Toi qui me lis,
Je ne suis pas parti me mettre au vert en Nouvelle Angleterre et surtout pas dans le Nevada, ou assister encore une fois à mes funérailles dans le sud de la France, mais je t'envoie quand même ce billet comme une carte postale de vacances. Je te donne de mes nouvelles.
Qu'est-ce que ce blog sinon un bulletin de santé à mon intention d'abord, validé par ta lecture ? Alors je publie, je suis en vie. Je te raconte que je ne suis pas mort, ce qui fait que je ne suis pas mort. Je suis même en plein dans l'existence : la musique. Plusieurs jours maintenant que je suis à bosser sur FL Studio 5 la reprise de Lucrate Milk pour leur DVD/CD à paraître début 2006 sur FZM(*), et que ça prend tout le temps. Ca me fait fermer ma gueule, déjà ici, un moment du moins ; juste de quoi l'ouvrir de nouveau jeudi dernier en studio, on a samplé les guitares et les voix. Et puis je suis tombé dans les pommes, en hurlant hystérique une connerie en Allemand. Boum badaboum, en 32 pistes. Je voulais faire comme Einstürzende Neubauten, j'ai fait comme une chanson de Dalida - Moi je veux mourir sur scène...
Et même pas : je ne veux pas mourir, sur scène ou ailleurs, je ne veux plus. Je sais que la vie est mal faite, que tout vient toujours quand on ne le souhaite plus. C'est dire si j'ai flippé, jusqu'au lendemain chez le médecin. Le spécialiste le confirmera dans une dizaine de jours mais il semble que ce soit un souci d'oreille interne. Je ne savais même pas qu'on avait des oreilles au-dedans de la tête, ce doit être pour ça que j'entends autant de conneries. Je m'écoute de trop.
Mais j'en fais profiter les autres aussi, ce serait dommage de ne pas le faire, surtout pour eux. Pour toi qui me lis. Pour elle de la semaine dernière, et qui n'était pas là ce samedi soir. Des conneries : Un New York à détruire et puis à reconstruire, de la poésie à réinventer. Des conneries mais qui l'ont touchée, elle me l'a dit - ne me demande pas où, j'ai déjà du mal à savoir où va se perdre mon corps alors mes mots... Et c'est d'ailleurs depuis que j'ai la tête qui me chavire, et le coeur battant fort, et vite. De trop peut-être.
J'en tombe dans les pommes au studio d'enregistrement, ce n'est pas Apple Records ni Abbey Road alors je n'ai pas traversé la rue pieds nus et mort ce week-end. C'est fringué en early Beatles que j'ai passé mon hard day's night, bien vivant. Et fier de moi, je trouvais que je pétais la classe, et que ça m'aurait dispensé de quelques conneries supplémentaires. Mais elle n'était pas là. C'est à mes amis que j'ai dit tout l'amour que j'avais pour eux, à la vodka-tonic aussi. Jusqu'à longtemps après la fin : le patron a laissé les clefs au Dee-Jay, et on est resté là, avec un autre type, à écluser sur de la musique électrique, fort, le rideau de fer baissé. Le souvenir d'après est dimanche 17 heures sur le sofa de mon salon, les yeux qui s'ouvrent péniblement sous la frange dévastée, en starco froissé. La classe de la veille en avait pris un sacré coup, de trop.
Des conneries, et de trop, voilà comment on peut résumer tout ça. Mais des conneries, et de trop, ça en fait de la littérature et ça vaut largement de la vie. Suffisamment pour avoir la gueule de bois joyeuse, en sifflotant entre deux gerbes. Je suis vivant, je te l'écris ici, à toi qui me lis, comme une carte postale de vacances. Dans la tempête je trouve qu'il fait beau, et que je mange bien, et que je m'amuse beaucoup. Toi qui me lis, je t'embrasse tendrement et te dis à très bientôt. Je retourne dans la musique, en attendant la fille du week-end dernier. Ou une autre.

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(*) Lucrate Milk : http://www.lefdup.com/HTMLf/lucrate.html
Folklore de la Zone Mondiale : http://fzm.fr