De l'alcool blanc et un cigare, Chet Baker et une e-page à remplir : let's have a lunch, me, I and myself. J'ai été traîner un bout de matinée dans Little Odessa, des fois que j'y aurais trouvé une raison. Je n'en ai même pas ramené le besoin d'achever ma dernière chanson, que quelques hérédités de grain distillé. Je pars demain pour la France avec deux cravates, une poignée d'euros et des mots pas finis - sans doute une gueule de bois pour emballer le tout. Un beau paquet que je m'en irai étaler sur la scène de samedi, bien au milieu des lumières. Il y aura les vieux amis et des nouveaux, Angelic Upstarts et des habitudes à reprendre. Je hurlerai quarante-cinq minutes durant la mort et les déchirures, tout le rien que je tente d'étouffer le reste du temps, tant bien que mal ; je gagnerai par l'obscénité le droit de me défoncer la tronche for free. En chien savant, je vivrai un peu et par les mêmes yeux qui m'assassinent. Je voudrais avoir le trac, je n'ai qu'un vieux goût d'ailleurs et de merde qui me colle à la langue.
Samedi, ça fait une échéance, comme un objectif : une justification. N'allons pas chercher plus loin, il sera toujours le moment de tomber. Déjà ce jour, je sens la vodka monter partout dans ce corps débile, je pressens la poésie et puis l'oubli - il n'est que presque midi. La bouche s'endort, plus que peu de mots alors : ça oubliera que ça ne veut qu'un baiser, même si, comme pour un baiser, ça ira gerber après. Ca ira gerber samedi, bien au milieu des lumières. And this is just another punk song, and this is just a love song. En attendant, dans un tombeau en location à quelques miles de Prospect Park, je baise l'ivresse bien entamée. J'espère te revoir bientôt, peut-être là-bas, même si tu es une autre - je sais que tu sauras m'offrir la seule chose dont j'ai besoin : le mensonge. Alors viens, et mens-moi ; que je ne meure plus, ne serait-ce qu'un temps. Je t'en prie, samedi, n'importe qui, regarde-moi.

nono le hool's
(Varsovie 1972 - New York 2005, RIP)