(Toi qui me lis peut-être,)

C'était la semaine dernière.

J'avais mis en stand by la nouvelle que je rédigeais ces temps, pour te raconter le week-end passé, où l'on s'est croisés et sans doute pas. Pour te raconter qu'au coeur de ce nouvel hiver, l'électricité du bruit et des spotlights ça tient chaud quand même - les yeux surtout. Pour te raconter l'ange irlandais d'un bar de nuit, comment elle a transformé cette heure trop tard (toujours la même) en du plus joli que mon imagination. Pour te raconter enfin, qu'on se quitte en se marrant comme de vieux copains, les aventures de Rock et de Roll qui sont dans un bateau ivres, bourrés, torchés, et que ce n'est pas dans l'eau que quiconque est tombé. Je voulais te raconter de mon plus beau. Mais c'était un week-end, passé.
C'était un entracte.
Les mots ont été appelés à se faire voir ailleurs, en urgence. La nostalgie et le doux souvenir pouvaient bien attendre ; le mal lui est impatient. J'ai couru, aussi vite que j'ai pu, un feuillet, et puis deux. Trois. Quatre. Autant de fois que je suis tombé, je me suis relevé. En vain : tu n'as rien lu ici. Alors je ne sais toujours pas.

J'ai vidé mon compte en banque, et puis les marques sur mon corps.

Plusieurs jours que je n'ai pas ouvert les volets, je porte chez moi des lunettes noires comme si ça allait faire un bout de soleil. Ca ressemble à une chanson que j'aurais pu écrire, et d'ailleurs je l'ai écrite. Ca ressemble, mais ce n'est pas ça.

Je ne me rappelle pas de tous mais les amis sont passés, les autres et puis les unes. Un peu comme on vient veiller un mort. Mais c'était pire. Pire que la mort ; ça n'en finit pas. Ca ressemble, mais ce n'est pas ça.

Alors.

Dans les décombres je t'écris aujourd'hui. A toi, qui me lis peut-être. C'est encore une lettre d'amour : vendredi avec mes magnifiques j'entre en studio, enregistrer une poignée de Gibson et de Marshall à t'offrir. La bande son d'une vie, quelque part.

C'était une dernière semaine.
Quelques années déjà dans le troisième millénaire.