nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
mercredi 6 juillet 2005

Atmosphère

La pluie fond en lignes drues et glacées ;
J'aime le ciel quand il s'accorde à mon âme
Et remet l'été à sa place, minable.

Les traits d'eau et les flaques, ses mots
Me dispensent du crachat et de l'urine
Des vibrations de mon AMD.

- peut-être quelques cendres sur le clavier.
(cigarette)

Debout dans la fumée de la fenêtre
Je contemple la vérité de son verbe, humide
Mon coeur se tait : il ne fera pas mieux.

Le théâtre du monde s'effondre en gouttes serrées
La littérature dépressionnaire lave les yeux et ma cour,
Les déchets organiques, la poésie.

La pluie met au propre le rire de l'homme : des larmes d'ailleurs.

La passion biologique,
La culpabilité du créateur.
mardi 5 juillet 2005

Projection & Displacement

Sur 17 pouces en diagonale, les électrons meurent à ma place.

My love,
If anything matters
Log off
Personal Computers.
samedi 18 juin 2005

Prix Nobel

Je ne sais pas si j'ai envie d'écrire ce soir. Et toi, lecteur, as-tu envie de baiser ?
jeudi 16 juin 2005

Quod Ab Omnibus (L'Aventure Moderne)

La ligne de bus Tisséo 66, ma route à moi le Jack Kerouac des transports en commun, arrive à son bout. Terminus, correspondance. Dix-sept, et quelques-uns à passer devant Air France Industries : des musulmanes et leurs gamins, des lycéennes et leurs lycéens, ma poitrine habillée et son badge Curlee Wurlee.
Il en est des possibles, des ailleurs et des morts ; il ne se passera pourtant rien. Le Conseil Général paye ma nourriture et mes déplacements, ma survie et mes amours. Littérature au revenu minimum, prière d'insérer. Profond.
mardi 14 juin 2005

Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Vivent ?

Je tire sur ma clope : Feu ! Puis la fumée, bien sûr. Pour les fusillés, on attendra un peu, peut-être la prochaine révolution à passer. Pour le moment je reste à faire corps, de sang et d'eau, contenus. Je regarde par la fenêtre les murs de la cour et leurs ouvertures, la vie dedans que l'on devine. Et la mort qui me ronge, au fond, aussi. Je pense à la machine devant les immeubles de béton, à un au-delà de la fabrication. Je rêve à l'après de la biologie, dans la douce nuit électrique. A la paix de l'âme cybernétique. Le tabac continue de griller, jusqu'au creux de ma poitrine, mes canalisations intimes. Le tendre incendie, la belle impression que quelque chose s'accélère, fonce vers sa fin. Quelque chose de plus tôt. Et je souris.
En bas des escaliers, on entend un cri de bébé : tristement je sais, que je n'en ai pas fini de baiser.

Ci-Gît

Mardi matin, un peu tard ; j'ai traîné au lit, pas vraiment fatigué. Couché, juste couché. Comme depuis long, comme de plus en plus, jusque dans l'arrogance éthylique des bars le samedi soir. Même. L'illusion s'épuise, et moi couché.
samedi 11 juin 2005

Discours de la Méthode Assimil

Le fruit caresse tes yeux
Sa peau soleil et sa chair
L'envie

Mouillent ton palais

Tu le portes à ta bouche
Le jus jaillissant
Enfin

Remplit ta gueule

Mastication agitation mandibulaire
Déglutition dissolution enzymatique

Le désir : phénomène digestif

Tout doit disparaître
Au bout des intestins
Et des lettres d'amour

(Dans la pestilence des âmes mortes
reviendra la faim)
vendredi 10 juin 2005

Cold Wave Surf

La vie comme la lame tranchante d'un abysse d'amour. Le sexe coule un souvenir de sang, et un passé qui aurait pu faire croire en lui-même. Maintenant je chiale et je dors et j'écris : une ligne de basse, les jours qui se passent. Rythmique. Onde froide. Le mid-tempo fluvial du lit.
Bien sûr il y eut quelques arrêtés, et peut-être encore bientôt. Bien sûr. Des rives et un pont ; des justifications et une localisation. Des mots du coeur (et les yeux, les yeux !), la main de ta soeur et le zouave fait amoureux. Une culotte et des couleurs, le bleu.
Bien sûr. Ca ressemblait à du vrai, et peut-être que ça l'était dans le sec de la ville. Le marinier se voyait déjà capitaine (plus tard, bien plus tard, j'en ai acheté la casquette). Et puis l'embarquement, et puis la nuit d'automne, et puis le soir de janvier. Echoué, naufragé. Je sens la marée, je pue des traversées - planté dans la terre cependant. Je n'ai plus qu'à ronger ma racine, celle bien ancrée dans tes hauts-fonds pourrissants, et m'en aller emporté par n'importe quelle mer putain.
Il n'est pourtant plus de grands vents, fi des rêves de tempêtes ou d'ouragans tropicaux. Que la banquise qui quelquefois se détache. La flottaison, et la ligne de basse. Rythmique. Onde froide. Je chiale et je dors et j'écris - que je chiale et que je dors et que j'écris. Je me nourris de moi-même, sur mon radeau de phallus, je me digère, je m'assimile, je me fonds. Je me fais art - un rapport au monde de son loisir inexorable.
Je goûte désormais à la croisière au long cours, en vacancier. Il n'y a rien à faire, ni à désirer. Je suis emporté, errant par le voyage organisé. Comme les copains et les hommes d'équipage. Comme les animaux marins et les ordures des cargos. Il ne reste qu'à suivre le courant, après la source, après les monts, après les plaines, après les bras rivières, après l'embouchure qui dégueule, après l'océan qui ravale, après l'après. Toujours après. Et loin, où toutes les histoires viennent se noyer, inéluctablement et à jamais. Là-bas, où je t'attendrai, un verre à la main.
mercredi 8 juin 2005

Marina Et French Riviera (invitation au voyage)

Je repose au milieu des choses
dans le silence des voix,
sur mon séant annihilé
et les issues bouchées
je jouis en sécurité :

J'ai le bonheur
occidental
et le voyage
organisé.

Tout baigne
dans l'ordre et la
paix,

la mort comme un
été

- comptant.
vendredi 3 juin 2005

Zoologie 2

Un milieu de nuit à suivre une foule, jusqu'au bar et ses bières, pour éponger la menue monnaie du fond des poches. Les médicaments et l'alcool s'accoupleront à coup sûr en une terrible migraine mais qu'importe, puisque ce sera pour plus tard. Maintenant c'est de l'eau et du feu, minables, pas les grandes douleurs. Que l'ennui, et c'est comme du repos, du répit.
Le lieu est rempli - un mensonge, on me parle alors. Et ce type qui tente désespérément de se débarrasser d'un militant socialiste rescapé des années 80 : boucle d'oreille, chemise jazzy et costard flottant. Et cette paraplégique qui vient comme les copains cotiser au destin cancer, en me tapant une clope. Et cette fille éthylique qui me raconte en boucle et en long les mêmes litanies qu'il y a un mois. Et le reste, dans le temps qui coule, dans les verres. Et moi, en corps.
Un chien a suivi sa maîtresse dans ce temple à l'humain, couché au milieu des sacrifices. L'oeil à l'affût de tout et de tous, dans les mots et la musique - dans la civilisation, gueulante. Il est avec sa meute, avec ceux qu'il croit semblables mais qu'il ne comprend pas. C'est pourtant la méprise qui fait remuer sa queue, et justifier l'étant.
Je ronge mon os, me situant dans le monde. Je suis ce chien vautré dans l'existence de l'Autre.