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Par
nono le hool's ,
dimanche 23 octobre 2005 à
20:37 ::
FLUSH
Numéro Un Joe Dassin
(Paroles : Nono le Hool's / Musique : Joe Dassin)
"L'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai
L'Amérique, l'Amérique, si c'est un rêve, je le saurai
Tous les sifflets des trains, toutes les sirènes des bateaux
M'ont chanté cent fois la chanson de l'Eldorado"
"Ce doit être beau en couleurs !" lance ma grand-mère qui en 1977 à l'instar du Punk n'est pas morte. Le communisme bande encore, à l'Est rien de nouveau. Pourtant c'est bientôt que nous allons passer des journées à suivre les aventures de la moustache d'une grande gueule des chantiers navals de Gdansk, une Vierge Marie au revers du veston. Et le quotidien d'un bout de notre famille, de nous, sous l'Etat de Guerre décrété par Jaruzelski. Mais en 1977, le pape n'est pas polonais, et il est loin derrière un mur ce pays sur la Baltique, que mes grands-parents avaient quitté pour aller choper la mort à retardement au fond des mines du Nord, puis celle de Salsignes.
"La terre promise, on ne la voit que de loin
La terre promise, c'est toujours pour demain
Quand on s'arrête sur le bord du chemin
Voilà qu'on nous réveille de nos rêves avant la fin"
Effectivement, ce doit être beau en couleurs, mais c'est en noir et blanc ce samedi soir à la télé, dans le salon sombre de la rue Alexandre Soumet à Carcassone, près de la voie ferrée. Numéro Un Joe Dassin, et plein de vedettes annoncées. L'après-midi mon grand-père avait vertement résumé les tubes anglo-saxons qui résonnaient sur la place Carnot par un "Les jeunes de maintenant, ils aiment que quand ça gueule", et je fus alors persuadé que jamais, au grand jamais, je n'aimerai les musiques qui gueulent. C'est dire si je suis ravi du programme qui va s'éclater en électrons morts sur la vitre du vieux poste plaqué formica imitation bois : Sylvie Vartan, Michel et Jackie Sardou, Jeane Manson, Coluche, et d'autres, et d'autres.
"Tous les soirs tu m'allumes,
Le matin tu m'éteinds
Mais même si tu dois tout faire sauter,
Fais-moi de l'électricité"
Les sunlights de Cognacq-Jay cognent fort dès le début, les étoiles courant par milliers dans la neige synthétique. C'est comme Noël mais on n'est que début décembre, alors c'est rudement bien, tellement que l'on a envie d'être demain. C'est une autre époque, un autre temps, des de quand je n'aimerai jamais les musiques qui gueulent ce que je ne sais pas encore. Le jour de ma naissance le Général bouffait depuis long la chienlit par la racine, et le Georges clopant compilait des vers qui le rongeraient deux années plus tard ; depuis je ne porte rien autour de mon cou. Johnny devant un bonhomme de neige en carton, la carotte bien plantée où il faut, geint qu'il a oublié de vivre : 1977, Giscard a la barre.
"Un soir à Chamalières,
Tu as changé tout mon destin
Allons danser Valérie,
Faut pas penser Valérie.
L'accordéon nous rend fous,
On tourne et on s'en fout."
La France accède au monde moderne. La télé est en couleurs, et si on ne pourra pas se la payer de sitôt, on sait qu'elle existe, c'est un possible. Et ce doit être bien. Comme les affiches partout, et les journaux, les publicités : des famapoals pour un oui, pour un non, et même pour un peut-être - surtout pour un peut-être. Des demoiselles aux gros pulls et cache-nez bariolés font semblant de glisser sur une mare factice en miroir tout autour des duos qui s'enchaînent : Jean et Joe, Eddy et Michel, Sylvie et Claude... Joe Dassin est fringué comme les filles qui patinent, mais il pète la classe. C'est une autre histoire pour ce con de Carlos qui en fait des tonnes dans son déguisement de lycanthrope en peluche rincée, reluquant les glisseuses, bien planqué derrière un arbre en aggloméré. "Je vais vous mangeeeer !" C'est ça ouais, pauv' débile. Tu ferais mieux d'aller z'yeuter ton casse-dalle du côté de chez Weight Watcher's, ça te fera pas de mal, et surtout à nous des vacances. Il m'a toujours brisé les couilles Carlos, comme Chantal Goya, c'te pute pédophile. Déjà en 1977.
"Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou
Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou"
Vingt-huit ans plus tard, des planches des scènes bruitistes au zinc des troquets, en passant par les feuillets de la littérature, sapé en Hard Mod ou en Punk Rocker, je hurle à la lune - "Je vais vous mangeeeer ! Oi ! Oi !" Et je m'éclate les dents sur le carrelage du Fantômas, par une glissade sur Starshooters. De la bière avait été renversée ; la bière ça vaut bien des larmes. Et les dents cassées ça vaut bien des couilles brisées - ou le coeur. A terre. Comme après les filles. Comme après ma petite femme, mon grand Amour. Dans la télé de 1977, Michel Sardou achève l'interprétation souffreteuse de son succès du moment, "Dix ans plus tôt". Vingt-huit ans plus tard, j'en crève des passions adolescentes. Et des gestes conjugués autrement, à un autre temps, à une autre personne. Et ça n'en finit pas d'en finir : un souvenir avec un coeur gros comme ça, ça ne laisse pas de place pour un avenir.
"Quand on a seize ans,
Que les gens tout autour de vous pensent :
'Ce n'est qu'une enfant'
Quand on a seize ans,
qu'on a eu ses plus belles vacances"
Et pourtant. Après douze mois passés à les compter, à dormir avec des cadavres et quelques tentatives pour leur ressembler, quelque chose à pointé le bout de son nez sous une longue frange brune. Quelque chose qui a fait que mon regard n'était plus tout à fait perdu dans la brume du bar et du reste. Quelque chose d'autre, au coeur de cette soirée Clarknova du 13 octobre, entre Philippe Katerine et Laibach. Et ce n'était pas quelque chose, c'était une femme, que mes yeux cherchaient sans cesse, pour attraper un bout du vert de son haut acrylique, un bout du bleu de son Denim pattes d'éph' écrasant ses Converse. Et toutes les couleurs de son sourire, si loin. Ce n'est presque rien, mais ça en a foutu partout, tout le temps, encore maintenant. J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle, mais toutes les filles je ne les voyais pas. Je suis resté là, sans doute à bredouiller en moi-même "je vais te mangeeeer". J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle - je me trouve une excuse, à chier : Parce que même si c'était elle qui en avait la coupe de cheveux, c'était moi qui etais Stone, le merveilleux cocktail alcool-cachetons. Trop pour aller lui chanter "l'Avventura". De toutes manières, ça fait long que l'on n'est plus en 1977, et qu'entre-temps le monde a connu Chrissie Hynde. Hymn to Her.
"Il y a des filles dont on rêve et celles avec qui l'on dort,
Il y a des filles qu'on regrette et celles qui laissent des remords,
Il y a des filles que l'on aime, celles qu'on aurait pu aimer"
Je ne lui ai pas parlé, alors aujourd'hui j'exhume de vieux fantômes oubliés, et des souvenirs télé du même millésime que son anorak rouge qui l'a accompagnée dans la nuit, juste avant le plus rien, puis le plus qu'elle. A la fermeture du bar. Je ne lui ai pas dit un seul mot, alors aujourd'hui j'en noircis des pages, comme pour lui trouver un nom, un prénom. Et maintenant que les bouteilles sont vidées, je les balance à la mer, et sur Clarknova, et sur la Terre entière. La littérature a suffisament négocié avec la mort, qu'elle y fasse désormais avec la vie, qu'elle ne soit plus conséquence mais cause. La littérature - c'est peut-être la seule chose qui restera, un appel à la poésie. Car c'est bien loin 1977, l'émission de mon enfance est finie depuis longtemps, le mur est tombé, mes grands-parents ne sont jamais retournés en Pologne. Et ce n'est pas qu'un peu que j'ai l'air con avec mon brushing bétonné effondré, le smoking crème aux genoux noircis, un bout de gerbe sur le revers pelle-à-tartes pailleté, au milieu de Cognacq-Jay déserté. Ce doit être beau en couleurs : Maritie et Gilbert Carpentier, ce sont vraiment des enculés.
"Voici le decor à l'envers
L'autre côté de la lumière
Sur une chaise un costume blanc
Une chanson déjà oubliée"

(Les citations sont extraites des chansons de Joe Dassin suivantes : L'Amérique, On S'en Va, Fais-Moi De L'Electricité, Allons Danser Valérie, Viens Voir Le Loup, Quand On A Seize Ans, La Fleur Aux Dents, Le Costume Blanc)
"L'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai
L'Amérique, l'Amérique, si c'est un rêve, je le saurai
Tous les sifflets des trains, toutes les sirènes des bateaux
M'ont chanté cent fois la chanson de l'Eldorado"
"Ce doit être beau en couleurs !" lance ma grand-mère qui en 1977 à l'instar du Punk n'est pas morte. Le communisme bande encore, à l'Est rien de nouveau. Pourtant c'est bientôt que nous allons passer des journées à suivre les aventures de la moustache d'une grande gueule des chantiers navals de Gdansk, une Vierge Marie au revers du veston. Et le quotidien d'un bout de notre famille, de nous, sous l'Etat de Guerre décrété par Jaruzelski. Mais en 1977, le pape n'est pas polonais, et il est loin derrière un mur ce pays sur la Baltique, que mes grands-parents avaient quitté pour aller choper la mort à retardement au fond des mines du Nord, puis celle de Salsignes.
"La terre promise, on ne la voit que de loin
La terre promise, c'est toujours pour demain
Quand on s'arrête sur le bord du chemin
Voilà qu'on nous réveille de nos rêves avant la fin"
Effectivement, ce doit être beau en couleurs, mais c'est en noir et blanc ce samedi soir à la télé, dans le salon sombre de la rue Alexandre Soumet à Carcassone, près de la voie ferrée. Numéro Un Joe Dassin, et plein de vedettes annoncées. L'après-midi mon grand-père avait vertement résumé les tubes anglo-saxons qui résonnaient sur la place Carnot par un "Les jeunes de maintenant, ils aiment que quand ça gueule", et je fus alors persuadé que jamais, au grand jamais, je n'aimerai les musiques qui gueulent. C'est dire si je suis ravi du programme qui va s'éclater en électrons morts sur la vitre du vieux poste plaqué formica imitation bois : Sylvie Vartan, Michel et Jackie Sardou, Jeane Manson, Coluche, et d'autres, et d'autres.
"Tous les soirs tu m'allumes,
Le matin tu m'éteinds
Mais même si tu dois tout faire sauter,
Fais-moi de l'électricité"
Les sunlights de Cognacq-Jay cognent fort dès le début, les étoiles courant par milliers dans la neige synthétique. C'est comme Noël mais on n'est que début décembre, alors c'est rudement bien, tellement que l'on a envie d'être demain. C'est une autre époque, un autre temps, des de quand je n'aimerai jamais les musiques qui gueulent ce que je ne sais pas encore. Le jour de ma naissance le Général bouffait depuis long la chienlit par la racine, et le Georges clopant compilait des vers qui le rongeraient deux années plus tard ; depuis je ne porte rien autour de mon cou. Johnny devant un bonhomme de neige en carton, la carotte bien plantée où il faut, geint qu'il a oublié de vivre : 1977, Giscard a la barre.
"Un soir à Chamalières,
Tu as changé tout mon destin
Allons danser Valérie,
Faut pas penser Valérie.
L'accordéon nous rend fous,
On tourne et on s'en fout."
La France accède au monde moderne. La télé est en couleurs, et si on ne pourra pas se la payer de sitôt, on sait qu'elle existe, c'est un possible. Et ce doit être bien. Comme les affiches partout, et les journaux, les publicités : des famapoals pour un oui, pour un non, et même pour un peut-être - surtout pour un peut-être. Des demoiselles aux gros pulls et cache-nez bariolés font semblant de glisser sur une mare factice en miroir tout autour des duos qui s'enchaînent : Jean et Joe, Eddy et Michel, Sylvie et Claude... Joe Dassin est fringué comme les filles qui patinent, mais il pète la classe. C'est une autre histoire pour ce con de Carlos qui en fait des tonnes dans son déguisement de lycanthrope en peluche rincée, reluquant les glisseuses, bien planqué derrière un arbre en aggloméré. "Je vais vous mangeeeer !" C'est ça ouais, pauv' débile. Tu ferais mieux d'aller z'yeuter ton casse-dalle du côté de chez Weight Watcher's, ça te fera pas de mal, et surtout à nous des vacances. Il m'a toujours brisé les couilles Carlos, comme Chantal Goya, c'te pute pédophile. Déjà en 1977.
"Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou
Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou"
Vingt-huit ans plus tard, des planches des scènes bruitistes au zinc des troquets, en passant par les feuillets de la littérature, sapé en Hard Mod ou en Punk Rocker, je hurle à la lune - "Je vais vous mangeeeer ! Oi ! Oi !" Et je m'éclate les dents sur le carrelage du Fantômas, par une glissade sur Starshooters. De la bière avait été renversée ; la bière ça vaut bien des larmes. Et les dents cassées ça vaut bien des couilles brisées - ou le coeur. A terre. Comme après les filles. Comme après ma petite femme, mon grand Amour. Dans la télé de 1977, Michel Sardou achève l'interprétation souffreteuse de son succès du moment, "Dix ans plus tôt". Vingt-huit ans plus tard, j'en crève des passions adolescentes. Et des gestes conjugués autrement, à un autre temps, à une autre personne. Et ça n'en finit pas d'en finir : un souvenir avec un coeur gros comme ça, ça ne laisse pas de place pour un avenir.
"Quand on a seize ans,
Que les gens tout autour de vous pensent :
'Ce n'est qu'une enfant'
Quand on a seize ans,
qu'on a eu ses plus belles vacances"
Et pourtant. Après douze mois passés à les compter, à dormir avec des cadavres et quelques tentatives pour leur ressembler, quelque chose à pointé le bout de son nez sous une longue frange brune. Quelque chose qui a fait que mon regard n'était plus tout à fait perdu dans la brume du bar et du reste. Quelque chose d'autre, au coeur de cette soirée Clarknova du 13 octobre, entre Philippe Katerine et Laibach. Et ce n'était pas quelque chose, c'était une femme, que mes yeux cherchaient sans cesse, pour attraper un bout du vert de son haut acrylique, un bout du bleu de son Denim pattes d'éph' écrasant ses Converse. Et toutes les couleurs de son sourire, si loin. Ce n'est presque rien, mais ça en a foutu partout, tout le temps, encore maintenant. J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle, mais toutes les filles je ne les voyais pas. Je suis resté là, sans doute à bredouiller en moi-même "je vais te mangeeeer". J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle - je me trouve une excuse, à chier : Parce que même si c'était elle qui en avait la coupe de cheveux, c'était moi qui etais Stone, le merveilleux cocktail alcool-cachetons. Trop pour aller lui chanter "l'Avventura". De toutes manières, ça fait long que l'on n'est plus en 1977, et qu'entre-temps le monde a connu Chrissie Hynde. Hymn to Her.
"Il y a des filles dont on rêve et celles avec qui l'on dort,
Il y a des filles qu'on regrette et celles qui laissent des remords,
Il y a des filles que l'on aime, celles qu'on aurait pu aimer"
Je ne lui ai pas parlé, alors aujourd'hui j'exhume de vieux fantômes oubliés, et des souvenirs télé du même millésime que son anorak rouge qui l'a accompagnée dans la nuit, juste avant le plus rien, puis le plus qu'elle. A la fermeture du bar. Je ne lui ai pas dit un seul mot, alors aujourd'hui j'en noircis des pages, comme pour lui trouver un nom, un prénom. Et maintenant que les bouteilles sont vidées, je les balance à la mer, et sur Clarknova, et sur la Terre entière. La littérature a suffisament négocié avec la mort, qu'elle y fasse désormais avec la vie, qu'elle ne soit plus conséquence mais cause. La littérature - c'est peut-être la seule chose qui restera, un appel à la poésie. Car c'est bien loin 1977, l'émission de mon enfance est finie depuis longtemps, le mur est tombé, mes grands-parents ne sont jamais retournés en Pologne. Et ce n'est pas qu'un peu que j'ai l'air con avec mon brushing bétonné effondré, le smoking crème aux genoux noircis, un bout de gerbe sur le revers pelle-à-tartes pailleté, au milieu de Cognacq-Jay déserté. Ce doit être beau en couleurs : Maritie et Gilbert Carpentier, ce sont vraiment des enculés.
"Voici le decor à l'envers
L'autre côté de la lumière
Sur une chaise un costume blanc
Une chanson déjà oubliée"

(Les citations sont extraites des chansons de Joe Dassin suivantes : L'Amérique, On S'en Va, Fais-Moi De L'Electricité, Allons Danser Valérie, Viens Voir Le Loup, Quand On A Seize Ans, La Fleur Aux Dents, Le Costume Blanc)















COMMENTAIRES
1. Le lundi 24 octobre 2005 à 17:59, par known dwarf :: site
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