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Par
nono le hool's ,
vendredi 19 août 2005 à
20:28 ::
TRICK
Qui A Tué Nono Le Hool's ? (7)
New York - Friday, Aug 19, 2005
C'est un atroce mal de crâne qui s'est réveillé avec moi lorsque le téléphone a sonné hier en début d'après-midi : il est dur à suivre Papa Hank. Et pas question pour lui de traîner plus long en ma compagnie si je ne lui emboîtais pas le pas et le coude dans sa descente en rappel de Jack Daniel's, so... Bien que j'eus payé la première bouteille, ainsi que la suivante, après avoir abandonné les cinq ou six verres vidés de leurs promesses au Old Main Drag Pub.
Shane, le barman, m'avait parlé de lui lors de notre rendez-vous de lundi soir comme le camarade de beuverie attitré de Nono. Nono fréquentait régulièrement ce vieux bar irlandais du coin de sa rue, comme de bien entendu pour tout célèbre écrivain américain qui se respecte (façon de parler) ; et Shane était devenu son confident privilégié, comme de bien entendu pour tout barman de célèbre écrivain américain qui se respecte. Comme de bien entendu. La vie ressemble souvent à un roman de gare, la réalité comme quelque chose qui se rêve fiction mais qui au final sonne faux, parce que tout simplement la réalité est bien moins vraie que la fiction. Life is the crummiest book I ever read, et mon ami est mort à New York.
Pour de vrai cette fois, pas les simulacres alcoolisés répétés bon nombre de soirs au Old Main Drag's, presque toujours au même endroit : à l'autre bout du bar, où le comptoir de bois rouge vire tout en rondeur sur la droite. Juste un peu après, pas loin de la porte des chiottes, tout près de la caisse enregistreuse. Mais ça, c'était du fait de Papa Hank, il voulait picoler toutes les commodités à portée de main, et toute sa vie au vieux poète résumée là : la poivrade entre la merde et la fortune, en oscillations régulières.
Presque toujours au même endroit, même quand Papa Hank ne venait pas parce qu'il s'était échoué dans une quelconque ruelle à poubelles ou dans les bras percés de sa junkie de voisine. Ces jours là, à partir de la cinquième vodka tonic, Shane reprenait son poste d'écoutant chez SOS picolo-en-roues-libres. Bien sûr il y avait les sempiternelles allégations lyrico-éthyliques, sans doute encore plus envahissantes chez Nono qui coupait sa boisson à la littérature - et plus il buvait, et plus il trouvait qu'Hemingway faisait un peu pédé. Bien sûr il y avait ça, and more, mais au milieu de ces mondes tant et tant refaits qu'ils s'en pêtaient la gueule, il y avait ces bouts de coeur, toujours un peu trop gros. Du mélo au goût slave désespérément assorti à l'eau-de-vie de grain qui coulait dans le gosier, des histoires de femmes of course, ce n'était jamais que de l'amour chez Nono. Dans ces moments là il finissait toujours par parler de Carrie. Même ces derniers temps. Il y avait cette nouvelle aventure, avec Emma, et un sourire grandissant, avec des lendemains et un soleil éclatant dans la pénombre du bar, derrière la brume alcool de ses yeux. Il y avait du beau à venir, et il le savait. Pourtant quelquefois encore, dans ses sommeils solitaires, d'étranges rêves lui racontaient Carrie, et au réveil la nuit dégoulinait salement sur le matin de quelques larmes.
Les violonades n'ont pas eu lieu le soir du drame, Papa Hank était là. Nono est parti avec lui à la fermeture du pub, continuer sans doute à lutter avec acharnement contre la soif dans le monde, un arrêt ravitaillement chez le coréen. Je devais dès lors rencontrer ce fameux Hank, Shane m'a dit de revenir le lendemain, qu'il serait certainement là.
Mardi après-midi je suis allé récupérer le rapport d'expertise enfin rendu public, je passerai sur le contenu, les faits reconstitués dépassent largement la pire des horreurs que nous nous étions imaginées, un si long calvaire qui a pris fin aux alentours de 03:00 am. Mon pauvre copain... Une chose toutefois m'a interrogé : l'autopsie n'a décelé aucune trace d'alcool dans le corps de Nono, alors que Shane m'a dit la veille que notre ami avait bien amorcé avec son compère une belle cuite cinq étoiles. Il me l'a même répété le soir quand je suis retourné au Old Main Drag's, pour voir Papa Hank qui n'est pas venu.
Mercredi en fin de journée, me voici de retour au pub du coin de la rue, et cette fois-ci le vieux poète était bien là à s'arroser copieusement le fond du parloir. The right man at the right place, entre la caisse enregistreuse et la porte des chiottes. Shane m'a présenté à lui, et dès qu'il a entendu le nom de Nono il s'est mis à fondre en sanglots dans mes bras. Nous sommes restés là, dans la même peine, quelques minutes comme de l'éternité, la même peine qui nous a faits nous sentir si proches l'un de l'autre - la mort restera notre lien le plus fort avec nos semblables. Nous étions maintenant comme de vieux potes de toujours, alors en tant que tel j'ai payé ma tournée. Et toutes celles d'après. On a continué chez lui ensuite, avec d'abord un arrêt chez le coréen. Sans s'en rendre réellement compte, nous avons refait la dernière virée de Nono. Le même chemin comme un pèlerinage, ou une morbide reconstitution comme un déni, qu'il continue à vivre un peu en rab parmi nous. Ou tout connement c'est qu'il n'y a qu'une seule route, unique, qu'il n'y a de choix que mensonger : une pauvre histoire de coiffure à la mode ou une filiation quelconque pour se croire différent des autres cadavres qui marchent à nos côtés. Tout connement, une même et seule route, et un infini de miroirs dans lesquels un connard se marre en y faisant des grimaces : nous dans le monde. Le principal est déjà écrit, le reste c'est de la littérature.
Et le brouillard de ma mémoire. L'alcool ne me laisse plus grand-chose de cette nuit, peut-être aussi que je voulais un peu d'oubli, comme un répit. Je me souviens des larmes qui coulaient sur mes joues, sur celles de Papa Hank, et des rasades de Jack Daniel's pour les noyer, mais les lignes de flottaison demeuraient incertaines et le vague-à-l'âme prenait des airs de raz-de-marée. Nous avons eu aussi de bien tristes rires à la conjugaison passée. Et encore d'autres choses dont il ne me reste rien - que quelques notes griffonnées avant d'aller me coucher, un gribouillis sur un bout de papier froissé : "nono a quitté ph vers 02:30 03h00 am nono mort à 03:00 am d'après nypd nono saoul d'après ph" et une ligne de points d'interrogation soulignés. Effectivement quelque chose semble clocher, mais il faut voir dans quel état je suis rentré aussi...
*
* *
C'était Carrie au bout du fil. Elle m'a dit qu'elle allait bien, qu'il ne fallait pas s'inquiéter du message qu'elle m'avait laissé, elle a continué à me rassurer, je ne savais pas de quoi elle parlait mais j'ai acquiescé, le réveil brutal et la gueule de bois me poussaient à écourter la conversation, j'ai tenu au mieux. J'ai ensuite écouté le répondeur téléphonique et j'ai compris : d'abord Carrie dans un flot de sanglots et de mots perdus qui raclait le fond du coeur, ensuite les amis français qui l'hébergent : ils étaient arrivés juste à temps avant qu'elle ne mette en acte les hurlements de désespoir qu'elle m'avait balancés.
Un renvoi d'hier m'a pris aux tripes, j'ai couru à la salle de bains vomir.
C'est un atroce mal de crâne qui s'est réveillé avec moi lorsque le téléphone a sonné hier en début d'après-midi : il est dur à suivre Papa Hank. Et pas question pour lui de traîner plus long en ma compagnie si je ne lui emboîtais pas le pas et le coude dans sa descente en rappel de Jack Daniel's, so... Bien que j'eus payé la première bouteille, ainsi que la suivante, après avoir abandonné les cinq ou six verres vidés de leurs promesses au Old Main Drag Pub.
Shane, le barman, m'avait parlé de lui lors de notre rendez-vous de lundi soir comme le camarade de beuverie attitré de Nono. Nono fréquentait régulièrement ce vieux bar irlandais du coin de sa rue, comme de bien entendu pour tout célèbre écrivain américain qui se respecte (façon de parler) ; et Shane était devenu son confident privilégié, comme de bien entendu pour tout barman de célèbre écrivain américain qui se respecte. Comme de bien entendu. La vie ressemble souvent à un roman de gare, la réalité comme quelque chose qui se rêve fiction mais qui au final sonne faux, parce que tout simplement la réalité est bien moins vraie que la fiction. Life is the crummiest book I ever read, et mon ami est mort à New York.
Pour de vrai cette fois, pas les simulacres alcoolisés répétés bon nombre de soirs au Old Main Drag's, presque toujours au même endroit : à l'autre bout du bar, où le comptoir de bois rouge vire tout en rondeur sur la droite. Juste un peu après, pas loin de la porte des chiottes, tout près de la caisse enregistreuse. Mais ça, c'était du fait de Papa Hank, il voulait picoler toutes les commodités à portée de main, et toute sa vie au vieux poète résumée là : la poivrade entre la merde et la fortune, en oscillations régulières.
Presque toujours au même endroit, même quand Papa Hank ne venait pas parce qu'il s'était échoué dans une quelconque ruelle à poubelles ou dans les bras percés de sa junkie de voisine. Ces jours là, à partir de la cinquième vodka tonic, Shane reprenait son poste d'écoutant chez SOS picolo-en-roues-libres. Bien sûr il y avait les sempiternelles allégations lyrico-éthyliques, sans doute encore plus envahissantes chez Nono qui coupait sa boisson à la littérature - et plus il buvait, et plus il trouvait qu'Hemingway faisait un peu pédé. Bien sûr il y avait ça, and more, mais au milieu de ces mondes tant et tant refaits qu'ils s'en pêtaient la gueule, il y avait ces bouts de coeur, toujours un peu trop gros. Du mélo au goût slave désespérément assorti à l'eau-de-vie de grain qui coulait dans le gosier, des histoires de femmes of course, ce n'était jamais que de l'amour chez Nono. Dans ces moments là il finissait toujours par parler de Carrie. Même ces derniers temps. Il y avait cette nouvelle aventure, avec Emma, et un sourire grandissant, avec des lendemains et un soleil éclatant dans la pénombre du bar, derrière la brume alcool de ses yeux. Il y avait du beau à venir, et il le savait. Pourtant quelquefois encore, dans ses sommeils solitaires, d'étranges rêves lui racontaient Carrie, et au réveil la nuit dégoulinait salement sur le matin de quelques larmes.
Les violonades n'ont pas eu lieu le soir du drame, Papa Hank était là. Nono est parti avec lui à la fermeture du pub, continuer sans doute à lutter avec acharnement contre la soif dans le monde, un arrêt ravitaillement chez le coréen. Je devais dès lors rencontrer ce fameux Hank, Shane m'a dit de revenir le lendemain, qu'il serait certainement là.
Mardi après-midi je suis allé récupérer le rapport d'expertise enfin rendu public, je passerai sur le contenu, les faits reconstitués dépassent largement la pire des horreurs que nous nous étions imaginées, un si long calvaire qui a pris fin aux alentours de 03:00 am. Mon pauvre copain... Une chose toutefois m'a interrogé : l'autopsie n'a décelé aucune trace d'alcool dans le corps de Nono, alors que Shane m'a dit la veille que notre ami avait bien amorcé avec son compère une belle cuite cinq étoiles. Il me l'a même répété le soir quand je suis retourné au Old Main Drag's, pour voir Papa Hank qui n'est pas venu.
Mercredi en fin de journée, me voici de retour au pub du coin de la rue, et cette fois-ci le vieux poète était bien là à s'arroser copieusement le fond du parloir. The right man at the right place, entre la caisse enregistreuse et la porte des chiottes. Shane m'a présenté à lui, et dès qu'il a entendu le nom de Nono il s'est mis à fondre en sanglots dans mes bras. Nous sommes restés là, dans la même peine, quelques minutes comme de l'éternité, la même peine qui nous a faits nous sentir si proches l'un de l'autre - la mort restera notre lien le plus fort avec nos semblables. Nous étions maintenant comme de vieux potes de toujours, alors en tant que tel j'ai payé ma tournée. Et toutes celles d'après. On a continué chez lui ensuite, avec d'abord un arrêt chez le coréen. Sans s'en rendre réellement compte, nous avons refait la dernière virée de Nono. Le même chemin comme un pèlerinage, ou une morbide reconstitution comme un déni, qu'il continue à vivre un peu en rab parmi nous. Ou tout connement c'est qu'il n'y a qu'une seule route, unique, qu'il n'y a de choix que mensonger : une pauvre histoire de coiffure à la mode ou une filiation quelconque pour se croire différent des autres cadavres qui marchent à nos côtés. Tout connement, une même et seule route, et un infini de miroirs dans lesquels un connard se marre en y faisant des grimaces : nous dans le monde. Le principal est déjà écrit, le reste c'est de la littérature.
Et le brouillard de ma mémoire. L'alcool ne me laisse plus grand-chose de cette nuit, peut-être aussi que je voulais un peu d'oubli, comme un répit. Je me souviens des larmes qui coulaient sur mes joues, sur celles de Papa Hank, et des rasades de Jack Daniel's pour les noyer, mais les lignes de flottaison demeuraient incertaines et le vague-à-l'âme prenait des airs de raz-de-marée. Nous avons eu aussi de bien tristes rires à la conjugaison passée. Et encore d'autres choses dont il ne me reste rien - que quelques notes griffonnées avant d'aller me coucher, un gribouillis sur un bout de papier froissé : "nono a quitté ph vers 02:30 03h00 am nono mort à 03:00 am d'après nypd nono saoul d'après ph" et une ligne de points d'interrogation soulignés. Effectivement quelque chose semble clocher, mais il faut voir dans quel état je suis rentré aussi...
* *
C'était Carrie au bout du fil. Elle m'a dit qu'elle allait bien, qu'il ne fallait pas s'inquiéter du message qu'elle m'avait laissé, elle a continué à me rassurer, je ne savais pas de quoi elle parlait mais j'ai acquiescé, le réveil brutal et la gueule de bois me poussaient à écourter la conversation, j'ai tenu au mieux. J'ai ensuite écouté le répondeur téléphonique et j'ai compris : d'abord Carrie dans un flot de sanglots et de mots perdus qui raclait le fond du coeur, ensuite les amis français qui l'hébergent : ils étaient arrivés juste à temps avant qu'elle ne mette en acte les hurlements de désespoir qu'elle m'avait balancés.
Un renvoi d'hier m'a pris aux tripes, j'ai couru à la salle de bains vomir.
Christian M.















COMMENTAIRES
1. Le mardi 23 août 2005 à 12:51, par known dwarf :: site
2. Le jeudi 25 août 2005 à 14:27, par known dwarf :: site
3. Le mardi 6 septembre 2005 à 05:32, par pample :: site
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