nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
mardi 31 janvier 2006

Rendez-vous

De l'alcool blanc et un cigare, Chet Baker et une e-page à remplir : let's have a lunch, me, I and myself. J'ai été traîner un bout de matinée dans Little Odessa, des fois que j'y aurais trouvé une raison. Je n'en ai même pas ramené le besoin d'achever ma dernière chanson, que quelques hérédités de grain distillé. Je pars demain pour la France avec deux cravates, une poignée d'euros et des mots pas finis - sans doute une gueule de bois pour emballer le tout. Un beau paquet que je m'en irai étaler sur la scène de samedi, bien au milieu des lumières. Il y aura les vieux amis et des nouveaux, Angelic Upstarts et des habitudes à reprendre. Je hurlerai quarante-cinq minutes durant la mort et les déchirures, tout le rien que je tente d'étouffer le reste du temps, tant bien que mal ; je gagnerai par l'obscénité le droit de me défoncer la tronche for free. En chien savant, je vivrai un peu et par les mêmes yeux qui m'assassinent. Je voudrais avoir le trac, je n'ai qu'un vieux goût d'ailleurs et de merde qui me colle à la langue.
Samedi, ça fait une échéance, comme un objectif : une justification. N'allons pas chercher plus loin, il sera toujours le moment de tomber. Déjà ce jour, je sens la vodka monter partout dans ce corps débile, je pressens la poésie et puis l'oubli - il n'est que presque midi. La bouche s'endort, plus que peu de mots alors : ça oubliera que ça ne veut qu'un baiser, même si, comme pour un baiser, ça ira gerber après. Ca ira gerber samedi, bien au milieu des lumières. And this is just another punk song, and this is just a love song. En attendant, dans un tombeau en location à quelques miles de Prospect Park, je baise l'ivresse bien entamée. J'espère te revoir bientôt, peut-être là-bas, même si tu es une autre - je sais que tu sauras m'offrir la seule chose dont j'ai besoin : le mensonge. Alors viens, et mens-moi ; que je ne meure plus, ne serait-ce qu'un temps. Je t'en prie, samedi, n'importe qui, regarde-moi.

nono le hool's
(Varsovie 1972 - New York 2005, RIP)

lundi 30 janvier 2006

"And I swear that I don't have a gun"


Les poubelles de la cour dégueulent des ordures du week-end.

*
*   *


Mon obligation à la littérature n'est seulement que par la peur. Panique, la terreur.

*
*   *


Il est souvent des fois où tu ne me vois pas, et c'est tant mieux : j'en fais de même.

*
*   *


Demain tu applaudiras ton silence d'aujourd'hui, tu me paieras pour le crime.

*
*   *


Je sais déjà que ton amour est dégueulasse.

*
*   *


Depuis de long mois (plus d'une année) j'entends la journée durant les machines et les coups contre le mur, la destruction des appartements de l'immeuble d'à côté. On rénove l'habitation. Vendredi matin en revenant de chez le coiffeur, je suis passé par la ruelle de ces travaux.

*
*   *


Le balancement du corps et l'âme comme déchirée, combien de temps le sang dans mes veines ?

jeudi 26 janvier 2006

20h19 et des poussières

La Bête rôde mais je n'ai trouvé que tes mots : de l'amour oublié sur la première page d'un Tanizaki, de l'amour de ta main avec ton prénom à la fin. Quelque chose qui dispense de la lecture du roman qui s'en suit.

(La Bête rôde et les mots s'enfuient.)
mercredi 25 janvier 2006

8 Ball

Un quatrième texte pour DIVISION D'HONNEUR [LIEN].
(Musique : Jean + Division d'Honneur)
_______________

Que restera-t-il de nous sur la Terre
Que restera-t-il en Enfer
Est-ce qu'on vaudra la peine d'une prière
Ou juste l'appétit des vers

Et tous ceux de l'histoire
Et toutes celles qu'on aurait pu avoir
Pourriront-ils dans les mémoires

Quand on ne pourra plus voir
Nos espoirs déçus dans le miroir
Que restera-t-il à croire

Rock'n'Roll will die
Rock'n'Roll will die again

Que restera-t-il de nous sur la Terre
Que restera-t-il ô mon frère
Quand nous serons redevenus poussière
Sous l'ombre d'une croix de fer

Ceux qui n'ont su les cieux
Ceux qui n'ont ni maître ni dieu
Peuvent-ils finir en bienheureux

Partir sans un adieu
Sans la gloire des oublieux
C'est ce que l'on aura de mieux

Rock'n'Roll will die
Rock'n'Roll will die again




lundi 23 janvier 2006

Coupure de Presse


Nono le Hool's, quel est votre secret de beauté ?
- La possibilité de mourir, tous les matins.

Global positioning system

"Dans le cas d'une arme de poing classique cela signifie que lorsque le chien est abattu donc incapable de percuter une munition il faut, pour tirer, l'armer manuellement donc le ramener vers l'arrière de l'arme où il restera en position."

Il est un début d'après-midi mais le jour ne semble pas s'être levé. J'ai du mal à me traîner, tellement que j'en saignerais. Je ne comprends pas d'où vient la lumière du dehors, j'ai du mal à m'en tirer. Un cliquetis, puis un autre, un bruit de flingue ou les touches du clavier - les mots me tiennent la main.

J'ai les yeux du personal computer
et des balles plein le chargeur,
j'entends le battement du coeur.

J'aligne la poésie, les pieds dans le vide.
samedi 21 janvier 2006

Les filles du Café Populaire

La belle jeunesse se passe entassée dans le hangar à soiffards de la rue de la Colombette. Les IUT et les dread-loquedus, les BTS et les 15 Serge Blanco ; tous l'oeil hagard et le rire gras. C'est de l'alcool partout et pourtant pas le moindre éclat, personne n'en crèvera. Ils vivent ce que l'on appellera plus tard le bon temps, en attendant le possible de la résidence secondaire à Seignosses ou à Gruissan. Il y a des filles en sueur qui ne cessent de hurler, et d'autres qui ont l'ennui muet. Le regard de ces dernières prend un instant l'air intéressé aux bredouillages du copain d'à-côté pour la vie, puis retourne se perdre nulle part, cherchant vidé on se sait trop quoi : un autre, un ailleurs, la mort. Quelque chose auquel s'accrocher ; quelque chose par pitié.
dimanche 15 janvier 2006

Hollywood, France

Un autre texte pour DIVISION D'HONNEUR [LIEN].
(Musique : Nono le Hool's + Division d'Honneur)
_______________

HOLLYWOOD, FRANCE

Les copains le soir
N'ont pas la mer à boire
(alors) Les copains au bar
Ont la soif des bavards
Ils s'avalent des bobards
A dormir debout
Mais ils ne dorment pas, ils se tiennent
Bien et bien raides surtout
Les copains le soir
En font des histoires

Les frangines la nuit
Ont l'goût Californie
Les frangines du bruit
N'ont pas l'air d'ici
Elles s'étouffent l'ennui
Dans la poudre de riz
Puis elles pleurent tellement jolies
Que l'on jurerait qu'elles rient
Les frangines la nuit
S'appellent Bettie

Et chacun tourne tourne tourne
Et chacun tourne en rond
Et chacun tourne tourne tourne
Et le monde

Et le monde il s'en fout bien
De tout ce mal, de tout ce rien
Rien ne retient qui ne déchire
Tout est vain

Et les copains le savent bien
Et les frangines jusqu'au matin
Brûlant leur nuit sans avenir
Qu'un demain

Les copains soûlards
Causent en des espoirs
Que les frangines trop tard
Font semblant de croire
Pour que même blafard
Ca brille un peu et quelque part
Comme une étoile en regard
Qui n'est que par son trépas
Et chacun dans le noir
En fait un cinéma

Et chacun tourne tourne tourne
Et chacun tourne en rond
Et chacun tourne tourne tourne
Et le monde

Et le monde il s'en fout bien
De tout ce mal, de tout ce rien
Rien ne retient qui ne déchire
Tout est vain

Et les copains le savent bien
Et les frangines jusqu'au matin
Brûlant leur nuit sans avenir
Qu'un demain


PHOTOGRAPHIE PAR YANN DERAIS.
mercredi 11 janvier 2006

Soldes d'Hiver (Y2K6 Remix)

- Tu ne m'as pas écrit de chanson ?
- Ben non... Mais j'ai déclenché une bagarre l'autre fois au bar.
Elle a répété la question, un peu plus tard ; peut-être savait-elle que la réponse aurait pu être différente. Je ne lui ai pas fait lire le long récit de tout ça, ce n'était au fond qu'une lettre pour moi, une lettre qui disait que les temps changeaient.
Elle est passée, quelques heures dans l'après-midi récupérer une bague qu'elle avait laissée. Elle est repartie, oubliant cette fois un vêtement sur la chaise. Ca m'a fait marrer. Les temps changeaient - et c'est aussi une chanson, d'un autre.

The Times They Are A-Changin'

"For the loser now
Will be later to win
For the times they are a-changin'."

[BOB DYLAN, "The Times They Are A-Changin'"]