nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
samedi 26 novembre 2005

Patrick Dewaere

Je me fais sauter le caisson comme on écrit de la littérature. Entre les lèvres d'une fille où ça coule des mots partout, les jours ont des nuits. Et c'est du cinéma.

"Lili aime-moi",
Bang le Vladimir !

Avec des soirs aussi.
Ta main était sur moi la course de ton sourire ; et puis au bout des heures que les autres avaient désertées ta bouche m'a rattrapé. Enfin. Entre-temps quelques paroles, l'air de tout. Je t'ai respirée, sniffée à m'en faire péter les veines. Le noir de tes cheveux, la si bonne came ma marocaine - Un hémisphère dans une chevelure. Plus rien alors que la poésie. Infinie. Un goût du dedans de toi.

Avec des matins aussi.
Dans la grisaille de bientôt l'hiver, le regret d'avoir dormi parce que c'était maintenant un peu comme une vie qui s'arrêtait : alors nous nous sommes dit que peut-être. Au revoir.

"Je n'ai pas d'orgueil
Les héros seront morts
Mais pas moi"

Ou alors toute la planète.

[Extérieur nuit]

Parce que ce n'était même plus peut-être,
Je suis entré dans ce bar déjà bien saoûl ;
Parce que ce n'était même plus peut-être,
Tu n'aurais pas dû y être.

[Flashback]

Et tes mots et tes gestes qui
Entre-temps
Avaient raconté tout et n'importe quoi,
En même temps
Presque.

[Caméra épaule]

Un autre samedi, un d'avant, dans un autre troquet, un d'ailleurs, je t'avais promis un New York tout à détruire, et puis tout à reconstruire - une chanson à réinventer, tu le valais. J'ai fait avec les moyens du bord, en catastrophe. Toi dans l'autre salle à te demander connement pourquoi je ne t'avais pas saluée, moi près de la porte des chiottes (et du petit escalier) à écluser connement verre sur rage. Jusqu'à ce que tu entendes des filles crier : c'étaient les bobos d'à côté qui avaient morflés. Des coups et des hurlements, après ma provocation insistante jusqu'au bras droit tendu - ces connards ne voulaient pas le baston (les connards !). Des coups et des hurlements, enfin le romanesque. Le minable prenait des airs d'oeuvre d'art.

[Doublage cascadeurs]

Toi et moi on s'est engueulés aussi, je t'ai dit que tu n'étais qu'une starlette qui en faisait des tonnes en ne pigeant que dalle à son texte, et que tu n'avais rien à foutre dans mon film, qu'une belle gueule ne suffisait pas, que tu n'étais qu'une erreur de casting. Tu m'as retorqué d'autres conneries, c'est l'alcool qui en aura emporté le souvenir - mais tu m'as dit après que tu t'étais bien défendue. Bien sûr, parce que ce n'était pas la réalité mais bien plus vrai : du cinéma, le dialogue d'un vieux drame français de la fin des années soixante-dix que nous étions en train de tourner, et dont tu étais
La tête d'affiche.
Une star,
Il ne pouvait en être autrement, pas quelqu'une pour quelque peu en passant, pas un bout de vie à la con, parmi des millions de bouts de vie à la con. Une star,
Toi. De l'art,
Pas du joli sentiment passager noyé connement dans la vinasse solitaire,
Pas un bar
Sans bagarre.
Mais de l'art.
Et c'est tout.
Tout.

[Thème musical de fin]



J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. Entre rien et rien, au lieu d'un cri, des jours et puis des nuits. Quand le souvenir des larmes ressemble au bonheur. Quand il n'y a même plus le bruit (alors les peut-être... ah les peut-être !...) De la littérature comme un silence armé.

"Lili aime-moi",

J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. A 35 ans comme à jamais, et que l'on se dit qu'il en faudra de la rallonge. Encore et encore. Mais il est tard, on ne servira bientôt plus à boire. Ce ne sera pas ce soir l'heure du courage. De la littérature en attendant, pour faire semblant.

Bang le Vladimir !

J'écris de la littérature. Comme tout le monde. Comme tout le monde, même pas comme personne.

"Je n'ai pas d'orgueil"

Comme on se fait sauter le caisson. Comme tout le monde. Comme tout le monde, même pas comme personne.

"Les héros seront morts"

J'écris de la littérature.

"Mais pas moi"

Qui n'en est pas.


(Bon, là je merde. J'ouvre une autre bière et on fera comme si... Peut-on recommencer la prise s'il vous plaît ?!)


[SCENE DE LA GRANDE GUEULE, DEUXIEME ! ]

[ENVOYEZ LA BANDE !]

Toi. De l'art,
Pas du joli sentiment passa

[MOTEUR !]

ger noyé connement dans la vinasse solitaire,
Pas un

[ACTION !]

bar
Sans bagarre.
Mais de l'art.
Et c'est tout.
Tout.

[Thème musical de fin]



J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. Pour que le rien tourne au drame, et que se dechire le silence, en lambeaux. Des miettes de cervelle sur des épaules étrangères. En un ultime geste de tendresse. J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson, en te remerciant.

Et la vie maintenant à l'avenant : il n'y a jamais eu de réalité, nulle part, qu'une place vide pour la fiction. Ces derniers jours pourtant emplis de tant de lâchetés et de tous côtés n'ont jamais été que comme ils ont été tournés. Courts mais forts, et un peu plus que le possible. Pas grand chose et des histoires, c'est du cinéma. Un bel éclairage. C'était même un plan minable, mais en Cinémascope.

L'existence est une nuit américaine : un jour maquillé, un soir comme on voudrait. Les larmes une pluie dansante sous la lumière des réverbères, le col relevé et la cigarette mouillée, les souliers qui claquent sur le trottoir miroir qui mène au bar. Et puis mes chansons avec des "Allez, viens !", et puis tes mains qui me racontent pourquoi la vie pourrait être belle. Des "si" partout, des rires aussi, hurlant. Que tu ne puisses voir combien je pleure mais comment : en tombant amoureux de toi.

La vie, c'est du cinéma :
On meurt pour de vrai, et plusieurs fois.

Tu es une balle dans le barillet,
Ma belle.

Hier
Tu m'as demandé si je voulais toujours te tuer,
En un sourire.

"Don't play with me 'cause you're playing with fire."

La vie, c'est du cinéma : on meurt pour de vrai, et plusieurs fois. Bien agrippé au zinc des troquets ou au clavier de son PC, on s'en raconte du tout et du n'importe quoi, comme les filles, comme toi. Et le coude bien haut, on porte nos verres jusqu'à la bouche comme un revolver - à s'avaler des mots inversés, une autre réalité. J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. En fanfaronnant, en gueulant plus fort que le silence de la Mort, juste pour faire marrer les copains, qui eux aussi font pareil : les malins, des anges en Enfer.

Il ne me reste que ça : la poésie, et il faudra bien la mener jusqu'au bout - le meurtre et le suicide. Je n'aime pas ma vie, ni celles des autres, mais une autre. Une autre vie : la mienne quand je l'aurai finie. Une autre. Quand le froid du canon d'acier baisera ma tempe battant une dernière fois, quand l'ultime idée me traversera l'esprit et la cervelle, à quelque chose enfin tout rimera. La littérature sera écrite en se faisant sauter le caisson, le monde sera accordé. De la poésie accomplie, l'existence alors réussie.

"Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté."

Mais le dernier vers ne vaudra rien sans l'ivresse de tous les autres - les meurtres. Il n'y a jamais eu de réalité, nulle part, qu'une place vide pour la fiction. Alors dans le vain et le vacant de l'univers, au coeur de l'absurde et en lettres de sang, je me dois l'inscription de la seule invention possible : un peu d'élégance. Comme pour une fille une bagarre dans un bar, de l'art et c'est tout. Tout.

Rien. Et c'est la vie, du cinéma. Comme toi et moi. Que de la gueule - ça en a toujours été ainsi, sauf que maintenant je sais : là est l'acte ultime. Au-delà de l'insupportable grimace de la chair, et puis ce foutu silence sous le couvert d'un peut-être, et puis ce néant qui me brûle et qui me hurle. Ma vie comme toutes les autres n'est rien, il n'y aura pas de rédemption, même tard quand on ne sert plus à boire, jamais, il est inutile de s'agenouiller : il ne reste plus qu'à s'enivrer, immédiatement et sans traîner, de filles en amour et de vins, pour qu'enfin résonne le plus beau des chants, celui de la fin.

Il nous reste tout à écrire, dans un vacarme d'éternité, dans le désespoir enfin revendiqué. A tourner maintenant dans l'oeil de nos caméras intimes. Nous ne sommes que des souvenirs, qu'une fabrique à souvenirs ; alors fais-moi la grève coco, et reprends la machine. Alors fais-moi l'amour mon amour, et enflamme l'usine. N'attends pas les camarades, nous serons toujours seuls ; n'attends pas les camarades et pars avec moi, encore une fois. Et on n'ira pas dormir, pas cette fois, et tu ne rentreras pas chez toi dans le petit matin, pas cette fois.

Nous nous tiendrons bien, dans nos bras ou debouts - c'est pareil. Nous serons saoûls à en crever, plus que jamais. Et quand il n'y aura plus d'alcool au fond des bouteilles, je te raconterai un avenir ou des salades - c'est pareil. Que tournent nos têtes, et le monde aussi enfin parce que nous l'aurons décidé. Il sera à nous le vertige, et nous ne cesserons de tomber, amoureux ou des nues - c'est pareil. Dans nos bras ou debouts. Nous tomberons au champ d'honneur.

Nous ne saurons quand, ni s'il fera déjà jour ou encore nuit - nous serons trop loin partis. Si loin que l'on ne s'en souviendra pas, de rien. Nous aurons assassiné la mémoire et les choses : il n'y a jamais eu de réalité, nulle part, qu'une place vide pour la fiction. Les meurtres avant le suicide, toi, nous et moi. Seule la littérature subsistera : la vie, c'est du cinéma.

Et on ne sera pas allés dormir,
Et tu ne seras pas rentrée chez toi dans le petit matin,
Pas cette fois.

(Mourir pour de vrai, et plusieurs fois - ou ne pas exister. Mais avant quoi que ce soit, viens tout près de moi, assieds-toi là, sur ce canapé que tu trouvais si confortable, toi souriante et recouverte de ses draps jaune et bleu. Et prète-moi ta main que je lui parle tout bas : dis-moi la vie des autres, et la tienne avec eux, dis-moi comment ils font, dis-moi comment vous faites. Moi je ne sais pas. Y a-t-il quelque chose autre que la violence et l'ennui, que leur oscillation ? Moi je ne sais pas. Dis-moi. Raconte-moi et puis non, embrasse-moi plutôt. Parce qu'après tout, qu'importe : tu as l'air joyeuse.)




Malgré le chauffage électrique des appartements de novembre, le canon reste glacé.



J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. Parce que je suis armé, tout connement. Parce qu'une fille un jour m'a donné un flingue, et que d'autres ont rempli le barillet. Parce que Lili et Vladimir ne sont rien au regard de Bonnie et Clyde - et puis je n'ai pas le choix, si ce n'est l'obligation à l'élégance.

"Hé toi, dis-moi que tu m'aimes
Même si c'est un mensonge
Et qu'on n'a pas une chance
La vie est si triste"

Et puis, et puis. Et puis. Il faut continuer, encore et encore. A tourner, comme la Terre, sans raison. Parce que c'est comme ça : la vie, c'est du cinéma. Ou ça n'est pas. Une question d'attraction. This is entertainment ! Alors on meurt, pour de vrai et plusieurs fois. Il n'y a pas le choix, si ce n'est l'obligation à l'élégance.

"Dis-moi que tu m'aimes
Tous les jours sont les mêmes
J'ai besoin de romance
Un peu de beauté plastique"

L'Esthétique contre l'Absurde - la belle posture si ça n'avait été une malédiction. Mais la belle posture quand même, peut-être parce qu'il y a toi dedans. La vie, c'est du cinéma : certains ont le confort d'un rôle, et d'autres la logique d'un personnage. A ceux-là, il n'est qu'une seule destinée, la poétique qu'il faut mener jusqu'au bout, jusqu'au vers final, la réponse par l'annihilation dans la question.

"Dis-moi que tu m'aimes
oublions tout, nous-mêmes
Ce que nous sommes vraiment
Que nos vies aient l'air d'un film parfait"

Devenir la représentation, le mot, le meurtre de la chose - de la littérature comme on se fait sauter le caisson, jusqu'à se confondre. Jusqu'au suicide, en effet ultime de l'art. Vivre dans la quête d'un quelque chose qui retiendrait, et alors vivre jusqu'à l'épuisement de tout, puis de soi-même. La vie, c'est du cinéma : on meurt pour de vrai, et plusieurs fois. Une logique implacable et irrémédiable - notre malédiction. Il ne nous reste alors que l'élégance, comme une obligation mais aussi comme un possible de paix et un semblant de repos, les seuls qui ne nous seront jamais octroyés : des histoires à dormir debout, l'amour. Notre dignité aussi, l'insolence comme la liberté dans l'aliénation.

Alors viens, ma belle ! Donne-moi ta main et tout le reste. Allez viens ! on n'ira plus dormir, tu ne rentreras plus chez toi dans le petit matin. Partout ça sera chez toi, il n'y aura plus jamais de petit matin, qu'une salle obscure avec les couleurs que nous y projeterons comme un cocktail Molotov dans la face de nos aînés : les vrais criminels. Allez viens ! Viens mon assassinée ! Viens ma meurtrière ! Nous n'aurons pas d'autre histoire que celle que nous nous écrirons, et même si c'est un mensonge, viens ! L'inanité du geste ne le rendra que plus beau, comme toi, comme moi. Allez viens ! Viens ! On meurt pour de vrai, et plusieurs fois, parce que la vie c'est du cinéma, et nous, au-delà de l'humanité, dans le meurtre assumé, nous en serons les stars. Toi et moi, à l'éternité, des stars de cinéma.


Il est presque minuit. Il y a long qu'une nouvelle fois le Soleil a abandonné nos cieux, la nuit nous est retombée sur le coin de la gueule. Le noir partout au-dessus de nos têtes, mais aussi maintenant le rassurant des étoiles et leur lumière sublime : les planètes qui ne sont advenues qu'en n'étant plus.




*
*    *




La vie, c'est du cinéma : on meurt pour de vrai, et plusieurs fois.
Et même si ça ne fait pas aussi mal, ça ne vaudra jamais le baiser de toi.




*
*    *



"Et tout-à-coup, j'ai décidé de partir, aller tenter ma chance dans une grande ville. Je me suis dit : j'ai réussi à être le dernier à Trincamp, avec un peu d'ambition je réussirai bien à être le dernier à Paris."

Le film est terminé, et l'histoire bien avant lui déjà. Moi, je reste là, devant quelques rails de poussières d'ange passé, à m'en foutre plein le blair. De pas grand chose. Les restes d'hier. Les restes de pas grand chose. J'ai toutefois réussi à en faire une montagne. Une montagne de poussières, c'est quand même une montagne. Mais une montagne de poussières dans la tempête, celle de mon blair d'abord et dans les recoins de ma cervelle ensuite, ça ne reste pas longtemps une montagne.
Le film est terminé, l'histoire s'arrête là, moi pas. Je continue, il ne peut en être autrement. La vie, c'est du cinéma - ou ça n'est pas. On meurt pour de vrai, et plusieurs fois. Il en reste encore avant la dernière que je me suis fixée, autant de films à porter sur ses épaules : un nom. Et puis mon numéro, en rappel au fond des gouffres. Le tout c'est d'y croire, ou de faire croire qu'on y croit. Surtout exister un peu, pour vérifier bien que ça n'en vaut pas le coup - et au coup par coup, en coups durs, on essaie à nouveau, encore, et encore. D'un corps à un autre et quelques fois mieux, ou pire : d'un coeur à un autre.
On essaie, c'est tout. J'essaie, c'est tout. Et je sais tout : entre deux tournages il n'y a rien, je ne suis rien. Et même pendant. Il n'y a qu'au moment de la projection, un peu, une existence à la vitesse de la lumière. Je ne suis qu'une fabrique à souvenirs, j'arrive toujours en retard.
Mais il est tard maintenant, encore une fois, il faut que j'y aille, que je rentre chez moi : hors la littérature, dans ces bouts de rien que l'on ne raconte pas, des bouts alors que l'on ne vit pas. La même rengaine usée jusqu'à la couenne, celle du blues de la star quand les sunlights s'éteignent. La même scène un peu minable, qu'on ne lit pas, qu'on ne regarde même plus. La vie, c'est du cinéma : certains ont le confort d'un rôle, et d'autres la logique d'un personnage. En vain mais des tonnes.
Alors.
Je m'allume une clope dans la pénombre d'un restaurant parisien pour rupins internationaux, un smoking de 1981 et la pellicule jaunie à l'avenant. Je m'installe au piano. Il n'y a que sur grand écran que les losers sont magnifiques. [MOTEUR ! ACTION !]






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CREDITS DES CITATIONS :

  • Vladimir Maiakovski, lettre testamentaire
  • Charles Baudelaire, "Un Hémisphère dans une Chevelure"
  • Patrick Dewaere "L'autre" (Sotha/Dewaere)
  • Photo issue de "Série Noire" (Alain Corneau)
  • The Rolling Stones "Play with Fire"
  • Charles Baudelaire, "Invitation au Voyage"
  • Lio, "Amoureux Solitaires" (Medeiros/Jacno)
  • Patrick Dewaere dans "Coup de Tête' (Jean-Jacques Annaud)
  • Extrait sonore issu de "Beau-Père" (Bertrand Blier)
mercredi 23 novembre 2005

South Of No North

Toi qui me lis,
Je te laisse un petit mot en passant, pour que tu saches que je ne t'oublie pas, et surtout pour que tu penses encore un peu à moi. Surtout. Deux jours en entier passés sur le texte que tu devrais lire ici bientôt, il en faudra au moins un troisième. Il est des bouts de vie qui n'en sont tellement pas, ou tellement trop, que la littérature en a du mal. Presqu'autant que moi. Il n'y a en plus que si peu de raisons que c'en est pire.
Je te dis avec le mensonge d'un peut-être qui n'en est jamais un, à demain.
samedi 19 novembre 2005

Remote Controlled Novel

(Je suis un célèbre écrivain américain)

A trop mélanger la vie et la littérature, jusqu'à les confondre,
on en oublie les pages.
Et puis tout à coup, ça tourne.

Il en faut du talent
pour être un personnage de roman.
jeudi 27 octobre 2005

Du Jazz Dans le Ravin

Je n'aurais pas dû écouter ce disque aujourd'hui.
C'est l'anniversaire de ma lolita,
et elle ne le sait pas.
vendredi 29 juillet 2005

En Dehors des Miroirs

en dehors des miroirs peut-être quelques reflets égarés au coin d'un oeil

Miroir de la Salle de Bains

je me suis fait encore du mal aujourd'hui
jeudi 28 juillet 2005

Langue Morte

Quand tu ne m'as plus embrassé,
ma langue est devenue noire.

Les mots d'amour abandonnés là,
en phrases lourdes et chargées,
le canon dans la bouche
- l'alphabet couleur poudre.

La littérature s'est faite sauter
le caisson
en lieu et place de ma gueule,
au dedans il n'y a plus eu
que des souvenirs en cadavres,
du passé décomposé.

De la conjugaison funéraire
ma langue a pourri et la vie
en a tant péri
que la mort aussi.

Les limbes de l'écrit,
au-delà du hurlement :
je ne parle
rien, ma nA,
j'aimais.

Quand tu ne m'as plus embrassé,
j'ai perdu le goût de tout.
lundi 25 juillet 2005

Bedroom / Boredom

Ni vivant ni mort, ni mort ni vivant, la rivière me porte, un corps dans le courant.

*
*    *

Il n'est qu'une seule issue à cet ennui infini, qu'un seul ailleurs et c'est la douleur.

La douleur atroce, vive et violente
- blanche
La douleur dans la terreur, l'angoisse et la peur
- noire
La douleur plutôt que la torpeur et l'ennui
- gris

Alors, n'importe qui, n'importe quoi,
aime
moi - n'importe qui, n'importe quoi.

Donne-moi la douleur et la terreur
Le pire en sera toujours meilleur
Fais-moi la mort comme un bout de vie
Que quelque chose enfin soit fini
Que quelque chose enfin soit par l'ayant été
Donne-moi de l'existence, fais-moi crever

Mais je t'en supplie, ne me laisse pas
Dans ce rien sans le mal ni le bien
Mais je t'en supplie, ne me laisse pas
N'importe qui, n'importe quoi

(Mais je t'en supplie)
samedi 23 juillet 2005

Samedi 23 Juillet, 15 Heures 20 Minutes

Les journées assis là, les coudes sur le bureau, une main qui tient la tête (ce n'est même pas un poing). Et le silence avec au loin la rumeur de la rue, mais pas de musique : réduire au maximum l'esthétique, de temps en temps une cigarette. Le regard errant sur ces objets si vus et tant reluqués qu'ils me sortent par les yeux - ça ne vaudra pas des larmes. Je suis dedans chez moi et dedans le monde, du moins j'en ai l'air : je repose sur les choses. Et pourtant, encore là à tenter le verbe pour dépasser le non-étant, un début. En vain, toujours en vain. Des projets passionnants s'entassent dans le retard jusqu'à en mourir un jour : de l'électricité et des chansons, des images aussi, des cartes au trésor. Les bonheurs d'un ailleurs, les promesses d'un autre temps qui ne vient jamais. J'ai dépassé l'échec, je surnage dans l'absurde. Et le plus inquiétant : cela ne m'inquiète plus.

De derrière une fenêtre de la cour, on entend la femme d'un couple qui fait l'amour.
vendredi 22 juillet 2005

Underground

Cloué sur la chaise pas sur la croix, j'attends mes trente-trois printemps. Quelques uns ont déjà foutu le camp dans le bleu ou le gris-vert de leurs yeux, la résurrection ajournée. Et d'autres qui ont directement été. Planté sur la colline je contemple les sombres étendues des mers cadavériques ; les noyés ont tout avalé. Je me repasse sans cesse le film dans ma tête : quelque chose a merdé dans le scénario. C'était pas ça qui était prévu - du moins pas ce que l'on m'avait toujours dit. Tous ont péri sauf moi qui étais censé être le héros, à sacrifier. Je n'ai sauvé personne, et tout le monde est mort pour moi, là en bas. Moi, le cul sur la chaise, la chaise sur la colline. Je ne suis pas le roi des juifs, peut-être parce que je ne suis pas né à Nazareth, ou à Seattle, WA. Même pas celui des cons, vive l'anarchie. Je suis le Christ inversé ; La gueule à l'envers, la queue en l'air, et le monde en décomposition.

Je ne sais pas pourquoi mais le résultat est là, il faut y faire avec. Comme je dois y faire avec ce début de texte tapé aux alentours de midi, et que je reprends à 18 heures passées. Je n'entrave plus que dalle à ce baragouinage masturbatoire laissé en suspens, comment (me) finir ? Je viens de lire un blog qui causait dents de sagesse en douleur (*), j'ai maintenant mal au fond de ma mâchoire.
Dent, couronne, roi et puis la souffrance rachetée à crédit, celle qu'on reprend généreusement à son compte : les idées en association de malfaiteurs - le langage. On ne peut que le procès d'intention et cela suffit pour qualifier le péché. Alors je me retrouve cloué sur la chaise, près d'une fenêtre sur cour comme une colline. Alors l'odeur marine des flots de souvenirs crevés me remonte à l'âme et le coeur. Alors revient la question : à qui la faute puisque tous ont péri ? Il serait facile de dire que mon père n'était pas charpentier cocu mais prothésiste dentaire.
Il serait facile, et sans doute pas. De toutes façons, je ne le ferai pas. Je ne ferai rien, comme à mon habitude. Je resterai à contempler les macchabées tomber tout en continuant à rater mes suicides, en ignorant superbement cette absurde théorie de la balle perdue. Je ne plaiderai pas coupable puisque les autres ont payé ; qu'importe la justice posthume, les vivants sauvent leur peau. Je me ferai une raison, même si ça ne sert à rien. Je ne ferai rien. Comme à mon habitude.
Je raconterai un peu, ça remplira quelques billets pour ce site, ça justifiera mon prochain disque, et des lettres d'amour aussi. Quelques larmes au milieu de l'ennui. Je me dirai que demain il faudra bien, et au fond du désespoir trouver un nouveau mensonge à croire, un rêve à la con, la rédemption d'un instant. Et ça suffit, juste assez pour ne pas y passer, et c'est tout. Rien.
Ni en bien, ni en mal. La lâcheté en destin, une planète morte depuis long et les meurtres en satellites. Je n'assumerai pas et surtout pas la dette (laquelle ?). J'affronterai seulement le regard mais ne le soutiendrai pas, et l'histoire passera, sans moi. Les histoires passent toujours. Est-ce encore une défaite lorsque l'on perd sans combattre ? Ce n'est ni une vie, ni une mort, rien, qu'un abandon en condition.

Quinze jours après les premiers attentats meurtriers, Londres a subi une nouvelle vague d'attaques terroristes. Cette fois-ci les charges n'ont pas explosé. Ce matin à Stockwell Station des policiers ont abattu un individu suspect - Scotland Yard se refuse encore à toute précision.

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(*) http://www.u-blog.net/buffetfroid