famille bourgeoise. L'occasion était trop belle, de quoi shooter plus à l'aise, la belle scène en supplément. La détresse de Carrie n'empêcha pas certains dont moi-même de le voir agiter frénétiquement son zoom à l'autre bout du cimetière et rapidement nous lui tombâmes sur le coin de la gueule, pour le laisser partir quelques dents déchaussées et un nez cassé plus tard, son appareil photo en miettes abandonné au pied d'une Vierge Marie en porcelaine peinte. Ce n'était ni le lieu, ni le moment pour s'y attarder plus longuement, ce bâtard avait suffisamment perturbé la cérémonie, outrageusement piétiné notre douleur en en rajoutant dans l'ignominie, comme si cela ne suffisait pas comme ça. Il ne perdra rien pour attendre, nous saurons nous occuper de lui quand il en sera temps.
Ce dernier évènement ne fit rien pour arranger la crise de Carrie, qui ne contenait plus rien, elle n'était plus que souffrances - et si nous autres gardions notre sang froid, c'est que Carrie portait par elle tous nos hurlements, toutes les écorchures de nos âmes. Elle était l'expression de notre insondable affliction, ce cri par lequel nous essayions tous de surnager dans cet océan de manque, dans cette mutilation du coeur, une tentative de souffle par le dechirement. Elle fut emportée sur le parking, quelque part où ça pue moins le crevé, et l'injustice - là où il y a les machines automobiles.
L'écorchure était maintenant signifiée dans l'assemblée, l'adieu avait été prononcé, à elles, à eux, à moi de recouvrir le cercueil d'une rose blanche. Et puis aux employés municipaux de sceller la pierre. Et tout le reste, l'immense reste - mais cela n'appartient plus qu'à chacun. Le compte rendu s'arrête ici.

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Lundi en début de journée, des amis toulousains rentrant chez eux me conduisent jusqu'à l'aéroport de Blagnac, où m'attend le vol Air France 7787 à destination de Paris Charles de Gaulle.
Je fais ce voyage en compagnie d'Emma. Nono et elle s'étaient rencontrés quelques semaines auparavant, par le plus grand des hasards, à Coney Island. Elle était venue avec une chaine de télévision enregistrer une de ses chansons. Emma est une jeune chanteuse française en vogue dans son pays, certains disent un produit préfabriqué de la télé-réalité, et même elle le reconnaît. Une rencontre improbable, autant pour l'un que pour l'autre, et pourtant. Alors qu'elle faisait une pause entre deux tournages, un peu à l'écart sur la jetée, il lui avait adressé la parole pour une raison futile, en Anglais, et puis s'étaient rendus compte de leur accent frenchie. Le lieu leur a fait évoquer la chanson de Lou Reed, c'est ça qui a tout fait basculer. Elle a prolongé son séjour pour lui et est devenue rapidement sa maîtresse. Une liaison qui était encore inconnue de beaucoup, même de leurs amis proches : il était inutile de tout pourrir par le médiocre des tabloïds.
Nous avons reparlé de l'incident de samedi, de ce paparazzi aussi là pour la présence d'Emma aux funérailles - et elle se sentait un peu responsable, même si de toute évidence elle n'y était pour rien. Nous nous sommes interrogés sur la source de la fuite, l'heure et le lieu de la cérémonie avaient été tenus secrets, seulement connus par les plus intimes du défunt - et tous étaient des gens de confiance. Le mystère restait entier. Et c'est tout ce dont nous avons parlé, Emma était vraiment bouleversée, elle avait tenu courageusement jusque là. C'est à l'arrivée au terminal 2F qu'elle s'est effondrée en larmes dans mes bras. Puis elle m'a laissé ses coordonnées, pour la suite de l'affaire, pour mon enquête, et aussi pour tirer cette histoire de photographe au clair. Elle est partie dans un taxi Mercedes, j'ai été attendre ma correspondance.

08:50 pm, JFK, terminal 1, vol Air France #008 en provenance de Paris Charles de Gaulle - me voici de retour sur le sol américain, celui-là même qui a vu couler le sang de mon ami. Deux jet lags et un triple whisky dans la gueule me feront m'écrouler de sommeil, juste après avoir appelé Carrie, pour la remercier pour l'appartement. Elle a encore pleuré.

Christian M.

vendredi 5 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (3)

France - Friday, Aug 05, 2005

Cher(e)s ami(e)s,
Quelques mots depuis le sud de la France pour vous dire que le corps de Nono est bien arrivé à destination cette après-midi, l'enterrement aura lieu en heure et place prévues demain.
Je profite du lien que j'ai avec vous par ce blog pour vous transmettre les remerciements de la famille et des proches, votre sollicitude envers le défunt les a beaucoup émus.
Je serai de retour à New York lundi soir, je vous ferai alors un compte-rendu des funérailles, ainsi qu'un point sur les premiers éléments de mon enquête. Je vous dis donc à lundi, et encore merci pour votre soutien.

Christian M.

mercredi 3 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (2)

New York - Wednesday, Aug 03, 2005

Comme vous pouvez vous en douter, les dernières heures ont été plus que difficiles et dans le miroir au réveil c'est bien peu dire que je faisais dur. J'ai passé ce début de journée pendu au téléphone à gosser après quelques pauvres nouvelles, surtout savoir quand la médecine légale en aura fini de l'autopsie du corps. On vient enfin de me répondre : la dépouille de Nono le Hool's sera rapatriée dans le sud de la France vendredi pour y être inhumée samedi dans la matinée. Le lieu des funérailles restera secret pour préserver la sérénité de la cérémonie et le recueillement des proches, pour éviter les baveux de journaleux et les braillards de badauds. Seuls seront informés personnellement ses fidèles amis et bien évidemment la famille.
Je voudrais remercier ici chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont fait montre de leurs marques de sympathie, de leur peine aussi, et de leur attachement à la mémoire de Nono. Qu'ils sachent que je resterai fidèle à ma promesse de justice, et que je me battrai jusqu'au bout pour que lumière soit faite sur cette tragique disparition, sur cet ignoble et lâche massacre. Et qu'il est un mangeux de marde qui devrait se faire beaucoup de mouron, ce flô de putain !
Ces jours-ci sont accaparés par les diverses paperasses et autres labyrinthes administratifs, après l'enterrement et de retour sur le sol américain, je pourrai alors entièrement me consacrer à mes investigations. Comme je vous l'ai dit, je tiendrai ici, sur le blog de notre ami regretté, peut-être pour le faire vivre encore un peu, le journal de mon enquête, mes questionnements aussi. Continuez à me faire part de toutes les informations que vous pouvez avoir, et de vos impressions, de vos sentiments quant à d'éventuelles pistes, ou indices. Encore merci.
Si le temps m'en est donné, je ferai un petit point sur la situation avant mon départ pour la France. Et à certaines et certains d'entre vous, je dis à samedi.

Christian M.

mardi 2 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ?

Bonsoir,
Je m'appelle Christian Meursault, je suis citoyen canadien, j'habite Montréal où j'exerce la profession de journaliste indépendant. Je suis un ami de Nono le Hool's. J'ai pris le premier vol pour JFK airport dès que j'ai appris la terrible nouvelle, par un coup de téléphone de Carrie à l'heure du café, qui venait juste de l'entendre aux journaux télévisés du matin. Je sais que par l'expression francophone de ce blog, beaucoup de ses lecteurs sont en Europe et principalement en France, alors peut-être n'êtes-vous pas au courant encore : Nono le Hool's a été retrouvé mort à l'aube dans son appartement de Brooklyn, de toute évidence assassiné.
Je ne peux vous en dire plus, vous comprendrez aisément pourquoi, mais toutefois je vous ai traduit des passages, significatifs, issus des quelques pages que j'ai pu me procurer du rapport du NYPD. Je vous fais aussi part d'une photographie du corps, désolé pour la piètre qualité de l'image mais il s'agit d'un cliché pris à la sauvette, à l'insu des policiers présents (par un fidèle ami dont nous tairons l'identité). Ce sont les seuls éléments que je possède pour le moment quant à cette affaire. L'aspect particulièrement sordide de la mise en scène du meurtre, la si grande tendresse que je portais au disparu et donc l'immensité du chagrin qui m'écrase ce soir me poussent à ne pas attendre d'hypothétiques avancées de l'enquête officielle - après tout, bien qu'ignoblement orchestré, ce crime ne semble pas être autre qu'un perpétré par un rôdeur, sans doute un junky en manque de fonds pour sa came. Ca s'impose même en évidence pour le détective de service, un crime crapuleux. Un de plus avant le prochain, qui viendra assez vite, et qui est certainement venu assez vite. La loi des séries rend les drames bien insignifiants, il est si fade le goût de déjà vu. Le boulot c'est le boulot et quand on est flic, un cadavre c'est le boulot.
Mais pour moi c'est un ami, parti. Une vie. Et le coeur qui se déchire, les yeux perdus dans les lumières narquoises de l'Hudson river. Le coeur qui hurle, sa peine, sa rage, son impuissance absolue mais aussi une promesse : justice devra être faite. Je mènerai mes propres investigations, et je m'en viendrai ici rendre compte de leurs progrès (je vais avoir besoin de vous, vous qui lisiez jusqu'à maintenant ses billets quotidiens, vous qui dès lors le connaissez un peu, même et surtout dans ses ailleurs - Toutes les informations, y compris celles apparaissant comme les plus quelconques, seront bonnes à savoir, n'hésitez pas à m'écrire, je vous en prie : c.meursault@amontreal.com). Je publierai sur son blog mon combat pour sa mémoire, avec de sa machine aussi comme de son corps un peu : le PowerBook qu'il m'avait prêté il y a un mois, et grâce auquel j'ai pu me connecter au Backstage aujourd'hui. Encore de sa voix, qui resonnera longtemps ici-bas, tant que son âme ne sera pas libérée, tant que le coupable ne sera pas châtié - et elle le sera, et il le sera.
Nono, mon copain, mon frère, devant le Ciel et l'Enfer, et parce que je t'aime, tu seras vengé.

Christian M.


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NEW YORK POLICE DEPARTMENT / CRIME REPORT
NYPD Inspector Harry CALLAGHAN
08/01/2005 Mon, 06:47 am
Case Number : 01-034388

(extraits)

"Aux alentours de 05:00 am alors qu'il effectue son ultime ronde, Mr Octavio Vasconcelos, gardien de nuit de l'immeuble, constate que la porte du 1207 est anormalement entrouverte. Il frappe légèrement afin de ne pas réveiller les autres occupants puis n'ayant aucune réponse il pènètre lentement dans l'appartement. Les lumières sont allumées (...). Les portes fenêtres de la terrasse sont ouvertes, ce qui provoque un courant d'air faisant virevolter les rideaux. Mr Vasconcelos croira voir dans ces tissus volant un individu qui s'enfuit, impression qu'il réfute maintenant."

"Aucune trace d'effraction n'est à relever, ni sur la porte d'entrée, ni sur les portes fenêtres de la terrasse. La porte d'entrée était entrouverte, la chaîne de sécurité normalement otée. (...) La porte d'entrée étant la seule issue possible, il semble que la victime ait volontairement ouvert à son assassin, peut-être même le connaissait-elle."

"Dans ces premières observations sur le lieu même, le coroner note tout particulièrement le nombre impressionnant de coups portés. (...) Plusieurs dizaines de coups sur la face et le crane (...) le buste et le dos semblent bleus de tuméfactions, plusieurs côtes brisées en de multiples endroits (...). La victime aurait été battue à mort."

"La mort semble être survenue longtemps après les coups portés (...). Aucun coup n'a été immédiatement fatal à la victime qui aurait agonisé de quelques minutes à plusieurs heures. L'autopsie précisera plus avant ces premières constatations."

"Malgré l'évident acharnement dans la violence dont a fait montre le meurtrier, il n'y a dans l'appartement aucune trace de lutte. (...) Tous les voisins ont été questionnés, aucun n'a entendu le moindre cri ou bruit suspect durant la nuit."

"Hormis l'endroit où git le corps, l'appartement apparait comme rangé et en ordre. (...) Le crime s'est produit là où le cadavre a été retrouvé, celui-ci ne semble pas avoir été déplacé, la victime n'a pas tenté ou n'a pas pu tenter de s'enfuir."



photo du cadavre de nono le hool's