nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
mardi 27 juin 2006

Ellis Island


La suite sur Ellis Island, blog de transition
(+texte-feuilleton en collaboration avec Aem)
en attendant l'ouverture à la rentrée de la Murder Factory.

agitation.propagande.org/ellis-island


samedi 4 mars 2006

Mayflower

"A well regulated militia being necessary to the security of a free State,
the right of the People to keep and bear arms shall not be infringed."
(Constitution of the United States of America, Amendment II)


I the People,
Je crois qu'il est temps. Au mois de mai cela fera un an que j'écris ici, bien trop qu'Elle m'a assassiné, et un peu plus que mon nom a quitté la Pologne. Derrière la fenêtre la nuit tombe. Je pourrais encore t'en chier des lignes et des lignes en brut de cette putain d'envie de crever qui ne me lache pas, mais tu t'en lasserais et tu aurais raison - je t'entends déjà gueuler (Remboursé !). Je pourrais te dire pour me justifier que tu n'as qu'à passer chez moi, en n'oubliant pas la vodka, pour que tu voies : on ne s'y habitue pas à la littérature qui ne s'écrit pas. Mais j'ai assez tenu mes positions, il faut maintenant l'attaque, ou du moins l'agression. Je crois qu'il est temps, de passer de la littérature d'urgence à la littérature administrative, la rédaction d'un visa. Je crois qu'il est temps, de partir là-bas.
Au mois de mai je prendrai les chemins que j'ai tracés ici jusqu'à maintenant, les voies que j'ai décidées navigables malgré les avis de tempêtes et les monstres marins - je suis un des leurs. Je prendrai la mer comme on prend une femme, avec le désespoir joyeux. Je prendrai les armes pour là où c'est un droit, où alors le crime est moins étroit. Là-bas, mes pages blanches comme un drapeau noir.
Au mois de mai, je crois qu'il est temps. Je balancerai un point final dans la gueule de ce journal, le brouillon d'une existence. Ce coup-ci pour de vrai, j'embarquerai dans la galère. Il faudra bien sûr encore jouer de la lame dans cette traversée, calmer les bassesses des autres migrants (les mêmes que la mienne) ; mais dorénavant mon sang ne coulera pas seul. Et puis la faim, et puis la maladie, qu'importent : ce sera long, très long, mais cette fois avec une destination.
Aujourd'hui je mets mes papiers en ordre pour l'autorisation de monter à bord. Je les jetterai une fois arrivé, là-bas le passé reste tout à écrire, la vie comme un roman. Et ce sera la carrière d'un malfrat, d'un gangster sans gang, d'un roi de plus dans la nouvelle république. Je me lancerai dans les affaires, un peu troubles certes, mais là-bas telle est la loi. Au mois de mai j'ouvre le mémento de mes forfaits à venir : la Fabrique du Meurtre - un nouveau site, avec un nouveau blog et bientôt dans les faits divers des journaux. J'ai pris de l'avance : j'ai troqué mon vieux Times New Roman 12 pour un .38 spécial de fabrication française flambant neuf - Ain't got no time anymore, but a gun. J'ai désormais la syntaxe made by Manurhin, l'assassinat en French Touch. Et déjà d'impatience des cadavres fleurissent ici. Il est plus que temps de partir.
Au mois de mai. Pour le moment je ne suis encore pas très loin de toi, alors je passerai quelques fois t'embrasser, pour faire durer les adieux. Et qui sait ? Peut-être que là-bas je t'y retrouverai. Ce qui est certain, c'est que je m'y retrouverai.

*
*    *

Stanisław Wróbel suit des yeux les bateaux hollandais en partance sur l'océan, un bout d'espoir au coeur des larmes. Aujourd'hui il attend encore sur le quai de pierre, mais bientôt il sera un autre siècle, un nouveau monde. Dans quelques semaines il embarque pour là-bas, il quitte cette terre où il a trop marché sans savoir pourquoi. Là-bas où il aura enfin un être, là-bas où quelque chose pourra naître. Il repense à cette fille au regard bleu qui l'a tant aimé et puis plus rien, un grand vide alors ; il partira, traversera du possible la mort. Il oublie déjà les rues slaves de sa ville triste, ça fait si longtemps. Un amour qui s'en est allé et une patrie qui n'existe plus, toujours la même vieille rengaine sans un au revoir. Il n'échappe pas à l'Histoire : 1899, une fin comme un commencement. Au-dessus des vagues, il y a le vent.
mercredi 11 janvier 2006

Soldes d'Hiver (Y2K6 Remix)

- Tu ne m'as pas écrit de chanson ?
- Ben non... Mais j'ai déclenché une bagarre l'autre fois au bar.
Elle a répété la question, un peu plus tard ; peut-être savait-elle que la réponse aurait pu être différente. Je ne lui ai pas fait lire le long récit de tout ça, ce n'était au fond qu'une lettre pour moi, une lettre qui disait que les temps changeaient.
Elle est passée, quelques heures dans l'après-midi récupérer une bague qu'elle avait laissée. Elle est repartie, oubliant cette fois un vêtement sur la chaise. Ca m'a fait marrer. Les temps changeaient - et c'est aussi une chanson, d'un autre.

mardi 3 janvier 2006

De la neige sur l'écran

Bande son du billet :

Le café fumant et la clope à l'unisson, je me réveille avec le reste de la ville. Et déjà je plonge ma gueule dans l'écran du personal computer, les yeux dans les mots écrits la veille. Je relis le dernier texte, Summertime, et me dis que c'est moins catastrophique que ce que j'imaginais, hier soir au coucher. La construction semble tenir, debout peut-être, même si les derniers paragraphes respirent le bâclé, le pressé d'en finir. On mettra ça sur le compte de la fatigue d'un week-end de fête, et les heures gaspillées dans le train. Pour le style, c'est moins certain ; pour le style il n'y a pas d'excuse, jamais. Il subsiste la tentative toutefois, du geste et ça fait du beau. Il subsiste la tentative, l'objet même de ce blog ; la mise en scène de l'avant-show, les coups d'essai comme des coups d'éclat. La tentative, et c'est au moins ça. Pour le reste, il y aura les sunlights et le make-up, les effets de caméra et la salle de montage. Pour le reste, il y aura le temps, venu ; pour le moment, l'action est backstage. Making of, des souvenirs pour l'avenir - des promesses et des rêves en sourire, des lettres d'amour.

Nono le Hool's écrase sa cigarette achevée et en rallume une autre aussitôt. Une dernière relecture, rapide, puis il quitte son clavier pour la fenêtre. Le regard vers le dehors maintenant : les murs de béton délavés, la lumière électrique dans quelques appartements voisins, et les containers de poubelles en bas. Une neige hésitante s'écrase dans la cour sans conviction, tellement qu'on la prendrait pour de la pluie. Un bout de Brooklyn dans le morne soleil voilé d'un matin de janvier, un bout de vie aux couleurs abandonnées. Sur la stéréo, un air de cool jazz vient parfaire le tout : les volutes de tabac d'une scène en noir et blanc d'un vieux polar américain des années 50. Dans la solitude de l'instant, dans l'image revendiquée et la posture assumée, Nono le Hool's se sent comme bien, jusqu'à couler une larme pour les amours perdues. Il est une représentation, un possible alors.

lundi 2 janvier 2006

SUMMERTIME

(and the livin’ is easy)

Le coeur de l'après-midi dégouline d'une pluie glaciale. Un temps d'hiver, never mind ! Sauf que c'est lui qui raccompagne Nono le Hool's dans le Brooklyn de 2006, achevant par là le travail de destruction massive du cheveu largement entamé par la fin d'année fêtée sur les terres et dans les verres du Nebraska. Il faut bien qu'il les aime ses amis pour endurer tout ça (la coiffure ruinée, et le Nebraska). Toujours l'amour à l'origine des tragédies - Nono en sera quitte pour un shampooing sur le champ, redonner comme de l'humanité aux poils de la bête. The same old story, écrite partout, tout le temps. Il pleut ce lundi 2 janvier.
Presque trois jours d'absence et le froid en a foutu partout dans l'appartement. Le vieux sac de toile beige se jette dans un coin du living ; le grand manteau gris s'en va sécher échoué de tout son long sur le dos d'un fauteuil. Nono tire de son veston une édition de poche de "Leviathan" de Paul Auster, son compagnon de voyage de ces dernières heures, une arme de poing pour la traversée des réserves de rednecks. L'odyssée by Amtrak. Mais l'agression est venue de l'intérieur du wagon, l'ennemi était les passagers d'à côté, les plus proches voisins : deux jeunes types dans le vent et une fille encore plus jeune et encore plus aérée. Ca soufflait fort entre les Rocheuses et le Missouri. Un a demandé à elle si elle connaissait les Sex Pistols, la réponse : "Les quoi ?" Même Ben Laden n'aurait pas osé ! Les USA allait connaître un nouveau drame ! l'Occident tout entier même ! Mais à la question suivante, sur Led Zeppelin, la réplique de la pauvre âme fut identique. Elle était alors pardonnée, son péché racheté, et la civilisation sauvée. Nono put alors continuer à se planquer dans sa lecture, à l'abri du reste le plus possible. Il n'a pas eu besoin d'intervenir dans le monde et les foudres divines, et c'était tant mieux. Il est un célèbre écrivain américain, pas un grand Satan. A chacun sa place, avec son prix à payer - la surtaxe pour la réservation sur le billet l'attestait, tout comme le putain de torticolis qui rappelait à Nono qu'elle est douloureuse la position à côté des autres, même (et surtout ?) le nez dans le roman.
La tension est largement redescendue et la nuque dès lors décoincée maintenant qu'il est revenu dans son antre, un deux-pièces avec fenêtres sur cour qu'il prend pour un manoir sur la lande. Retour à la normale donc. Un passage à la cuisine pour trouver de quoi se réchauffer la tripe pendant que le PC s'allume et se charge : plus de café, une virée chez le coréen avant la fin de la journée s'impose. Pour le moment un thé vanille fera l'affaire. Une clope aussi. La compagnie du câble est prête à envoyer les dernières nouvelles de la planète. Nono relève d'abord ses mails : autant pour lui souhaiter une bonne année que pour lui dire qu'il est grand temps de se faire rallonger la bite - pourquoi croire les uns et pas les autres ? Il lance maintenant Firefox pour la tournée de ses blogs favoris. Il y lit entre autres que Sush' va s'atteler encore plus ardemment à l'adaptation hollywoodienne de sa vie d'Ally McBeal parisienne, pour qu'enfin cette fois la copie asiatique dépasse l'original, ou que NO confirme ce qu'elle lui avait annoncé par SMS la veille, à savoir quelques mois d'initiales de sa vie désormais en projet de transformation littéraire. Il y lit comme des professions de foi, des rêves et des envies qui sont écrits bien avant que l'on y croit vraiment, et qui un jour à force de mots s'imposent en évidence, là comme de toujours. Il écrase sa cigarette agonisante, direction la salle de bain.
Sous l'eau bruyante et le savon, il repense à ces attentats dans le mesquin, à ces guérilléras et leurs manifestes de vérité contre le réel. La serviette éponge et puis un autre son : le sèche-cheveux. Aussi à quand dans le petit et le laid de sa nature humaine (sa fraternité) il pressentait un ailleurs déjà ici. Un coup de peigne et les frusques à nouveau. A quand il revendiquait le cri de Vaquette, d'être grand et beau. Le manteau encore humide et la rue. A quand il aimait plus fort que ce qu'il n'aurait jamais cru. Le coréen, deux surgelés et du café, puis quelques dollars. A quand il n'était pas encore un célèbre écrivain américain mais qu'il savait qu'il ne pouvait (devait ?) en être autrement. La cour et l'escalier encore. A quand demain se confondait avec aujourd'hui.
Nono le Hool's rentré chez lui dépose il ne sait où le sac marron de ses maigres courses, sa pelisse détrempée à l'avenant, la machine biologique en pilote automatique : à la traîne elle suit ses idées déjà bien devant. Alors le bureau et le traitement de texte, presqu'en urgence. Dans cet appartement de Brooklyn où le chaud électrique reprend petit à petit ses droits, dans le silence et l'obscurité d'un jour de janvier 2006, quelques cliquetis soutenus du clavier d'un ordinateur personnel. D'abord un titre, puis une phrase, et la suite :

SUMMERTIME (and the livin’ is easy)

Le coeur de l'après-midi dégouline d'une pluie glaciale. Un temps d'hiver,


mardi 13 décembre 2005

Star Academy

Mon amour,
C'est ailleurs que j'écris en ce moment. Une nouvelle que je donnerai pour donner des miennes au papier, et des chansons. De l'encre et de la sueur, la transformation du sang et des larmes. That's Rock'n'Roll, my honey sweet. De la littérature à imprimer, que ça ressemble un peu plus à une lettre d'amour ; de la littérature à électrifier, que ça ressemble un peu moins à un coup de fil de rupture. Sur la corde raide, je bande pour toi.
C'est ailleurs que j'écris en ce moment, comme depuis ici. J'écris les jours d'avant, une veille dans la nuit. Pour quand tu viendras au matin, avec le soleil et le journal. J'écris les gueulantes de demain. J'organise le monde, rien que pour que tu sois bien quand tu seras dans mes bras - le monde, rien que pour toi. Et alors pour moi. Bien et mieux, le meilleur.
C'est ailleurs que j'écris en ce moment, là où il y aura tellement de bruits et de lumières que je n'aurai plus peur. Je me fais beau en prévision du grand bal. Je maquille des mots. Et phrase après phrase je m'applique à monter là où tu habites : au pays des étoiles. C'est ailleurs que j'écris ici, une vie.

And this is just another punk song
And this is just a love song


lundi 7 novembre 2005

Un Garçon Dans Le Vent

Toi qui me lis,
Je ne suis pas parti me mettre au vert en Nouvelle Angleterre et surtout pas dans le Nevada, ou assister encore une fois à mes funérailles dans le sud de la France, mais je t'envoie quand même ce billet comme une carte postale de vacances. Je te donne de mes nouvelles.
Qu'est-ce que ce blog sinon un bulletin de santé à mon intention d'abord, validé par ta lecture ? Alors je publie, je suis en vie. Je te raconte que je ne suis pas mort, ce qui fait que je ne suis pas mort. Je suis même en plein dans l'existence : la musique. Plusieurs jours maintenant que je suis à bosser sur FL Studio 5 la reprise de Lucrate Milk pour leur DVD/CD à paraître début 2006 sur FZM(*), et que ça prend tout le temps. Ca me fait fermer ma gueule, déjà ici, un moment du moins ; juste de quoi l'ouvrir de nouveau jeudi dernier en studio, on a samplé les guitares et les voix. Et puis je suis tombé dans les pommes, en hurlant hystérique une connerie en Allemand. Boum badaboum, en 32 pistes. Je voulais faire comme Einstürzende Neubauten, j'ai fait comme une chanson de Dalida - Moi je veux mourir sur scène...
Et même pas : je ne veux pas mourir, sur scène ou ailleurs, je ne veux plus. Je sais que la vie est mal faite, que tout vient toujours quand on ne le souhaite plus. C'est dire si j'ai flippé, jusqu'au lendemain chez le médecin. Le spécialiste le confirmera dans une dizaine de jours mais il semble que ce soit un souci d'oreille interne. Je ne savais même pas qu'on avait des oreilles au-dedans de la tête, ce doit être pour ça que j'entends autant de conneries. Je m'écoute de trop.
Mais j'en fais profiter les autres aussi, ce serait dommage de ne pas le faire, surtout pour eux. Pour toi qui me lis. Pour elle de la semaine dernière, et qui n'était pas là ce samedi soir. Des conneries : Un New York à détruire et puis à reconstruire, de la poésie à réinventer. Des conneries mais qui l'ont touchée, elle me l'a dit - ne me demande pas où, j'ai déjà du mal à savoir où va se perdre mon corps alors mes mots... Et c'est d'ailleurs depuis que j'ai la tête qui me chavire, et le coeur battant fort, et vite. De trop peut-être.
J'en tombe dans les pommes au studio d'enregistrement, ce n'est pas Apple Records ni Abbey Road alors je n'ai pas traversé la rue pieds nus et mort ce week-end. C'est fringué en early Beatles que j'ai passé mon hard day's night, bien vivant. Et fier de moi, je trouvais que je pétais la classe, et que ça m'aurait dispensé de quelques conneries supplémentaires. Mais elle n'était pas là. C'est à mes amis que j'ai dit tout l'amour que j'avais pour eux, à la vodka-tonic aussi. Jusqu'à longtemps après la fin : le patron a laissé les clefs au Dee-Jay, et on est resté là, avec un autre type, à écluser sur de la musique électrique, fort, le rideau de fer baissé. Le souvenir d'après est dimanche 17 heures sur le sofa de mon salon, les yeux qui s'ouvrent péniblement sous la frange dévastée, en starco froissé. La classe de la veille en avait pris un sacré coup, de trop.
Des conneries, et de trop, voilà comment on peut résumer tout ça. Mais des conneries, et de trop, ça en fait de la littérature et ça vaut largement de la vie. Suffisamment pour avoir la gueule de bois joyeuse, en sifflotant entre deux gerbes. Je suis vivant, je te l'écris ici, à toi qui me lis, comme une carte postale de vacances. Dans la tempête je trouve qu'il fait beau, et que je mange bien, et que je m'amuse beaucoup. Toi qui me lis, je t'embrasse tendrement et te dis à très bientôt. Je retourne dans la musique, en attendant la fille du week-end dernier. Ou une autre.

_____________
(*) Lucrate Milk : http://www.lefdup.com/HTMLf/lucrate.html
Folklore de la Zone Mondiale : http://fzm.fr

dimanche 23 octobre 2005

Numéro Un Joe Dassin

(Paroles : Nono le Hool's / Musique : Joe Dassin)

"L'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai
L'Amérique, l'Amérique, si c'est un rêve, je le saurai
Tous les sifflets des trains, toutes les sirènes des bateaux
M'ont chanté cent fois la chanson de l'Eldorado"

"Ce doit être beau en couleurs !" lance ma grand-mère qui en 1977 à l'instar du Punk n'est pas morte. Le communisme bande encore, à l'Est rien de nouveau. Pourtant c'est bientôt que nous allons passer des journées à suivre les aventures de la moustache d'une grande gueule des chantiers navals de Gdansk, une Vierge Marie au revers du veston. Et le quotidien d'un bout de notre famille, de nous, sous l'Etat de Guerre décrété par Jaruzelski. Mais en 1977, le pape n'est pas polonais, et il est loin derrière un mur ce pays sur la Baltique, que mes grands-parents avaient quitté pour aller choper la mort à retardement au fond des mines du Nord, puis celle de Salsignes.

"La terre promise, on ne la voit que de loin
La terre promise, c'est toujours pour demain
Quand on s'arrête sur le bord du chemin
Voilà qu'on nous réveille de nos rêves avant la fin"

Effectivement, ce doit être beau en couleurs, mais c'est en noir et blanc ce samedi soir à la télé, dans le salon sombre de la rue Alexandre Soumet à Carcassone, près de la voie ferrée. Numéro Un Joe Dassin, et plein de vedettes annoncées. L'après-midi mon grand-père avait vertement résumé les tubes anglo-saxons qui résonnaient sur la place Carnot par un "Les jeunes de maintenant, ils aiment que quand ça gueule", et je fus alors persuadé que jamais, au grand jamais, je n'aimerai les musiques qui gueulent. C'est dire si je suis ravi du programme qui va s'éclater en électrons morts sur la vitre du vieux poste plaqué formica imitation bois : Sylvie Vartan, Michel et Jackie Sardou, Jeane Manson, Coluche, et d'autres, et d'autres.

"Tous les soirs tu m'allumes,
Le matin tu m'éteinds
Mais même si tu dois tout faire sauter,
Fais-moi de l'électricité"

Les sunlights de Cognacq-Jay cognent fort dès le début, les étoiles courant par milliers dans la neige synthétique. C'est comme Noël mais on n'est que début décembre, alors c'est rudement bien, tellement que l'on a envie d'être demain. C'est une autre époque, un autre temps, des de quand je n'aimerai jamais les musiques qui gueulent ce que je ne sais pas encore. Le jour de ma naissance le Général bouffait depuis long la chienlit par la racine, et le Georges clopant compilait des vers qui le rongeraient deux années plus tard ; depuis je ne porte rien autour de mon cou. Johnny devant un bonhomme de neige en carton, la carotte bien plantée où il faut, geint qu'il a oublié de vivre : 1977, Giscard a la barre.

"Un soir à Chamalières,
Tu as changé tout mon destin
Allons danser Valérie,
Faut pas penser Valérie.
L'accordéon nous rend fous,
On tourne et on s'en fout."

La France accède au monde moderne. La télé est en couleurs, et si on ne pourra pas se la payer de sitôt, on sait qu'elle existe, c'est un possible. Et ce doit être bien. Comme les affiches partout, et les journaux, les publicités : des famapoals pour un oui, pour un non, et même pour un peut-être - surtout pour un peut-être. Des demoiselles aux gros pulls et cache-nez bariolés font semblant de glisser sur une mare factice en miroir tout autour des duos qui s'enchaînent : Jean et Joe, Eddy et Michel, Sylvie et Claude... Joe Dassin est fringué comme les filles qui patinent, mais il pète la classe. C'est une autre histoire pour ce con de Carlos qui en fait des tonnes dans son déguisement de lycanthrope en peluche rincée, reluquant les glisseuses, bien planqué derrière un arbre en aggloméré. "Je vais vous mangeeeer !" C'est ça ouais, pauv' débile. Tu ferais mieux d'aller z'yeuter ton casse-dalle du côté de chez Weight Watcher's, ça te fera pas de mal, et surtout à nous des vacances. Il m'a toujours brisé les couilles Carlos, comme Chantal Goya, c'te pute pédophile. Déjà en 1977.

"Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou
Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou"

Vingt-huit ans plus tard, des planches des scènes bruitistes au zinc des troquets, en passant par les feuillets de la littérature, sapé en Hard Mod ou en Punk Rocker, je hurle à la lune - "Je vais vous mangeeeer ! Oi ! Oi !" Et je m'éclate les dents sur le carrelage du Fantômas, par une glissade sur Starshooters. De la bière avait été renversée ; la bière ça vaut bien des larmes. Et les dents cassées ça vaut bien des couilles brisées - ou le coeur. A terre. Comme après les filles. Comme après ma petite femme, mon grand Amour. Dans la télé de 1977, Michel Sardou achève l'interprétation souffreteuse de son succès du moment, "Dix ans plus tôt". Vingt-huit ans plus tard, j'en crève des passions adolescentes. Et des gestes conjugués autrement, à un autre temps, à une autre personne. Et ça n'en finit pas d'en finir : un souvenir avec un coeur gros comme ça, ça ne laisse pas de place pour un avenir.

"Quand on a seize ans,
Que les gens tout autour de vous pensent :
'Ce n'est qu'une enfant'
Quand on a seize ans,
qu'on a eu ses plus belles vacances"

Et pourtant. Après douze mois passés à les compter, à dormir avec des cadavres et quelques tentatives pour leur ressembler, quelque chose à pointé le bout de son nez sous une longue frange brune. Quelque chose qui a fait que mon regard n'était plus tout à fait perdu dans la brume du bar et du reste. Quelque chose d'autre, au coeur de cette soirée Clarknova du 13 octobre, entre Philippe Katerine et Laibach. Et ce n'était pas quelque chose, c'était une femme, que mes yeux cherchaient sans cesse, pour attraper un bout du vert de son haut acrylique, un bout du bleu de son Denim pattes d'éph' écrasant ses Converse. Et toutes les couleurs de son sourire, si loin. Ce n'est presque rien, mais ça en a foutu partout, tout le temps, encore maintenant. J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle, mais toutes les filles je ne les voyais pas. Je suis resté là, sans doute à bredouiller en moi-même "je vais te mangeeeer". J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle - je me trouve une excuse, à chier : Parce que même si c'était elle qui en avait la coupe de cheveux, c'était moi qui etais Stone, le merveilleux cocktail alcool-cachetons. Trop pour aller lui chanter "l'Avventura". De toutes manières, ça fait long que l'on n'est plus en 1977, et qu'entre-temps le monde a connu Chrissie Hynde. Hymn to Her.

"Il y a des filles dont on rêve et celles avec qui l'on dort,
Il y a des filles qu'on regrette et celles qui laissent des remords,
Il y a des filles que l'on aime, celles qu'on aurait pu aimer"

Je ne lui ai pas parlé, alors aujourd'hui j'exhume de vieux fantômes oubliés, et des souvenirs télé du même millésime que son anorak rouge qui l'a accompagnée dans la nuit, juste avant le plus rien, puis le plus qu'elle. A la fermeture du bar. Je ne lui ai pas dit un seul mot, alors aujourd'hui j'en noircis des pages, comme pour lui trouver un nom, un prénom. Et maintenant que les bouteilles sont vidées, je les balance à la mer, et sur Clarknova, et sur la Terre entière. La littérature a suffisament négocié avec la mort, qu'elle y fasse désormais avec la vie, qu'elle ne soit plus conséquence mais cause. La littérature - c'est peut-être la seule chose qui restera, un appel à la poésie. Car c'est bien loin 1977, l'émission de mon enfance est finie depuis longtemps, le mur est tombé, mes grands-parents ne sont jamais retournés en Pologne. Et ce n'est pas qu'un peu que j'ai l'air con avec mon brushing bétonné effondré, le smoking crème aux genoux noircis, un bout de gerbe sur le revers pelle-à-tartes pailleté, au milieu de Cognacq-Jay déserté. Ce doit être beau en couleurs : Maritie et Gilbert Carpentier, ce sont vraiment des enculés.

"Voici le decor à l'envers
L'autre côté de la lumière
Sur une chaise un costume blanc
Une chanson déjà oubliée"



(Les citations sont extraites des chansons de Joe Dassin suivantes : L'Amérique, On S'en Va, Fais-Moi De L'Electricité, Allons Danser Valérie, Viens Voir Le Loup, Quand On A Seize Ans, La Fleur Aux Dents, Le Costume Blanc)
vendredi 14 octobre 2005

I Wanna Be Your Apple II

Le corps me crache en rien qui arrache mes poumons ; je tousse, et la morve coule. Le corps n'a pas aimé le week-end passé entier à se vautrer dans les mots - il aurait préféré aller se noyer dans la boisson et les rires comme invité qu'il était, mais le corps n'a pas aimé. Il voulait du sacrifice, et il n'a pas aimé.
Il voulait du sacrifice mais en simagrées, il a eu ni du faux ni du vrai : de la littérature qui parlait tant de lui qu'on l'oubliait. La machine à déchets voulait justifier son existence, alors elle la justifie. Je tousse, et la morve coule.
Je tousse, la morve coule - et le crâne s'incline, sans drapeau noir planté. Mais après tout il lui appartient, mon crâne, à la machine à déchets. Alors la fabrique du meurtre aussi. Pour combien de temps encore ?

Je rêve à quand les armes prendront les mots, à quand nous effacerons Dieu et inventerons l'âme. Quand les animaux ne seront même plus crevés mais oubliés, quand ces monstrueuses créatures, automates débiles d'une mère nature morbide, en auront fini de bouffer et de chier, quand l'Homme n'aura plus l'excuse minable de se croire un des leurs. Quand alors la Mort n'aura plus ses tristes jouets et redeviendra ce qu'elle est : absurde. Enfin quand la merde sera épuisée, la machine à déchets (la biologie) vidée de tout son sens, viendra le temps de l'avènement de la Dictature du prolétariat (l'abstraction) de la fabrique du meurtre (le langage). Et que ceux de la Terre ne seront plus damnés, parce qu'il n'y aura plus de terre, qu'une pierre ; et que ceux de la faim ne seront plus forçats, parce qu'il n'y aura plus de ventre, qu'une pierre. Il n'y aura plus qu'une pierre, et tout à faire, libérés de la viande à pourrir. Une pierre. Et c'est tout.

Le corps ne me crachera plus en rien qui arrache mes poumons, ni en foutre salé pour les lèvres sucrées de la fille au bar hier soir. Le foutre sera infini, comme le baiser, au-delà du sel et du sucre. La chair ne sera plus triste car elle sera tous les livres : que le désir, pour le désir. Nous aurons l'invention imaginative, et le sexe inconnu. Nous ne nous connaitrons jamais, tout sera une première fois ; les bonjours en sourire n'auront plus besoin pour être de se trainer au cul les adieux mortifères. Nous existerons, et moi, et la fille au bar hier soir. Abstraits, libres. Nous serons un ordinateur personnel. Nous serons par la technique dépassée l'Esthétique réalisée. Nous serons beaux, pour toujours, comme la fille au bar hier soir. Hors le corps, nous aimerons. Et moi, et la fille au bar hier soir. Nous serons un ordinateur personnel, nous serons la poésie.


*
*  *


(Nous serons tant dans le possible que nous pourrons nous souvenir encore de ces temps ridicules où nos mots s'empêtraient dans la biologie et ses fonctions, et nous rirons.)



]LOAD murderfactory
]LIST

10 REM *************************************
11 REM *      ? ILLEGAL DIRECT ERROR       *
12 REM *(sonnet en langage AppleSoft BASIC)*
13 REM *************************************

20 A1$="LE RESET TANT ME TENTE"
21 B1$="COMME UN EFFET DE L'ART"
22 B2$="QUI SATURE MA MEMOIRE"
23 A2$="VIVE EN KO D'ATTENTE"

30 HOME : PRINT B2$ : PRINT A1$ : PRINT
31 PRINT A2$ : PRINT : PRINT : PRINT B1$
32 PRINT "EST-CE QUE TU ME SAIS ? (O / N)" : GET IT$
33 IF IT$="O" THEN GOTO 50

40 IF IT$="N" THEN LIST : GOTO 30
41 GET IT$ : INVERSE : GOTO 33 : JE TREMBLE
42 IT$ : CETTE LIGNE : NE SERA JAMAIS LUE

50 PRINT IT$: PRINT "OUI" : PRINT "BIEN ENTENDU, OUI"
51 GOTO 52 : OUI : C'EST LA VIE, ENTENDUE
52 PRINT "ALORS, TOUT EST MORT." : PRINT : PRINT RIEN : CLEAR : END : WE

]RUN_



_____________
Les lignes de codes ci-dessus suivent autant que possible les règles classiques de construction d'un sonnet en alexandrins, et se suffisent en elles-mêmes pour une première signification. Ce poème est aussi un programme informatique en Basic valide, une seconde signification comme illustration de la première apparait alors lors de son exécution. Pour tenter l'expérience, vous pouvez télécharger un émulateur APPLE II (Cliquez [ ici ] pour un émulateur gratuit pour windows - Ou [ ici ] pour d'autres systèmes d'exploitation.)

lundi 4 juillet 2005

Porte Donnant Sur La Voie

Bla ! Bla ! Bla ! Ainsi font (font, font) les petites marionnettes. Et voilà comment il est plié le feuilleton ! En deux, les cheveux en quatre. Huit, six, douze ! Fin de la partouze ! (applause)

Et rien de tout cela n'a réellement existé, et toutes les ressemblances resteront fortuites. J'écris dans un carnet, sous le soleil, sur un banc de Central Park, je taperai ces notes en rentrant déjeuner : 80°F dans la fin de matinée et aucune trace de sexe arraché. Rien d'autre qu'un joli 4th of July, les feux d'artifices à 9 p.m. sur NBC.
Non, rien de tout cela n'a réellement existé. Il est l'été dans les ciels d'ombre des tours de Manhattan ; et aucun massacre de la veille. On ne sent pas le sang, que le goût des rires d'enfants. Une odeur de hotdog vient mettre à mal mon intention d'écrire - la vile envie du besoin. Mais je l'ai à l'instant couchée en mots, alors il n'est plus rien ce petit pain avec sa saucisse bien carrée en son dedans. Comme les enfants qui rient. Comme NBC. Comme le joli 4th of July.
Rien, rien de tout cela n'a réellement existé. Il n'y a jamais eu de jardin d'Eden, NYC. Aucun pénis avalé ni aucune pâtisserie engloutie. Papa Hank n'a pas bougé de là où il a toujours été, localisé, south of no north. Ce n'est que de la littérature - Bullshit ! De la littérature et rien, rien d'autre. (Si c'en avait été autrement, ça se saurait.)
Mais une dizaine de jours sont tombés - comme des mouches. Et puis un dernier coup. (- Pan ! T'es mort ! - Encore ?) Il y en a eu des cadavres au fil des lignes - je me demandais où ils étaient passés. Et on a entraperçu la queue du loup, le coupable qui, soyons patient, reviendra sur les lieux de son méfait. Même crevé, surtout crevé. Il y en a aussi un qui était bien emmerdé. Moi, entre-temps, je suis allé chez le coiffeur, et je n'ai plus eu envie de me suicider.
Une dizaine de jours et du sacrifice : on en a construit du monument. On a fait chanter l'angoisse parce que, tout le monde le sait, On est un con - c'est de ma gueule dont il s'agit. Alors plus de traces au fond des slips, que les beaux billets d'amour. Une chanson rose bonbon pour celle dont j'aimais bouffer le cul. C'est du grand n'importe quoi, on poétisera sur l'automne dans le New Jersey pendant qu'on s'y chargera en armes. Mais sans Smith & Wesson, que vaudraient les violons du nubile derrière ?
Ca m'en fera une belle jambe, comme Rimbaud ! Et pourtant cette nuit j'ai rêvé de celle que j'ai tant aimée : elle avait les moustaches de Dali. On ne peut décidément se fier à personne. Merde à la nuit conseillère qui nuit à la merde littéraire ! Laissez moi me vider pour me soulager, en paix, et construire de beaux châteaux de mes excréments ! - C'est sale ? - C'est la vie, oui ! Mais c'est moi qui la dis ! - alors c'est sale ?
Merde ! C'est là que je renais, dans la fange qui me rend grand. J'ai créé le monde en le détruisant, j'ai détruit le monde en l'écrivant. Plus rien ne vaut, surtout pas l'étant; plus rien n'est beau qui ne soit d'abord détruit. Et alors après, seulement après, on pourra commencer à chercher une vérité. Il faut mentir maintenant. Mentir comme dans cette sombre histoire de jardin d'Eden, NYC, où rien de tout cela n'a réellement existé. Et c'est ce que me murmure la chaleur de midi qui me raccompagne de la sortie de Central Park jusqu'à chez moi, où je vais poster ces quelques mots sur mon blog. Love from NYC, on a 4th of July.