nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
mercredi 25 mai 2005

Deus Ex Machina

Les murs du tombeau quelquefois s'ouvrent encore. Les effluves de la sépulture en appellent au pillage, les charognards viennent causer d'amour. Ca pue le crevé, ça sent la romance, et le vagin souriant - toujours à pleines dents, les baisers nécrophages de l'oeil mouillant. L'arme reste acérée, et les sexes de métal. Au fond du lit de pierre, la mécanique innervée se rappelle en fonction, et en utile. L'espèce est reproductrice : la fabrique du meurtre.
Les circuits imprimés et la mémoire morte sont une piètre souvenance, et tout s'en satisfait - il n'est qu'un sens unique. Le coeur bat, la bite gonfle, la chatte se noie, pour finir en chansons, le mensonge de la civilisation, la chair et les livres. Il n'est que la machine et la matrice, il n'est que la pitance et le sacrifice, il n'est que le biologique en pourriture et Moloch en répétition. La carte mère et ma queue.
Je sens sous la toile blanche de ma chemise grouiller les vers, au-delà de la poésie, au coeur de la vie. Je me défais de l'esthétique, le poitrail nu alors. Je m'offre à toi, aux canons de ton regard. Les avortons fraternels de mon hérédité, mes siamois mort-nés, pendent à mon corps, et hurlent, leurs membres d'acier suppliant le ciel, ou quelque chose comme ça. Peut-être toi.
Il n'est rien de vivant qui ne soit condamné et déjà exécuté, nous trimballons nos cadavres partout, nos fausses couches et nos assassinés. Nous nous offrons nos viandes faisandées en des serments de fidélité, et nous racontons des réalités avec nos corps décomposés. Tout, pourvu que l'on puisse oublier l'unique vérité : le langage - les choses mortes. Je lâche les mots, je ne veux plus jouer ; je ne joue plus, je jouis. Dans la pornographie et l'obscène, l'art dépassé, je me tiens dans ma pestilence, dans mon anatomie dévêtue, dans mon image écorchée, dans ma flaque de merde et de sang. Dans le Réel révélé, dans ton oeil.
- Toi qui m'aimes, regarde maintenant.
mardi 24 mai 2005

Visée

Détourner l'arme au dernier moment,
le regard, perdu.
vendredi 20 mai 2005

Microgravité

Le noeud coule
le fleuve aussi
et
les corps
le foutre
le sang
et la merde.
L'encre.
jeudi 19 mai 2005

Vingt-Cinq Ans et Un Jour

Le Rock'n'Roll est mort, il n'a même jamais existé. Pas de fureur ni de vivre ni de partir jeune ou vite. Il ne reste que ce qu'il y a toujours eu, rien.
Le cul sur la chaise, à essuyer les heures macchabées et leur rage cadavre, à chialer au mieux. Le regard perdu de suivre encore ce désir on ne sait que trop où, marinant minable dans son économique impotence. Il y a les objets, et il n'y a pas de choix. Aucun, ni personne. It's a blank breed, and there's no future. Aucun, pour personne. Comme du reste, d'ailleurs.
La langue n'est qu'un silence hurlant, les mots mentent comme tu ne respires plus : tu bandes encore, pour y croire, et tu baises tes morts, mais ça jouit en crevé sous le froc denim delavé. C'est une nuit, infinie ; l'insondable vide des orbites décharnées derrière tes lunettes noires.
L'espèce a disparu depuis long, avant même son apparition, c'était sa seule condition. La vie n'est qu'un avortement interminable. L'humanité défèque à l'envi son flot post-mortem de sang chargé. Ca schlingue, l'adolescence jamais venue. Et l'âge passe, le pus s'écoule, le corps vieillit, le foutre moisit. Et tu pars, pourri.
Il y a vingt-cinq années, Ian Curtis se pendait.
mercredi 18 mai 2005

Hollywood

Si tu as des yeux, encore un peu, donne m'en.
Des regards balancés, des coups à jeter.
Des yeux. Des qui nous pénètrent, profond
Au coeur de l'âme, où ça pue bien
Où c'est si chaud et puis plus rien.
Des yeux, à crever.
lundi 16 mai 2005

Keys

Suppr Fin ScrollDown
dimanche 15 mai 2005

Love Song

j'ai envie d'écrire
une chanson d'amour
j'ai envie de crever
samedi 14 mai 2005

Hold-Up

La main à la tempe
Il me manque l'arme
mercredi 11 mai 2005

Drip Tease

tu as coulé sur ma vie
j'en ai foutu partout
mais
le sang n'etait
que de

moi

seul.
vendredi 6 mai 2005

Grammaire de la Charogne

(Un des derniers billets des BadTripDiaries pour initier le BackStage blog, en continuité comme en nouveauté.)

La mort est un jeu, pas la vie ; les sourires de façade.
Blafard et cafardeux, j'avance vers la nuit. Elle aussi. C'est le royaume des ombres, de ce qui n'est plus, de ce qui ne se voit plus. Le royaume de ce qui se ressent. Etourdi par le manque et la fumée de mes cigarettes, je m'emporte vers un destin sans but. Sans direction, sans sens. Autre qu'elle, sans elle. Une image sans reflet n'est plus qu'un mirage, mais jamais un être sinon spectral. Ou un qui a été, un ancien deux. La conjugaison est simple, terriblement. L'arithmétique aussi.
Compter ou ne pas compter, là seule est la question. Je n'ai plus que des réponses, les possibles comblés, les failles dégagées. Désespéré, je force la réalité, je force la chair. Le corps. Je l'ouvre, que ça gueule. Que ça gueule, putain ! Assez de ce silence ! Et que dégoulinent les tripes, et que hurlent les veines ! Que ça cause là-dehors comme ça bavasse là-dedans ! Que se déverse la violence, à en foutre partout, sur tout, sur elle. Du rouge ! Du rouge ! Dans tout ce noir.
Je me pénètre, de mes ongles, de ma lame. Je me viole. Je veux ressentir le dehors, enfin, encore. Je veux sortir de moi, m'enfuir. Je me baise, en chien. Je me prends en d'autres trous. Je cherche l'issue, une autre. Une autre que l'évidence, que la malédiction. Je cherche son mensonge, comme l'amour. Je me viole. Je tente le souvenir, comme la caresse. Je me baise.
Le sexe de mes poings, la queue de mon surin : je supplie le langage. Je m'abime, comme s'il y avait les mots. Acculé, il ne me reste que le biologique à vider. Il faut du sacrifice, encore et toujours ; il ne me reste rien, depuis elle, depuis toi. Je m'accroche pourtant, et je saigne. Toujours plus loin, toujours plus profond. Les coups, la déchirure. Je coule.
Redonne-moi des yeux, pour des larmes ; et des mains, pour le meurtre. Et des sourires - des vrais, qui mordent. Redonne-moi, jusqu'au sang. Un corps, autre, tien. A dévorer. A pleines dents. Un os à ronger. Nutrisco et extinguo.
Je pars, je ne voudrais pas ; je me hais, je t'aime.

nono le hool's, 30 janvier 2005