nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
vendredi 5 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (3)

France - Friday, Aug 05, 2005

Cher(e)s ami(e)s,
Quelques mots depuis le sud de la France pour vous dire que le corps de Nono est bien arrivé à destination cette après-midi, l'enterrement aura lieu en heure et place prévues demain.
Je profite du lien que j'ai avec vous par ce blog pour vous transmettre les remerciements de la famille et des proches, votre sollicitude envers le défunt les a beaucoup émus.
Je serai de retour à New York lundi soir, je vous ferai alors un compte-rendu des funérailles, ainsi qu'un point sur les premiers éléments de mon enquête. Je vous dis donc à lundi, et encore merci pour votre soutien.

Christian M.

mercredi 3 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (2)

New York - Wednesday, Aug 03, 2005

Comme vous pouvez vous en douter, les dernières heures ont été plus que difficiles et dans le miroir au réveil c'est bien peu dire que je faisais dur. J'ai passé ce début de journée pendu au téléphone à gosser après quelques pauvres nouvelles, surtout savoir quand la médecine légale en aura fini de l'autopsie du corps. On vient enfin de me répondre : la dépouille de Nono le Hool's sera rapatriée dans le sud de la France vendredi pour y être inhumée samedi dans la matinée. Le lieu des funérailles restera secret pour préserver la sérénité de la cérémonie et le recueillement des proches, pour éviter les baveux de journaleux et les braillards de badauds. Seuls seront informés personnellement ses fidèles amis et bien évidemment la famille.
Je voudrais remercier ici chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont fait montre de leurs marques de sympathie, de leur peine aussi, et de leur attachement à la mémoire de Nono. Qu'ils sachent que je resterai fidèle à ma promesse de justice, et que je me battrai jusqu'au bout pour que lumière soit faite sur cette tragique disparition, sur cet ignoble et lâche massacre. Et qu'il est un mangeux de marde qui devrait se faire beaucoup de mouron, ce flô de putain !
Ces jours-ci sont accaparés par les diverses paperasses et autres labyrinthes administratifs, après l'enterrement et de retour sur le sol américain, je pourrai alors entièrement me consacrer à mes investigations. Comme je vous l'ai dit, je tiendrai ici, sur le blog de notre ami regretté, peut-être pour le faire vivre encore un peu, le journal de mon enquête, mes questionnements aussi. Continuez à me faire part de toutes les informations que vous pouvez avoir, et de vos impressions, de vos sentiments quant à d'éventuelles pistes, ou indices. Encore merci.
Si le temps m'en est donné, je ferai un petit point sur la situation avant mon départ pour la France. Et à certaines et certains d'entre vous, je dis à samedi.

Christian M.

mardi 2 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ?

Bonsoir,
Je m'appelle Christian Meursault, je suis citoyen canadien, j'habite Montréal où j'exerce la profession de journaliste indépendant. Je suis un ami de Nono le Hool's. J'ai pris le premier vol pour JFK airport dès que j'ai appris la terrible nouvelle, par un coup de téléphone de Carrie à l'heure du café, qui venait juste de l'entendre aux journaux télévisés du matin. Je sais que par l'expression francophone de ce blog, beaucoup de ses lecteurs sont en Europe et principalement en France, alors peut-être n'êtes-vous pas au courant encore : Nono le Hool's a été retrouvé mort à l'aube dans son appartement de Brooklyn, de toute évidence assassiné.
Je ne peux vous en dire plus, vous comprendrez aisément pourquoi, mais toutefois je vous ai traduit des passages, significatifs, issus des quelques pages que j'ai pu me procurer du rapport du NYPD. Je vous fais aussi part d'une photographie du corps, désolé pour la piètre qualité de l'image mais il s'agit d'un cliché pris à la sauvette, à l'insu des policiers présents (par un fidèle ami dont nous tairons l'identité). Ce sont les seuls éléments que je possède pour le moment quant à cette affaire. L'aspect particulièrement sordide de la mise en scène du meurtre, la si grande tendresse que je portais au disparu et donc l'immensité du chagrin qui m'écrase ce soir me poussent à ne pas attendre d'hypothétiques avancées de l'enquête officielle - après tout, bien qu'ignoblement orchestré, ce crime ne semble pas être autre qu'un perpétré par un rôdeur, sans doute un junky en manque de fonds pour sa came. Ca s'impose même en évidence pour le détective de service, un crime crapuleux. Un de plus avant le prochain, qui viendra assez vite, et qui est certainement venu assez vite. La loi des séries rend les drames bien insignifiants, il est si fade le goût de déjà vu. Le boulot c'est le boulot et quand on est flic, un cadavre c'est le boulot.
Mais pour moi c'est un ami, parti. Une vie. Et le coeur qui se déchire, les yeux perdus dans les lumières narquoises de l'Hudson river. Le coeur qui hurle, sa peine, sa rage, son impuissance absolue mais aussi une promesse : justice devra être faite. Je mènerai mes propres investigations, et je m'en viendrai ici rendre compte de leurs progrès (je vais avoir besoin de vous, vous qui lisiez jusqu'à maintenant ses billets quotidiens, vous qui dès lors le connaissez un peu, même et surtout dans ses ailleurs - Toutes les informations, y compris celles apparaissant comme les plus quelconques, seront bonnes à savoir, n'hésitez pas à m'écrire, je vous en prie : c.meursault@amontreal.com). Je publierai sur son blog mon combat pour sa mémoire, avec de sa machine aussi comme de son corps un peu : le PowerBook qu'il m'avait prêté il y a un mois, et grâce auquel j'ai pu me connecter au Backstage aujourd'hui. Encore de sa voix, qui resonnera longtemps ici-bas, tant que son âme ne sera pas libérée, tant que le coupable ne sera pas châtié - et elle le sera, et il le sera.
Nono, mon copain, mon frère, devant le Ciel et l'Enfer, et parce que je t'aime, tu seras vengé.

Christian M.


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NEW YORK POLICE DEPARTMENT / CRIME REPORT
NYPD Inspector Harry CALLAGHAN
08/01/2005 Mon, 06:47 am
Case Number : 01-034388

(extraits)

"Aux alentours de 05:00 am alors qu'il effectue son ultime ronde, Mr Octavio Vasconcelos, gardien de nuit de l'immeuble, constate que la porte du 1207 est anormalement entrouverte. Il frappe légèrement afin de ne pas réveiller les autres occupants puis n'ayant aucune réponse il pènètre lentement dans l'appartement. Les lumières sont allumées (...). Les portes fenêtres de la terrasse sont ouvertes, ce qui provoque un courant d'air faisant virevolter les rideaux. Mr Vasconcelos croira voir dans ces tissus volant un individu qui s'enfuit, impression qu'il réfute maintenant."

"Aucune trace d'effraction n'est à relever, ni sur la porte d'entrée, ni sur les portes fenêtres de la terrasse. La porte d'entrée était entrouverte, la chaîne de sécurité normalement otée. (...) La porte d'entrée étant la seule issue possible, il semble que la victime ait volontairement ouvert à son assassin, peut-être même le connaissait-elle."

"Dans ces premières observations sur le lieu même, le coroner note tout particulièrement le nombre impressionnant de coups portés. (...) Plusieurs dizaines de coups sur la face et le crane (...) le buste et le dos semblent bleus de tuméfactions, plusieurs côtes brisées en de multiples endroits (...). La victime aurait été battue à mort."

"La mort semble être survenue longtemps après les coups portés (...). Aucun coup n'a été immédiatement fatal à la victime qui aurait agonisé de quelques minutes à plusieurs heures. L'autopsie précisera plus avant ces premières constatations."

"Malgré l'évident acharnement dans la violence dont a fait montre le meurtrier, il n'y a dans l'appartement aucune trace de lutte. (...) Tous les voisins ont été questionnés, aucun n'a entendu le moindre cri ou bruit suspect durant la nuit."

"Hormis l'endroit où git le corps, l'appartement apparait comme rangé et en ordre. (...) Le crime s'est produit là où le cadavre a été retrouvé, celui-ci ne semble pas avoir été déplacé, la victime n'a pas tenté ou n'a pas pu tenter de s'enfuir."



photo du cadavre de nono le hool's





mercredi 20 juillet 2005

Freak Out

Freak Out

- "Approchez ! Approchez, Mesdames et Messieurs ! Venez admirer ce que vous ne verrez nulle part ailleurs (*) ! Venez decouvrir ce que la nature peut engendrer de plus noir, de plus terrifiant, de plus extraordinaire, de plus fascinant ! Venez Mesdames et Messieurs plonger dans les abîmes de l'âme et du corps, dans les sombres profondeurs de l'être ! Venez vous frotter aux limites insoupçonnées de l'humanité ! Venez presque toucher ce que vous ne pourriez jamais imaginer ! Approchez Mesdames et Messieurs ! Approchez ! Cela ne vous en coûtera que 2 dollars américains !"

Mesdames et Messieurs se pressent de payer leurs tickets et s'engouffrent dans le petit chapiteau. L'espace réduit oblige à n'être qu'une douzaine, mais cela permettra aussi d'être au plus près de la scène quand apparaîtra le treizième promis. L'attraction est vivement attendue, l'impatience est déjà à son comble. Alors la souffreteuse lumière des ampoules électriques laisse place à l'infini rien de la nuit, la condition nécessaire. Et la musique d'un synthétiseur bon marché, mais wagnérienne. La voix enregistrée de Monsieur Loyal résonne sous la tenture obscure : invocations scientifiques et démonstrations mystiques composent la salade du gitan de Macédoine. Et l'assemblée immobile marche ; l'atmosphère est créée, le moment est propice. Un court silence.
Soudain une explosion de bruits et de fureur : les éclairs et les cris. Chacun, Madame, Monsieur, répond au subit chaos, en écho, en bruits et en fureur. Ca fait des Ah ! Ca fait des Oh ! Ca fait des Quelle horreur ! Ca fait des Mon Dieu ! Ca gesticule beaucoup, les regards toujours ailleurs - à peine le phénomène était-il entré en piste qu'ils avaient déjà tous fui. L'oeil derrière la main, ou la tête tournée, Mesdames et Messieurs survivent en terreur imaginée aux longues secondes de la représentation. Et ça parle, encore et encore, que les mots voilent un peu plus les faces ; ça dit n'importe quoi, surtout. Ca chie dans les frocs.

Les projecteurs s'éteignent, les quelques 60 W à douille se rallument, la bande son et les spectateurs se taisent, l'entrée de la tente qui fait aussi office de sortie de secours et de sortie tout court s'ouvre à nouveau. Mesdames et Messieurs s'en retournent au doux vacarme de la vie dehors, dans la fête foraine, rassurés de ce qu'ils auraient pu voir, effrayés de ce qu'ils n'ont pas vu. Le monstre que l'on montre mais que l'on ne regarde pas.

________
(*) Il s'agit là bien évidemment d'un fieffé mensonge.
samedi 2 juillet 2005

Je suis un célèbre écrivain américain

EPILOGUE
Eli, Eli, Lema Sabachthani...

"Je vous le dis: il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos. Malheur! Les temps sont proches où l'homme ne mettra plus d'étoile au monde. Malheur! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même." (F. Nietzsche)

Lake Washington Boulevard - Seattle, WA. Il n'y a personne au-dessus du garage, que l'aiguille qui pénètre le bras, et y balance son foutre. Blanc. Ce n'est pas la première fois, tant et tant déjà, mais Kurt sait que ce sera la dernière. Un dernier coup dans l'eau, le sang de la déveine. Quelque chose au-delà de la peine, depuis si long, depuis si loin. Un dernier coup pour rien, en vain. Inutile.
Après le cri et le bruit, il a essayé la lettre et la filiation. Mais les mots sont épuisés. Tout semble hors sujet maintenant, tout semble à sa place pourtant. La marée du cheval au galop l'entraîne dans la vérité des choses, dans son intime justification. Dans un trou noir. Le monde lui apparaît évident, encore un peu et l'accord sera parfait. Le corps s'il peut.
Les stigmates de ses avant-bras lui annoncent les tarifs du marché, et sa réalité. Du bleu, du rouge, et une autre couleur ; les feux de la rampe et ceux de la douleur. Kurt se souvient, en-dessous du pont : And the animals I've trapped have all become my pets. Et ils sont toujours là, tant d'années après, malgré la gloire. Cette gloire qui se nourrit de lui, tout comme aussi ces animaux.
Les insectes - des mouches, par milliers, par millions. Les insectes qui grouillent en ses tripes, qui le remplissent de vie, d'une vie. Les insectes - les yeux. Ses fidèles compagnons, et le douzième traître. Sa perdition. Sa condition. Les insectes qui en veulent chaque fois plus, sans en payer le prix. C'est encore à lui à débourser, pour compter, un peu. La tentative d'exister, stérile bien entendu, le fol espoir de revenir lui aussi dans le ventre, comme eux, les insectes, qui sont là aujourd'hui encore, au-dessus du garage où il n'y a personne.
Un dernier coup, pour la forme : l'ultime mise en scène. Un dernier coup de théâtre - the show must go on, and go by, jusqu'au rideau final. Le temps des esbrouffes et des apocalypses électriques est passé, il s'agit dorénavant de mener la représentation jusqu'à son terme, de suivre la logique jusqu'à la rédemption. Deus ex machina. La jouissance des insectes se doit en conséquence. Il ne peut en être autrement, parce qu'au fond, il ne pouvait en être. Les règles sont simples, Kurt avait accepté le jeu, même s'il ne s'en rappelle pas.
La blanche étreint et éteind sa biologie, son esprit danse étrangement léger au-dessus des meubles en vrac, comme les branches renaissantes du printemps devant la fenêtre. Le monde est horreur, et ses mouches le devorent à l'intérieur. Kurt leur écrit un dernier mot, sur le papier froissé. Les lames de l'inanité fournissent l'encre, les larmes écarlates puis noires. Les artères enivrées se vident de leur rien. Le reste aussi. This note should be pretty easy to understand. Ce n'est que du raté, du fake, et du fade away : un miroir pour l'humanité.
Et encore une fois, l'humanité s'en tirera, Kurt est là pour ça puisque l'humanité n'a d'yeux (les insectes) que pour lui. L'humanité s'en tirera, Kurt pas. Pressentant la suite, sa cervelle joue les âmes, virevoltant dans les échappées du soleil, traînant la vieille carcasse anesthésiée derrière elle, la faisant ressembler à un ange écorché. Ou à un immonde papillon, une métamorphose de chenille débile. Une monstruosité de la nature de plus, un corps pourri, a freak.
Kurt entend les hurlements de la foule. Il brûle de la lumière des projecteurs, il tremble des vibrations de la basse, du tempo de la batterie, mais il n'y a personne au-dessus du garage. Ce sont les insectes, les yeux. Au dedans de lui. Et puis l'overdrive de sa guitare, quelque part, ailleurs. Nulle part, partout. Il est recroquevillé sur lui-même : le monde clarifié devient insoutenable. Alors le corps s'embrase, le sens se matérialise : ce sont les terminaisons nerveuses. Kurt sent monter le cri en lui, qui déchire sa poitrine, sa gorge. Les insectes (les yeux) réclament leur dû, encore une fois, encore. Un dernier tour, de pute. Encore. Le désir veut l'image. Encore. L'humanité enjoint : un destin. Il doit arrêter le cri et sa déchirure, la folle course : le canon se porte à la bouche. Tonite you'll be a rock'n'roll star.

On the 5th of April.
Les yeux braqués. L'arme chargée.
Come as you are, deviens ce que tu es.
Un dernier coup, et personne au-dessus du garage.
Plus personne.


jeudi 30 juin 2005

Je suis un célèbre écrivain américain

CHAPITRE HUITIEME
Satan's Hotel California - Such a lovely place

8,1. Le petit matin fond en gyrophares bleus et rouges sur le jardin d'Eden, NYC. L'inspecteur Callaghan maugrée contre la boue qui avale le cuir de ses chaussures, l'orage de fin de nuit a tout détrempé. Un temps de flic, les pieds dans la fange. La pelouse est dégueulasse, le décor est raccord. Il est même quelques gouttes éparses qui s'entêtent à tomber. Il remonte le col de son veston en laine grise, un vêtement d'hiver - il n'y a pas de saison pour les horreurs de la ville.

8,2. Le sergent de service s'essuie la bouche du revers de la manche, abandonnant son donut-café aux vermines du parc, et aux fleurs. La belle gerbe. La puanteur est insupportable, et les ennuis gastriques du policier n'y peuvent rien, sinon souligner. Callaghan s'approche de lui en pataugeant, mais il n'a pas à demander : son regard se pose lourdement sur l'aire de pique-nique alentour. D'ailleurs personne ne demande rien, chacun agit consciencieusement comme il est écrit dans le manuel. Juste la fantaisie de l'estomac du sergent qui remet ça.

8,3. S'il n'y avait cette foutue odeur, l'inspecteur n'en croirait pas ses yeux. Des cadavres nus et déchirés s'offrent comme langoureusement sur les nappes vichy, par dizaines, tel un étal de marché à la viande humaine - ou la nature morte d'un peintre trop au pied de la lettre. Le déjeuner sur l'herbe, le bonheur d'un instant de vie arrêté. Et c'est bien là qu'est l'insoutenable : les sourires. Les sourires, sur les faces blêmes des morts du petit matin new-yorkais. Les sourires, aussi entre les cuisses sanguinolentes des amants emportés. Les sourires, les putain de sourires. Callaghan réfrène un renvoi : "Whatta fuck..."

THE END
(L'épilogue demain sur le http://agitation.propagande.org/backstage)

mercredi 29 juin 2005

Je suis un célèbre écrivain américain

CHAPITRE SEPTIEME
Belphegor Dance Hall - Le tombeau des rois

7,1. Une odeur de bête crevée inonde la nuit du jardin d'Eden, NYC. La lune luit de nouveau, le ciel dégagé. Le corps de Maman que l'on voit danser a des reflets d'argent, et de foutre séché. Les viandes sont allongées, les hommes mutilés et les femmes comblées. Le sang recouvrent les entre-jambes de chacun. Quelques asticots s'agitent dans les restes de chocolat, ce sont les enfants des mots passés et envolés depuis, les enfants de l'amour de tout-à-l'heure. Quelque chose qui est resté malgré tout. Mais ils ne sont que des possibles, rien pour le moment. Papa Hank le sait, tout le monde le sait. Alors ils profitent des douze coups de minuit, immobiles dans l'air du temps.

7,2. Une légère brise caresse les blessures encore béantes mais si douces dans l'après. Ca pue un peu la merde mais ils se sentent si bien. Le doux souffle rend la sueur des dos froide, les échanges ont été libérateurs. Eve garde sa part d'Adam en son intime, les cuisses serrées, un peu collées. Adam offre au vent son nouveau sexe en dedans, le sacrifice fait à Eve. Ils ne sont plus homme et femme, ils sont au-delà du genre. Par la déchirure et l'amputation, ils sont complétés. Ils n'ont plus besoin de rien, ni de l'un ni de l'autre. D'ailleurs, ils ne se tiennent pas la main, juste bien.

7,3. Une sirène de police hurle à la mort dans un coin de la ville, là-bas. Où les lumières des buildings pour cartes postales s'éteignent et s'allument, comme de mystérieux messages que s'enverraient ces géants de béton, d'acier et d'irraison. Où une désillusion faite chair saute du pont de Brooklyn, elle était déjà oubliée depuis long. Où Lower Manhattan est Lower Manhattan, by night - et c'est déjà trop, la sale pute. Là-bas, dans un coin de la ville, où les sirènes de police ne sont que pour hurler à la mort. Il faut bien signifier. By any means necessary. (Un dealeur de crack noir se fait interpeller.)

TO BE CONTINUED
(Le souvenir de mon amour disparu me réveille parfois encore :
la suite demain sur le http://agitation.propagande.org/backstage)

mardi 28 juin 2005

Je suis un célèbre écrivain américain

CHAPITRE SIXIEME
Asmodee Funky Beat - Think different

6,1. Les ventres affamés justifient le jardin d'Eden, NYC. Les mouches, le gâteau, les hommes, les femmes. Tout n'est plus que sons. Le bourdonnement des insectes, la mastication des convives, le gémissement de ces dames, les râles de ces messieurs. Les corps, les êtres vivants, la biologie, la chimie, tout se mélange et se confond. Tout engloutit tout, les orifices s'emplissent. La peau noire du pullulement des paroles envolées, des mots morts, Maman caresse sa bouche de l'entre-deux. Papa y glisse une part de pâtisserie que d'autres viennent ronger. Encore d'autres viennent regarder et avaler à leur tour. Du chocolat, du sucre, de la sueur, et du foutre qui commence à perler. On mange, on baise, par tous les trous, par les milliers, les millions de mouches.

6,2. Le glaive tendu au milieu des âmes errantes, Adam entend leur appel. Tout en bas, au creux de Eve. Le gouffre à l'odeur marine, le vagissement vaginal du Léviathan lové que l'on devine. Un peu de terreur maintenant, mais surtout quelque chose de si fort, dans le fond des corps carnivores. Les insectes sur sa queue la rendent plus vivante encore, comme autonome, et la font onduler. Un sifflement. Eve appelle, dans les nuées obscures, Eve attire, dans ses intimes ouvertures. Une injonction. Le sexe d'Adam le traîne jusqu'au dedans de celui de Eve. Et les mouches. Les bouches se nouent et se sucent, se lèchent et s'échangent. Adam devient Eve, Eve devient Adam. Adam donne, Eve prend. Encore, et encore. Plus qu'un corps.

6,3. Comme toute l'assemblée partouzante, une immense et même masse. Noire, rose, brune, rouge, et bleue. Mouvante par le bruit. Le crissement du kriss, l'agitation du vit. L'éclaboussure des chattes, le feulement des lèvres enragées. Baveuses et sucrées. Ca dévore, ça jouit. Ca s'oublie, ça s'emplit. Jusqu'au coup de dents final - pour que les hommes crient, pour que les femmes aussi. Un hurlement pour signifier que tout est fini, qu'eux ont donné, qu'elles ont pris. Alors s'envolent les mouches. les milliers, les millions. Inutiles désormais. Comme ces lambeaux de chair rescapés, ces orgueils décapités, ces anatomies rassasiées. Un bout y est resté, les échaudées sont comblées. Enfin. Coule le sang, et la paix retrouvée. Les miettes.

TO BE CONTINUED
(Low cost Viagra, Penis enlarger et Apple OS-X :
la suite demain sur le http://agitation.propagande.org/backstage)

lundi 27 juin 2005

Je suis un célèbre écrivain américain

CHAPITRE CINQUIEME
Baal-Zebub Waltz - I'm a human fly and I don't know why

5,1. L'odeur marine mouille les lèvres du jardin d'Eden, NYC. Dans les bouches, le lourd des mots a fait place à l'épais de la salive ; mais la même déferlante de cadavres, juste un petit peu plus précise maintenant. Ca coule aussi sur les chairs : malgré la nuit avancée, la chaleur se fait de plus en plus prenante, emportant les corps abandonnés. La puanteur des ventres à remplir et le chaud des gâteaux de Maman envahissent l'atmosphère. Dans le sel et le sucre éclosent les mouches, on ne sait d'où, peut-être des bouches, du lourd des mots qui a fait place à l'épais de la salive.

5,2. Des milliers, des millions de mouches couvrent du noir de leur nuit celle du ciel, comme les paroles de l'avant, échappées des phylactères crevés de toutes les promesses, de toutes les vanités, de tout ce que l'on croyait alors sans conséquences. L'air souillé accouche des âmes errantes des enfants mort-nés en amours de vacances, elles viennent réclamer leur part de glucose et de rédemption. Des milliers, des millions de mouchent s'abattent sur les viandes des invités, la belle robe de soirée - voilà qui est bien plus convenable, Madame, vous savez désormais que la vérité n'est pas dans la nudité.

5,3. L'exigence de la tenue correcte étant satisfaite, Maman distribue les portions. Et une bouchée pour ses belles fesses, et une bouchée pour ses belles mamelles, et une bouchée , et une autre. Papa Hank aussi y a droit ce soir, c'est fête. Dans l'assourdissant bourdonnement, des trous s'ouvrent béants au milieu des amas d'insectes : les mâchoires ne s'agitent plus que pour mastiquer. Et avaler. Et une bouchée, et une autre. Et des bouts, pour les mouches, pour les bouches, pour le noir, dans le noir. Des milliers, des millions. En haut, en bas. Pour Adam, pour Eve. Les ailes, les pattes. Grouillent, mouillent. Les dents, le proboscis. Bavent, bave. - Les êtres vivants se remplissent. Mmmmmh, I'm loving it.

TO BE CONTINUED
(Un Double Quarter Pounder, une grande frite et un Diet Coke :
la suite demain sur le http://agitation.propagande.org/backstage)

vendredi 24 juin 2005

Je suis un célèbre écrivain américain

CHAPITRE QUATRIEME
Leviathan pigtail - The true meaning of fear

4,1. La queue est tendue au fond du jardin d'Eden, NYC. Chacun fébrile dans l'attente de sa part du gâteau. Qui le roi, qui la reine ? Pour les autres la peine. Maman aime à faire durer, et personne n'oserait protester - privé de dessert ! Au lit sans manger, voilà bien une chose inconcevable pour les rivières de diamants sur les seins refaits de ces dames. Au pieu sans en croquer, voici encore une autre incongruité pour les longues canines des palais dorés de ces messieurs. Il nous est dû de bouffer, coûte que coûte ! (même la peau des couilles, ou celle remontée de la façade de leurs amuseuses privées).

4,2. On ne tire pas la gueule, que des avantages ; et on sourit pour étaler la bonne santé de ses affaires. On fait montre de son bon parti, on exhibe ses attributs en actions. Comme si le hasard pouvait en avoir quelque chose à fiche de la belle parade. Maman en fait cas un peu plus : la fève sera sélective. Est-ce à dire que le jeu est double, l'image truquée ? Certains croient le rêver en invoquant Paul Auster (qui ne viendra pas) - verser dans le référent culturel dispense de tout sérieux dans le propos. Toujours est-il que personne ne moufte, et tout le monde reste pour fêter la fin du Ramadan.

4,3. Peut-être Abel et Cain qui bougonnent un tantinet, mais c'est l'Etat fédéral qui est le sujet de leur grogne : trop d'impôts. Et puis une bonne milice d'auto-défense, voilà un excellent moyen d'oublier les différents du passé. L'union fait la violence force. Goodbye Kmart and CIA, hello the Independence Day ! Brothers in arms, on essuie une larme. Il n'est que des happy ends au pays de la libre entreprise. Pour cela, Maman fermera les yeux sur cette entorse au silence. et puis tout est redevenu calme. A nouveau. Juste une odeur, marine, qui remonte aux narines d'Adam, qui remonte des abysses d'Eve, comme un monstre qui se fait annoncer. Un vagin aux dents acérées, au milieu des sourires carnassiers. (Un haut-parleur :) When beaches open this summer, you will be taken by Jaws.

TO BE CONTINUED
( Lee Harvey Oswald, Norma Jean Baker et épiphanie :
la suite LUNDI sur le http://agitation.propagande.org/backstage)