nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
lundi 23 janvier 2006

Coupure de Presse


Nono le Hool's, quel est votre secret de beauté ?
- La possibilité de mourir, tous les matins.

lundi 10 octobre 2005

Qui a shooté Nono le Hool's ? (Rocky VII)

ROCKY 7
dimanche 9 octobre 2005

Qui a tué Nono le Hool's ? (11+)

Toi qui me lis,
Tu trouveras ci-dessous les derniers épisodes du feuilleton de l'été (et à la con, parce que de l'été). Les grands traits seulement, ça n'en vaut pas plus. Si jamais ça t'a intéressé, et que ça continue étrangement du moins un peu, invente-toi la broderie autour de ce rien, mets-y du poil et deviens Dieu ou tout comme. Autogère ta connerie, personne ne le fera mieux que toi. Pour agrémenter ton fantasme frais du jour, rajoutes-y de l'Isabelle Carré si tu veux bander ou mouiller élégamment, rajoutes-y du Patrick Dewaere si tu veux bander ou mouiller élégamment ; mais peut-être as-tu la libido mal dégrossie et préfères-tu l'excitation vulgaire, mets alors de la Bellucci ou du Cali mucho, ça sera tristement nazebroque mais après tout c'est ton affaire et désormais tu l'as bien en main. DIY.FY.FYE. Aujourd'hui tu es Jean Marais qui passe de l'autre côté du miroir, Cocteau derrière. Le monde merveilleux de la littérature, Hollywood dans la tête et Katrina dans le slibard - la Nouvelle Orléans est toute inondée, la salope. Je t'entends pourtant déjà geindre (toi et moi on se ressemble plus que tu ne crois) : "Mais pourquoi ?" Pourquoi ? Parce que. Je te le dirai dans le texte en fin de billet. Ou peut-être pas.
Pour résumer. Toi qui me lis, fais comme moi : branle-toi et fais pas chier.


Qui a tué Nono le Hool's ? (11)

Christian Meursault est de retour à New York. Un passage dans le New Jersey pour s'acheter une arme. Entre-temps sur le répondeur de Carrie il entend un message d'une voix qui se dit être celle de Nono le Hool's ; Christian ne trouve pas la plaisanterie drôle mais quelque chose le trouble cependant. Christian part discrètement en allusions ci et là dans son délire mystique christique (le jugement, le flot, les stigmates).

Extrait sonore : écouter le message du répondeur de Carrie.

(En plus avec le Dew Player ça te fait de la couleur, du rouge et du vert, quand je te dis que c'est Hollywood ! - mets des lunettes bicolores, monte là-dessus et tu verras le son en 3D (ou Montmartre).)


Qui a tué Nono le Hool's ? (12)

Christian retourne au Old Main Drag Pub. Shane lui dit que Papa Hank ne vient plus depuis un certain temps.

(En cadeau bonus pour les lecteurs du Redforum : Nono le Hool's poste dans le thread dédié [LIEN] un message demandant à Christian s'il s'amuse bien (l'enculé de sa mère).)


Qui a tué Nono le Hool's ? (13)

Christian va trouver Papa Hank à son appart. Le vieux poète reste cloîtré chez lui, c'est sa voisine toxico qui le ravitaille en whisky de merde et en salami - et le suce de temps en temps pour oublier de rendre la monnaie. Papa Hank est à la fois terrorisé et empli d'un joyeux enthousiasme : Nono est de retour parmi nous, il viendrait régulièrement le visiter (mais lui ne le suce pas).


Qui a tué Nono le Hool's ? (14)

Christian ne comprend plus rien, les paroles de Papa Hank tournent et retournent en son crane, comme les images de l'enterrement, comme celles de l'Elysée Montmartre. En background continuent les dérapages délirants sur le flot, la justice, et les stigmates. Christian part pour flinguer Papa Hank. Il faut que quelque chose s'arrête - N'importe quoi mais quelque chose.


Qui a tué Nono le Hool's ? (15)

Là il se passe des trucs. Est-ce que Christian a descendu Papa Hank, ou juste la poubelle qui commençait à schlinguer grave dans l'appart de Manhattan (le broyeur de l'évier, il sert à quoi alors ?) ? J'en sais rien, et je m'en fous.
Toi qui me lis (t'as vraiment rien à fiche dans ta vie), remplis les blancs avec ce que tu veux (n'importe quoi mais quelque chose) :
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Qui a tué Nono le Hool's ? (16)

Il paraîtrait qu'il y a des crocodiles dans les égouts de New York.


Qui a tué Nono le Hool's ? (17, 18, 19, etc. - Bingo !)

Alors cet épisode il déchire grave, ça frôle même le génie. Admirez le travail : Nono le Hool's (c'est moi) poste un billet sur le blog (celui-là même que t'es en train de lire). Christian (c'est moi aussi en fait, mais on l'apprend plus tard, dans l'épilogue) quelques heures ou minutes plus tard y répond, excédé tout autant que paniqué (la voisine toxico de Papa Hank n'a pas daigné s'occuper de son singe). D'autres minutes passent, et Nono à nouveau met en ligne un texte. Christian y répond encore. Et ainsi de suite jusqu'à transformer le site en chat d'instant messenger. Alors là bien entendu, on assiste à une conversation éblouissante d'esprit, avec foison de jeux de mots lacaniens, situations absurdes de tant de vérité, émotions émotionnantes, et tout le toutim. Le lecteur (toi) absourdi devant tant de talent, tant dans le fond que dans la forme, applaudit des deux mains (cette expression est complètement conne, essaye d'applaudir d'une seule main) la magnificence de l'auteur (c'est moi ça aussi). Y a pas à dire, ce feuilleton il est trop bon de sa race.
Et ouais : la littérature, ça assure ! D'autant que dedans cette conversation se joue une lutte à mort entre Nono le Hool's (moi) et Christian Meursault (moi aussi). Bien sur : à la fin le mec il meurt. Et l'autre pas. Mais comme il n'y a que moi et moi, donc que moi, et que pour rien au monde je ne voudrais être québécois, c'est eul' chum Christian qui clamse. Puisqu'il (moi) n'existe pas. La question maintenant : peut-on mourir si l'on n'existe pas ? Et alors en réciprocité, si en réalité et contrairement au premier épisode je ne suis pas mort, est-ce que j'existe ? (la foule des lecteurs en délire : Ooooooooh ! Aaaaaaaah ! Wunderbar ! Accrochez la queue du Mickey ! Roulez jeunesse !)

Ainsi parlait Zarathoustra, avant de s'endormir dans son vomi à base de houblon fermenté.

Complètement con (et en plus, EN PLUS, c'est pas vraiment fini ! Nan ! Il y a encore l'...)

EPILOGUE
(Qui a tué Christian Meursault ? Et JFK ? Et Bambi ? Et ta soeur ?)

Bon là c'est l'occase une nouvelle fois de faire une référence voire (soyons fou) une métaphore à base de Kurt Cobain. Ce serait totalement impensable qu'il n'y en ait pas. Les épilogues c'est fait pour ça. Dans la Bible même : c'est quoi le Nouveau Testament sinon l'épilogue de l'Ancien ? Et comme des armes à feu à cette époque il n'y en avait pas, le Golgotha n'étant pas en Floride, ils ont utilisé une croix. The KKK took my baby away (Holy Virgin Mary Ramones). Le JC, il savait mettre le feu aux planches, with da lights out it's less dangerous.
Ceci étant fait, j'explique ensuite que je ne suis pas mort dans mon appartement de Brooklyn, j'ai juste fait un séjour à Payne Whitney, comme Marilyn Monroe. Séjour dont je n'ai cependant aucune souvenance, que quelques bribes aux couleurs des songes. Je laisse entendre que c'est moi en délire qui aurai endossé l'identité de Christian Meursault, et aurai profité de quelques sorties, ou de l'atelier informatique de la clinique, pour venir poster sur le blog - peut-être même aurai-je effectivement rendu visite à Papa Hank, quelques fois sous ma personnalité originelle, d'autres sous celle de l'autre québécois. Bref, un merdier sans nom. Et le brouillard.

Discours sur le vrai et le faux, la réalité et la fiction, et la vérité au milieu.

Rideau.

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Brooklyn, NYC



Nono le Hool's n'a pas été tué, et la Mort l'a appris


New York, le samedi 08 octobre 2005.

Brooklyn, les voisins écoutent du Hip Hop un peu trop fort, ils m'emmerdent dans mon écriture : je suis vivant. Mon regard balaie la merde de l'appart, je n'y suis pas mort, ou plutôt si, mais dix fois. Au moins. Au mieux.
Du moins, du mieux, l'ai-je fait croire. Ces derniers mois, Last Days.
Bien sûr, a bien marré avec les réactions de certaines et de certains - quoiqu'en y réfléchissant un tant soit peu ce serait plus dans l'inquiétant que ça taperait. Mais là n'était et n'est pas le propos. Ca ne s'est jamais voulu un hoax, ça n'était pas construit pour, bien au contraire. C'était du grand guignol : l'inspecteur Harry Callaghan, et puis un style littéraire plus qu'approximatif. Don't believe the hype, déjà essayons de ne pas croire vrais les petits fantômes d'Halloween reclamant des sweeties de porte en porte. Et puis ça ne regarde qu'eux, les effrayés. Je le répète, là n'est pas le propos, et ne l'a jamais été. C'est ailleurs que ça se jouait.
Du grand guignol, comme toutes ces histoires sculptées sur l'enceinte des cathédrales du vieux continent : la tentation du Malin et le prix à payer. La Mort dans son linceul noir, et la faux à sa main squelette. Les hommes, hurlant, sans majuscule. Et Lui nulle part, parce qu'on ne Le représente pas, peut-être aussi tout simplement parce que jamais on ne Le voit, parce qu'Il n'existe pas - tout le monde le sait. Par contre, il y a le Malin et surtout la Mort, partout ; et les hommes, hurlant, sans majuscule. Surtout. Partout.

Et puis le silence.

Les jours le cul crevant sur la chaise, et rien d'autre. Rouler une cigarette, juste après la disparition de la précédente - la seule énergie restante, comme un fond de désir : toujours cette putain d'histoire de vie à justifier. Au minimum. Les jours. Un, plus un, plus un, plus un... Le même. En malédiction. Maudit. Un mot pas dit, mal dit. Ailleurs. Pas ici. Les jours le cul crevant sur la chaise, et rien d'autre.

Et alors le silence.

Un grand vide, que la cigarette. Une, plus une, plus une, plus une... La même. La fumée en phylactères spectraux, la seule aventure à raconter. Et on se prend à rêver de n'être plus que ce signifiant gris et dansant, dans la chaleur d'août ou la pluie de septembre. Dehors. Mais on est dedans, en pronom personnel indéfini. Un grand vide, que la cigarette.

Et en corps le silence.

Le corps caméléon, l'ignoble vivant, a pris l'apparence, la couleur et l'odeur des cadavres avec lesquels il dormait. Il les a assimilé, c'est la biologie. On bouffe ses morts pour faire tourner la machine à déchets. Le corps abandonné qui se nourrit de lui-même. La masturbation alimentaire. La machine à déchets qui reprend tout ce qu'elle avait perdu quand il y avait les mots, la fabrique du meurtre. Les mots sont morts, suicidés - la malédiction. La grève générale du Désir, la fabrique du meurtre liquidée, plus un mot. Il reste la puanteur. Du vivant. Au minimum.

La puanteur et le silence.

Il faut en brûler des cigarettes, que le tabac se consumant recouvre l'infection de la putréfaction du minimum. Il faut en brûler des cigarettes, conserver encore un peu de politesse. Un peu de sacrifice : une trace de civilisation. Au minimum. Elles brûlent alors. Elles brûlent. Elles. Quelque part.

Le silence et rien.

Le silence et rien. On semble se dire. On semble se dire que oui, il est certain que l'on rejoindra les mots, que l'on sera ce signifiant gris et dansant dans la chaleur d'août ou la pluie de septembre, même si ça ne sera plus août ni septembre. Bientôt, et bien plus tôt que ce que l'on avait prévu. Et pourtant. Et pourtant on reste là, les jours le cul crevant sur la chaise. Le désir, quel était-il ? Maintenant ni de vivre, ni de mourir. Les jours, le cul, la chaise. Plus un, plus un, plus un...

L'arithmétique et le silence.

Bégaiement.

C'est chiant.

Non, ce n'est pas chiant. C'est pire.

Que ça.

Pire.

Ca.

Bégaiement.

Ad libitum.

Ad patres ? Mais Lui nulle part, parce qu'on ne Le représente pas, peut-être aussi tout simplement parce que jamais on ne Le voit, parce qu'Il n'existe pas - tout le monde le sait. Par contre, il y a le Malin et surtout la Mort, partout ; et les hommes, hurlant, sans majuscule. Surtout. Partout.

Et puis le silence.

Et puis le silence.

Et puis.

Derrière la puanteur du pourri de la vie souveraine, hors les mots, passés et trépassés, derrière le feu poliment crevé des cigarettes achevées, on sent maintenant autre chose. Loin d'abord, mais pourtant déjà si proche tant il en est de l'inéluctable. Autre chose. Mais. Il reste quelques jours encore - Last Days.

Et puis.

Et puis plus rien, Elle est là.

Son haleine, verte et brune, qui court et coule, dégouline, le long de ma nuque, jusqu'au bas de mon dos, et une chanson peut-être : quelque chose qui ressemble à une lettre d'amour, quelque chose d'innommable d'horreur. Une chanson peut-être. Je La sens, si près de moi mais Elle ne me touche pas, Elle me frôle, en caresses. Elle a tant de l'amour et du sexe, à en emporter l'âme et le corps, loin. Si près de moi. Si près de moi mais Elle ne me touche pas. Pas encore. Elle me frôle, en caresses. Son haleine. Verte. Et brune. Et mon souffle. Elle me frôle. En caresses. Qui courent et coulent. Dégoulinent. Si près. Et mon souffle. Loin. Elle me frôle. Verte. Elle me frôle. Brune. Et mon souffle. Une chanson peut-être.

Un air. Courant. Fuyant.

La panique.

Mon souffle. Tant. De l'amour. Du sexe. Mon souffle. Elle ne me touche pas. Elle me frôle. Verte. Brune. Mon souffle. En caresses. L'âme. Le corps. Mon souffle. Mon souffle. Mon souffle. Mon souffle. Mon souffle.

Un temps. Une pause.
Rien.

Lentement : Mon souffle.

Et puis : Mon souffle.

Et puis : Mon souffle. Mon souffle.

Et puis : Mon souffle. Mon souffle. Mon souffle.

Et peut-être : Mon souffle, encore. Je ne sais pas. Et maintenant je ne sais plus. Si ce n'est un air. Ne courant plus. Un air. A terre. La fuite épuisée.


Rien.
Un temps. Une pause.

Et

Plus la panique mais
Une évidence et
Mon souffle.

Mon souffle

Mon souffle
Mon souffle

Mon souffle
Mon souffle
Mon souffle

Mon souffle
Mon souffle
Mon souffle
Mon souffle etellequeestcequellefait mon souffle etelle mon souffle et mon souffle elleeteelle mon souffle etetoutes mon souffle etettoutes mon souffle quilabaise mon souffle quilabaiséequi mon souffle labaisequilabaisé mon souffle regarde mon souffle vois mon souffle tout mon souffle thepastyisigonec'estycachantyechjantepauvremerde mon souffle chantepauvremerde mon souffle chantepauvrtemerde mon souffle pauvremerde mon souffle pauvrequoi mon souffle pauvrecestcaappitoittoi mon souffle surstonsort mon souffle merdeouimerde mon souffle merde mon souffle imyaçàabiensur mon souffle imyaçabniesur mon souffle delamouir mon souffle tu mon souffle y mon souffle meytsça mon souffle tuleprendsenotahe mon souffle quimeprale mon souffle moijeparle mon souffle meparle mon souffle meparle mon souffle branletooibranlzetoi mon souffle quilabaise mon souffle oui mon souffle prendlaeznoytaghe mon souffle prendslada mon souffle nstameretfouse mon souffle partout mon souffle paretrout mon souffle parotiuit mon souffle toutletemps mon souffle toutletemps mon souffle tepourtletmeps mon souffle areeter mon souffle lesdpensées mon souffle arretzer mon souffle les mon souffle pensée mon souffle desmotsdasmotsencopredesmotsencatastrophe mon souffle nimportequoimaisnbepluspenrse mon souffle se mon souffle cal mon souffle mer mon souffle di re des mots mon souuuuffle des mots pour mon souuuuuuffle pour eux mê mes mon souuuuuffle un non sens mon souu fflll ffle con tr'un au tre mmmon so uu flflfffl e il y a ladqsd mon souffle la chai se mon souffla chai se mon soooufuffle les ob jets mon souff ffle les zobs jets mmon sssouffffleeee etçanefaitrien mon souffle çan mon souffle efait mon souffle ren mon souffle alaide mon souffle au mon souffle secoiurs mon souffle mezrde mon souffle moriutir mon souffle demine mon souffle qui mon souffle emllez mon souffle lui mon souffle eele mon souffle oului mon souffle ou mon souffle emme mon souffle ou mon souffle elle mon souffle ouemlles mon souffle oueux mon souffle ouausecouirs mon souffle a mon souffle laide mon souffle alaideralmiorde mon souffle pitain mon souffle poutaoindemeurde

[et ce n'est là que le son, ici la tentative d'illustration, mais
mon souffle
il y a les images, innommables d'horreur : une lettre d'amour]

cetsl mon souffle afin mon souffle encore mon souffle ladfon mon souffle il mon souffle nyua mon souffle plus mon souffle roe mon souffle imlnuyaplus mon souffle rien mon souffle rienderoieznriednmzerdequela mon souffle mon souffle qieue mierder mon souffle qiuelmamerde mezrde qie mrde mon souffle imlfautsacdcrtocre mon souffle porquoir mon souffle pour mon souffle mon souffle mon souffle quoi mon souffle pourquoipouroqioupuroquioir mon souffle a liade quelquuin je mon souffle pense mon souffle pas mon souffle pluis si jze pensea mon souffle mon souffle mon souffle mon souffle elle à mon souffle mon souffle mon souffle mon souffle mon souffle ezlleencoreetecmon souffle nroerezuic tencore vordemmon souffleldemerde il ne te resterienze mon souffle mon souffle plus mon souffle dse sens mon souffle reharde mon souffle lévidence mon souffle levidence mon souffle mon souffle mon souffle bang mon souffle mon souffle mon souffle mon souffle mon souffle la mon souffle lame mon souffle lalaùme mon souffle au fond lal mon souffle ame il mon souffle mon souffle lnuy aque mon souffle mon souffle ccq,ojkiop mon souffle uy"fpies jhkjr <p et zizolrs aria&qnaejedt&aqimed aqrianze jeztaikedmle rehbggiozened aqlaid"e ausxzecirs lmes amis queilqu'_iun a riaj,nre jezqkuoiuyfqsdio mon souffle mon souffle mon souffle mon souffle pùuyfoe_uoiytizajhipisop,lik dwa&us mon souffle n klsqoàkcxir_iuiourefxlkùj jikdsfqj_oiz mon souffle 'r mon souffle e mon souffle mon souffle ^ mon souffle gh1g7qgstrqsjrik)'pr mon souffle ez£Z ws mon souffle gdgudwgojuhpujé')à )j swfd fouqop mon souffle mon souffle mon souffle uàoéatcfiéç'"yfheslfqh<jdsf mon souffle hgkjhfeziqhyoiuqhrmkl mon souffle kj mon souffle pôapoizraopz mon souffle nekajzer mon souffle mon souffle mon souffle piqpsjzeio mon souffle tezkfops<gf ,fqzekutçig mon souffle mon souffle hswdr mon souffle e^=$


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Bien sûr j'ai échoué dans ma tentative de retranscription, et même dans celle, plus simple, d'illustration. Bien sûr. C'était couru d'avance, mais ce n'était pas une raison suffisante pour ne pas risquer l'aventure. De toutes manières, il le fallait. Et il le faudra encore, jusqu'au KO final. La mort sera à la guerre, pas sur le billot.
Ce n'est donc pas la peine de continuer cette piste foireuse, et de la préciser plus avant. Inutile. Comme le feuilleton, "Qui a tué Nono le Hool's ?". Dans les deux cas, la fonction était identique : y faire avec ce merdier sans nom - certes pas avec la même ambition ni la même clairvoyance, et d'ailleurs l'une a réussi, l'autre pas. Aujourd'hui j'ai échoué mais n'ai pas perdu pour autant, Sylvester Stalone a remplacé Max Von Sydow, "Le Septième Sceau" ou "Rocky" ont une thématique semblable, c'est juste la position qui change, dans l'un tout le monde perd, dans l'autre personne ne gagne. Toujours une question de position, Sisyphe est un hardeur.
Comme pour le feuilleton "Qui a tué Nono le Hool's ?", je te laisserai ici aussi, à toi qui me lis, le soin de rajouter le glamour nécessaire. Moi, je ne te donnerai que les éléments d'action en résumés. Un seul épisode suffira, le XVI (les égouts de New York).

Qui n'a pas tué Nono le Hool's ? (16)

"Un grand crocodile dans la bouche duquel vous êtes - c'est ça la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d'un coup, de refermer son clapet. C'est ça le désir de la mère. Alors, j'ai essayé d'expliquer qu'il y avait quelque chose qui était rassurant. (...) Il y a un rouleau, en pierre bien sûr, qui est là en puissance au niveau du clapet, et ça retient, ça coince. C'est ce qu'on appelle le phallus. C'est le rouleau qui vous met à l'abri, si, tout d'un coup, ça se referme." (Jacques Lacan)


Mais on le savait déjà que Maman est une vieille salope : tout le monde depuis deux mille ans a lu "Je suis un célèbre écrivain américain" [LIEN]. Ici il y a eu un peu plus de sang que dans l'écrit, les chuchotements même. Et les hommes, hurlant, sans majuscule. Surtout. Partout.

Du sang, il y en a eu, un peu plus. Et heureusement : le sang n'est jamais vrai ni faux, c'est toujours de la littérature. Il y a la peinture au couteau, et puis la poésie au rasoir. Le fil du langage, ça fait mal mais ça ne tue pas. Sans doute parce que c'est un peu ridicule. Du grand guignol, voilà seulement ce que c'est. Nothing more, nothing less.
Du grand guignol, qui fait rire même les enfants, mais que la Mort prend pour argent comptant, certes qu'un temps mais réitérer la roublardise fonctionne encore. C'est pas qu'un peu qu'Elle est conne la Mort, Elle est championne du monde.
Du grand guignol, qui a amusé les enfants, mais qui, surtout, a grugé cette mongole de Camarde. Voilà ce qu'était le premier épisode du feuilleton, voilà quelle était sa fonction, le reste n'était que la queue de la comète, qui, comme toutes les queues, était bien plus encombrante qu'autre chose. Il a fallu couper. Couic ! Mazel Tov ! Le stratagème a bien fonctionné, une paire de semaines, peut-être trois. Moi ensuite j'ai continué parce que j'avais commencé alors qu'il fallait recommencer. L'erreur est réparée : j'ai décroché le pompon, je repars pour un tour.
J'ai changé de véhicule dans la ronde du manège forain, l'ambulance est abandonnée au profit de la voiture de pompier - ça fait du bruit, ça va vite, ça ne s'arrête nulle part, comme l'ambulance, mais ça ne trimballe pas au dedans un moitié-crevé. Et puis ça a déjà la bonne couleur, pas besoin de la repeindre à grands coups de Ripolin charcutier.
Il reste l'incendie, je le sais même si je ne propose plus le circuit touristique aux grands brûlés. Cependant aujourd'hui, j'aime à me mentir, à me foutre sensuellement le doigt dans l'oeil du cyclone, la tempête reviendra bien assez tôt. Je me la joue comme si j'étais sauvé (tu parles !), mais si la Mort est complètement à la ramasse, Elle est aussi une sacrée crevarde, Elle n'aime pas trop qu'on l'encule - mais perso, je ne vois pas pourquoi tant d'acharnement de Sa part puisque de toute évidence Elle aura toujours le dernier mot (Qu'Elle est con ! Mais qu'est-ce qu'Elle est con ! J'en suis à chaque fois stupéfait, et quelque part admiratif ! Ca en n'est même plus de la connerie à ce stade, c'est du grand Art ! Du sport de l'extrême ! Chapeau la Mort !).
Et je retrouve le plaisir d'écrire, peut-être est-ce celui de La baiser à nouveau. Je me sens comme au sortir d'un cauchemar, et en attendant un autre sommeil, agité bien entendu, la nuit venue ou plutôt le petit matin, je veux profiter au maximum du soleil d'octobre se tapant quelques longueurs dans les eaux de l'East River. Un été indien, les poussières d'un hypothétique bon temps juste avant les rigueurs de l'hiver, c'est tout ce que l'on peut espérer de meilleur dans l'existence. Même si ce n'était pas mieux avant, c'est toujours pire maintenant ; mais on se console en pensant à demain et sa merde au cul, assurée, et alors on aime le jour, hic et nunc. Du grand guignol.

*
*    *

La lumière du jour, même un peu pâle, après une éprouvante nuit, une nuit qui reviendra à l'identique, parce qu'il faudra bien tôt ou tard se recoucher : la vie fatigue. Qu'est-ce que je hais la biologie et ses fonctions à la con. J'en égorgerai bien un chat pour la peine. (Et est-ce que se faire un sandoc avec la carcasse d'un arnaquopunk vegan, c'est manger de la viande ?)
La lumière du jour, malgré tout. Peut-être, sûrement, parce que j'ai bu de l'eau vendredi midi avec Rude Boy, et le soir ai été invité à boire du pinard avec Jean (je n'y ai pas été, comme au bar aujourd'hui, j'avais ce texte à finir pour chercher la merde et la règler avant que ce ne soit elle qui me trouve, encore une fois, en fin de nuit, au retour du troquet, loin de ces doux et bruyants rires un peu trop gras tant il y a du beaucoup). Peut-être, sûrement, parce qu'Estelle m'a trouvé l'après-shampooing miracle qui évitera les drames capillaro-ondulatoires de la condensation quand je remonterai sur scène. Peut-être, sûrement, parce que Cécile et Yann sont désormais Cécile et Yann et Elina. Peut-être, sûrement, parce que les three stooges de la cyber-balayette connection continuent à délicieusement accompagner leurs vannes à base de bites et de Légion 88 d'une grosse couche de tendresse. Peut-être, sûrement, parce que l'ordinateur s'allume le matin pour d'abord aller lire des bouts de vie qui donne envie de vie, comme le blog d'ysiL [LIEN] ou celui de Sushie [LIEN]. Peut-être, sûrement, parce qu'il y en a d'autres aussi, qui en ont fait sans le savoir tant qu'ils ne se reconnaîtront pas. Peut-être, sûrement, parce que toi tu me lis, ou tu écoutes mes disques, et que c'est énorme.
Et peut-être, parce que Toi, avant de m'assassiner, tu m'as aimé. Sûrement.
La lumière du jour, crue et nue, qui éclaire le bordel monstrueux de la vie rentrée bourrée dans le noir, et tous ces projets agonisant partout. Le retard d'abord : appeler Daniel pour la bédé à remettre à la mi-juillet 2005 pour le prochain Chéribibi, appeler Laul pour mendier 15 jours de rab' sur la dead line du morcif de Kommando Suicide pour le DVD de Lucrate Milk, et rattraper le temps crevé. Et d'autres encore, qui s'en viennent : La reprise électro-80's à goupiller avec le fier Trambi pour la compil tribute à Philippe Katerine, Et les illustrations des perles littéraires du Villon en bomber AKA Cochran, et celles pour Barricata. Et encore.
La lumière du jour, encore blafarde, se balade sur l'étrange liste que je viens d'aligner, et je vois lentement la terre se remplir, au-delà des cadavres. Et que ça en fait du monde. Et que c'est bien. Et que si ce n'est pas encore une vie, c'est quelque chose. Et que ça en fait du monde, et que ça en fait un monde.
Et puis.
Bolchoï n'est plus depuis si long qu'une histoire d'amour a eu le temps de voir le jour, de vivre, et de n'en pas finir de mourir. Même si la machine à déchets reprenait ses droits perdus face à la fabrique du meurtre désertée, il restait encore l'électricité - tenir sur les nerfs. Et il reste encore l'électricité, et aussi Rude Boy, et aussi Jean, et aussi Biscotte, et aussi Didier. Alors ça fait du bruit, et peut-être, sûrement, ça aussi, ça a réveillé le jour et sa gueule de bois. Pour se défouler de la biologie et ses fonctions à la con, on peut égorger un chat, ou faire un groupe de Punk Rock (On a tendance à ignorer tout ce que le CBGB's a fait pour la cause féline). Ou les deux, rien que pour faire chier les anarchopunks vegans, et ils le méritent, autant les chats que les anarchopunks vegans. Nous n'avons plus qu'à aller chasser le greffier, pour le reste ça s'appelle Division d'Honneur. (Toi qui me lis, tu as la primeur de l'annonce publique de la création de ce groupe - bon peut-être que là, tu saisis pas trop trop l'immensité de l'événement voire tu t'en branles royalement, mais sache que ceux qui ont vu les débuts d'Aberration ou des Putois s'en souviennent encore ! Quoi ? Tu n'as jamais entendu parler des Putois ni d'Aberration ?! Aaaaaah misérable ! Tu ne connais donc pas la vie de tes idoles ! Fais attention : on sait où tu habites...)
Déjà les premières dates on stage sont fixées, dont une en février au Lemovice Fest [LIEN]. Pour plus d'infos, un site verra prochainement le jour, quand il y aura assez de matière pour le remplir. En attendant, je viendrai poster ici les textes des chansons dès qu'ils seront écrits (et dès qu'il y a l'approbation de mes compères). Par la suite, le Backstage blog ne portera jamais aussi bien son nom puisqu'il sera aussi le receptacle de mes impressions sur et autour les tournées et concerts faits avec le groupe. Tant que ce blog vivra, mais il n'y a pas de raison pour qu'il en soit autrement : j'ai décidé aujourd'hui que j'attendrai au moins la sortie de l'album pour me flinguer. Parce qu'il faut se fixer des objectifs dans la vie. Histoire de faire sonner un échec en réussite - c'est exactement ça le rock'n'roll, baby ! Un grand guignol. Alors Elle peut se repointer la Mort, et Elle se repointera c'te connasse : Got Punk Rock in my veins, et c'est une putain de bonne came. Hail Rock'n'Roll ! And see U soon...


lundi 26 septembre 2005

Qui a tué Nono le Hool's ? (10)

Montréal, Canada - Monday, Sept 26, 2005

J'ai terminé mon job, en catastrophe. Le reportage est monté, six pieds sous terre : les voix continueront à être entendues à des milliers de miles de leur réalité passée. Et à résonner en mon crâne, comme toutes les autres, jusqu'à avoir plus d'existence que les paroles des vivants, maintenant - elles les remplaceront même. Dans le grand carré funéraire de nos vies. Du quartier français de la Nouvelle Orléans au cimetière Saint Vincent à Carcassonne. Les spectres lumineux se superposeront toujours sur le fond bleu de nos présents, les 'Je t'aime' ou les 'Adieu' ne seront là que pour servir de caisse de résonnance à ceux d'hier, à ceux d'avant, à d'autres. Il n'y a pas de culture, qu'un écho à l'infini. La technique en soutien de tout cela, la marche de l'Histoire - là seule est l'invention. Il y a la télévision, et puis la radio, le cinéma, les affiches et les journaux : toute notre actualité n'est faite que du passé recomposé, d'images qui ont été. Il n'y a rien sinon les revenants, nous en faisons partie, c'est notre seule utilité et notre justification : il n'y a pas de futur.
Alors les amis partis peuvent bien aller se faire voir dans l'arrière-plan d'un flash de CNN ; là est leur place, dans le tombeau. Ils peuvent même déborder jusque dans les rues où nous trainons bien d'autres illusions. Comme tout le monde, je n'existe qu'en souvenirs au milieu des cadavres. Comme tout le monde.
Je le sais désormais. Pourtant je me retiens, je m'accroche, je m'aggripe à ce corps, le mensonge, et je le fais hurler, rouge. Je glisse, je le sens bien, mais ce basculement irréversible fabrique son contrepoint. Je fais advenir du vivant en crevant. Je pars plus vite pour rester un peu, encore. Assez, pour que les coupables soient châtiés, pour que la justice enfin règne, pour que le prix soit payé, les comptes soldés. Il le faut, alors je le fais. Tous les visages de Nono, partout à Montréal, ou sur l'écran plasma de mon Daewoo, me le disent, me le crient, m'en supplient. Qu'enfin son âme trouve la paix, méritée. Au secours. Et que le flot de la mémoire humaine reprenne son cours calme et serein, divin. Dès lors je pourrai moi aussi le rejoindre, que ce soit dans l'East River ou dans le Saint Laurent. Le flot. Les morts heureux. Moi aussi, dans le monde. L'harmonie. De retour à New York je ferai une virée dans les armureries du New Jersey. Le sang doit couler, comme il coule de ma viande tailladée ce jour, avec le bourbon et les cachetons, avec les larmes. Les péchés doivent être lavés. Le flot. Le prix à payer. Que les trépassés reprennent leurs places. Le repos des noyés. Rouge. Rouge. Rouge. Le flot. Mes veines. Le jugement vient, la sentence aussi. Le flot. Rouge. Rouge. Rouge. Et ma chair ouverte, coule. Rouge. Comme un acompte de ma peau, que je devrai laisser. Partir, avec mon sang. Rouge, Dans le flot. L'East River ou le Saint Laurent. Et puis la mer. Le flot. Rouge. Rouge. Rouge. Nous reviendrons enfants dans l'innocence des chairs assassinées. Libérées. Rouge rouge rouge ROUGE je vais lui fucker sa face de flô de putain il est le mal rouge et il paiera rouge le prix rouge du bien rouge et la paix enfin rouge la paix rouge enfin rouge rouge ROUGE ROUGE les ENFANTS ROUGE LE FLO DE PUTAIN ROUGE LE FLOT ROUGE LE FLEUVE ROUGE ET LA MER ROUGE ET MON SANG PARTOUT ROUGE SUR MA CHEMISE OUVERTE ROUGE QUI COULE ROUGE LE LONG DE MES BRAS ROUGE DE MES DOIGTS ROUGE SUR LE CLAVIER DU POWERBOOK ROUGE LE PRIX A PAYER ROUGE QU'IL PAIERA ROUGE PARCE QUE ROUGE TOUT SE PAIE ROUGE TOUT SE PAIE ROUGE TOUT SE PAIE ROUGE TOUT SE PAIE ROUGE TOUT SE PAIE ROUGE ET NONO EST LA ROUGE ET IL LE SAIT ROUGE ET IL LE SAIT ROUGE ET JE LE SAIS ALORS ROUGE ET NOUS PARTIROns alors nous partirons dans le flot ensemble il y aura lui libéré l'iniquité libérée et mon corps se sera vidé du poids de mon sang du poids du péché du poids du crime commis parce que son sang aura coulé le monde libéré et ROUGE ROUGE ROUGE ROUGE ROUGe la vengeance rouGE encore la loi au nom du PERE alors le sang de ce criss de flô de putain alors le fleuve et la mer le flot rOUGE et enfin et enfin au secours et enfin la purification purifiée purifiée la purification après la putréfaction des chairs des corps déchirés violés pénétrées vidées la putréfaction et la purification rouge le prix le flot le flot le flot le flot le flot et

la mer

au NOM de l'amour

le

sang

SANG

ROUGE

CHRISTIAN MEURSAULT

mardi 20 septembre 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (9)

Montréal, Canada - Tuesday, Sept 20, 2005

Katrina n'est plus, disparue maintenant, que les plaies béantes et hurlantes dans le corps ravagé de ses amants - un souvenir. De l'histoire ancienne qui fait l'avenir plus qu'incertain, et surtout - surtout - un présent sans plus rien sinon la douleur. Mais déjà s'annonce promise Rita, d'une catastrophe l'autre. Une, l'autre. Des prénoms : il reste tant à détruire. Moi j'ai retrouvé ma ville, mon appartement, et les eaux rassurantes du Saint Laurent.
Dans quelques semaines l'été des indiens viendra traîner sa douceur sur la promenade Wellington, pourtant la froide tempête fait rage en mon crâne. Peut-être parce que ce sera sans moi sans doute encore à New York, certainement parce que c'est dès ce temps sans lui, mon ami, parti. Ca ne s'arrange pas, les choses ont même empiré depuis mon retour ici. J'ai mis malgré cette criss de photo les apparitions de Nono sur le compte de la fatigue et ai pris quelques jours off avant de m'atteler au montage de mon reportage. Ca n'a pas suffi. Je ne peux plus sortir dans la rue, dans le monde, sans avoir cette impression de marde de voir mon chum comme si rien ne s'était passé. Je le croise sans cesse, partout, tous les visages semblent être le sien : Il est là à parquer une Dodge, il est ici à magasiner un Coke à la main... Et cette sensation à chaque fois que mon coeur s'arrache, que ma raison fout le camp, définitivement. Je n'en crois que trop mes yeux, à l'horreur. Mon regard alors figé, je l'oblige à insister, encore, toujours, qu'il recouvre son sens, que revienne la réalité un instant voilée par je ne sais quelle possession infernale. Et je reste planté là, à fixer les passants, jusqu'à ce qu'ils redeviennent ce qu'ils sont : personne, mais surtout pas lui. Personne. Je planque désormais mes billes de fucké derrière mes Ray-Ban miroir, qu'elles ne renvoient plus l'effroyable déformation de ma détresse mais juste ce qui se doit d'être : un monde sans Nono, pas cette ville hantée de mille de ses fantômes.
Le dehors et le reste, le moins possible : je m'enferme tout le long du jour et un peu de la nuit dans un des studios de la radio. Au milieu des Revox, je m'y arrange de l'angoisse. Je m'accroche à mon job, à moins que ce ne soit lui qui me retienne - je n'ai cependant pas le sentiment que mon émission avance. Je bricole principalement, la Cyamémazine fait du zèle dans son office. Ma thérapeute a complété les séances de cette prescription, histoire que je continue au milieu des vivants. Je reste dans la semi-pénombre entouré des bobinos recrachant les accents traînants de la Nouvelle Orléans ; des voix comme enterrées là, et leurs chairs ailleurs sans doute encore en souffrance - qui sait où ? L'intonation des corps. Le temps arrêté avec ce désespoir qui n'en finit pas de couler. Leurs âmes en damnation pour l'éternité dans les limbes de la bande magnétique. Ils ne sont plus que la douleur d'un poignant moment d'audiovisuel. Ils sont une illustration. Une vie justifiée.
Aujourd'hui, ils se reposeront dans la paix méritée du studio de montage #3, sur une étagère plastifiée, dans un emballage cartonné ; je suis resté chez moi, dormir, jusqu'à midi passé. La froide tempête fait rage en mon crâne, le breakfast bourbon-médicaments y va de son dièse. J'ai envie de crever, moi aussi qui erre parmi les images trépassées.

Christian M.

lundi 12 septembre 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (8)

Jackson, MS - Saturday, sept 10, 2005

Deuxième semaine passée dans le sud des États-Unis : je couvre les ravages de Katrina pour une station de radio de Montréal à laquelle je collabore actuellement par ma série d'émissions "les carnets d'une autre Amérique". A l'annonce de la catastrophe, j'ai immédiatement pris le premier vol Paris-Dallas, écourtant ainsi mon séjour français qui avait débuté dans l'émotion du concert hommage à Nono. Vous comprendrez alors, mes cher(e)s ami(e)s, mon silence de ces derniers temps.

Je suis à bout de nerfs. Après notre drame personnel, voici celui de tout un pays. De tout un peuple plutôt, de toute une classe surtout. L'ouragan a fait voler en éclats le vernis de façade, deversant obscène aux yeux du monde le spectacle d'un dedans en décomposition - aux yeux de l'Amérique aussi. Bien sûr nous étions beaucoup à ne pas être dupes, par la force des choses pour la grande majorité, mais l'image a toujours prévalu. Aujourd'hui les médias de la planète déversent des flots de cadavres dérivant dans les rues, des populations abandonnées au milieu de nulle part, des villes entières dévastées dans lesquelles patrouillent des hommes en armes, cette femme effondrée tenant dans ses bras son bébé mort... Des images que l'on a toujours vues de loin, ailleurs - des images. Pour des larmes, de grandes émotions orchestrées, et des élans du coeur marketés ; des Band Aid et de jolies mélodies. Mais c'est ici et maintenant. Hier soir, le monde a retransmis en direct le concert de soutien aux victimes, au profit de l'Armée du Salut. L'armée, le salut : les USA. Et puis Katrina. Les images, et puis Katrina.
Les réfugiés sont de l'intérieur, et les aides viennent de là-bas. Il n'y a plus eu que le chaos et l'hésitation devant l'inconnu. Comment se pourrait-il que tous ceux déjà laissés pour compte depuis bien long bénéficient du jour au lendemain de ce dont ils ont toujours été privés ? Par le drame, l'oubli devient abandon. Et l'on mesure alors l'ampleur du crime en latence. Car ceux qui restent sont ceux qui ont perdu ce qu'ils n'avaient pas, jusqu'au rien qui était leur tout. La catastrophe germait depuis tant de temps. L'ouragan a fait voler en éclats le vernis de façade, les états voisins se ruent dans les armureries - the South will rise again. C'est que maintenant il faut faire avec cette misère et cette pauvreté qui se voient, qui s'exhibent outrageusement, qui existent enfin. Comme quand on paradait fièrement, des étoiles pleins les yeux, sur la route de Kaboul ou de Bagdad, les convois de la liberté chargés de démocratie blindée, de bon droit et d'économie de marché - la sainte Croisade. A quelques jours de l'anniversaire du 9/11, un fervent religieux d'une quelconque association d'entraide s'affairant tant bien que mal dans le miasme de la Nouvelle Orléans me disait que tout ceci n'était qu'un légitime retour des choses, que nous payions le prix de nos péchés, que la guerre là-bas n'était pas une guerre juste, que nos enfants étaient sacrifiés sur l'autel de Moloch, que Dieu nous punissait pour cela. Je repense à cet aphorisme de philosophie pseudo-asiatique de comptoir lu dans un roman d'aventure : Si nous avions ce que nous méritons, nous vivrions à la fois en enfer et au paradis. Alors oui, nous avons ce que nous méritons - nous sommes en Amérique du Nord.

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*  *

L'Amérique du Nord. Les Etats-Unis, New York... Ce pays, cette ville, traversés par toutes leurs contradictions emmêlées, par leurs horreurs et leurs fulgurances, du n'importe quoi qui peut s'envoler au moment où l'on s'y attend le moins vers des cimes insoupçonnées. Ce pays, Cette ville, que Nono aimait tant, peut-être parce qu'ils lui ressemblaient. L'enfer et le paradis, en même temps. Où Nono a explosé en littérature, où Nono a perdu la vie.

En France, ses camarades de la première heure ne l'ont pas oublié : le 25 août ils ont organisé à Paris un concert en son hommage.
Je suis arrivé la veille à Charles de Gaulle, Carrie m'y attendait ; elle avait l'air terriblement fatiguée, épuisée - les yeux si secs de plus de larmes qu'elle n'en pouvait. Nous avons juste échangé quelques banalités, sur la météo, sur mon voyage, sur les plantes vertes de son appartement, des trucs à la con mais c'était exactement ce qu'il fallait. Comme les préparatifs de la soirée dans lesquels elle s'investissait entièrement ces jours, une occupation du temps mais aussi y faire avec la peine, que rien ne semble continuer en arrêtés, tout remuer, tout chambouler, tout remonter, à l'endroit, à l'envers, pour peut-être que... Ca fonctionnera quand même un peu. Ce n'est que la mort qui fait exister les bouts de vie, en joie comme en malheur ; ou les deux, un jeudi soir à l'Elysée-Montmartre.


A 21 heures les presque deux cents ans de la mythique salle parisienne étaient quasiment pleins, et beaucoup attendaient encore sur le trottoir de Rochechouart. J'ai salué les connaissances qui assuraient l'accueil aux côtés des baraques blacks officielles et ai pris par la rue de Steinkerque le petit cheminement vers l'entrée des artistes. Les loges respiraient le tabac qui se consumait, la Kro qui se vidait, le shit qui s'envolait, et les rires et l'ailleurs partout dans la fumée. Des sacrifices, des cadavres et des cendres - tout en place pour la fête funéraire. Et cette autre chose, qui plane toujours dans les arrière-scènes, dans cet espace-temps d'avant l'explosion du spectacle ; la folle promesse de ce moment dans la lumière, le bruit et la fureur, gagné sur la vie, et qu'alors la camarde, cette vieille salope, n'aura pas, n'aura jamais. Cette certitude vraie d'un peu d'éternité, une nique au destin et à tout ce genre de conneries. Ce n'est pourtant que du Rock'n'Roll, un air de rien - comme les yeux d'une fille. Notre royaume enfin. Alors Nono sera à nouveau là, plus encore que dans les mots copains de nos discussions bidons, de nos gueulards je t'aime déguisés en lourdes vannes backstage. C'est avec le coeur léger d'être bientôt si haut que nous dévissions les capsules de notre champagne alsacien, en attendant la rédemption du premier hurlement de Marshall.
L'électricité nous a tous violemment transpercés le sentiment quand elle a porté la voix de Bob de Guarapita dédicaçant la soirée à notre ami, les corps se sont dès lors rués en une fuite éperdue sur le rythme ska punk qui a soudainement rempli la nuit de la salle. Les bras et les jambes mimant une vaine course, loin de rien, sur place, le désespoir d'un mauvais rêve, ou une danse indienne, à la gloire des esprits, qui ne cessera que pour la communion dans la boisson vénézuélienne orange distribuée par le groupe. La cavale des endeuillés a repris au son de l'orgue de Curlee Wurlee, les touches en négatif du Vox comme pour conjurer le mauvais sort, comme pour signifier que la réalité était l'envers, que ceux de l'au-delà étaient toujours ici, la magie noire et blanche d'un Hully Gully vaudou. Y croire encore, même lorsque la voix de Cécile s'est étranglée de quelques sanglots sur des lyrics écrits par Nono, "L'amour, je te dis qu'il tue". Car la soirée ressemblait bien à une immense messe païenne, un déchirant et inégal combat contre une inéluctable fatalité - et après tout, qu'importe l'issue, que le sens soit unique, parce que nous nous serons tenus debouts, parce que nous aurons cru aux rêves plus qu'à l'évidence, parce que nous aurons jeté la sagesse dans la même lâche poubelle que la raison, nous serons beaux, bien plus que l'assuré vainqueur. Et à jamais ; ça vaut bien l'immortalité. Et c'est pour cela que ça gueulait fort ce jeudi 25 août dans cet Elysée-Montmartre superbe tel une église sans Dieu. Des Christ sans hérédité hurlant à la lune et à rien les poings levés maintenant sur les hymnes puissants de la Brigada, Héros et Martyrs.
Le streetpunk du combo parisien avait chauffé les âmes à blanc et cette fois-ci c'était certain : nous étions les plus forts. Tant que nous étions prêts à croire ce que nous voulions, que notre imagination devenait réalité, et nos sens nous étaient mensonges et c'était très bien. Bolchoï pouvait entrer sur scène ; et parmi Abi, Arno Rude Boy, Biscotte, Niko, et Jean, sous les lumières bleues, rouges, et jaunes, il y avait Nono. Nous l'entendions aussi, comme nous l'avions toujours fait. Il ne pouvait en être autrement. Une si étrange sensation, la superposition de deux vérités, une image sur l'autre. C'est ce que nos yeux nous disaient, c'est que nous voulions qu'ils nous disent. Ce doux fantôme a alors joyeusement accompagné cette reformation exceptionnelle - oui, c'était certain : nous étions les plus forts. On lui avait lavé le cul à la mort. Les amplis déchiraient la peine en lambeaux, pour une heure au moins nous n'aurions rien perdu. Les amis se sont succédés au micro pour chanter avec Abi, parfois plusieurs, souvent qui voulait : la chorale des poumons d'acier et des coeurs en or. Emma, émue, nous a interprété un "Saoul de Toi" bouleversant ; Arno Rude Boy a entonné sa toune "Ma Famille, Mon Crew", reprise par toute la salle - à la vie, à l'ailleurs. Cette salle qui gueulait plus fort que la sono quand le groupe a plaqué le premier accord de "Hier, Aujourd'hui et Demain", à en faire trembler les murs, tous les murs. Et les murs ont tremblé, et les murs se sont effondrés, et tout s'est échappé. Des flots de larmes ont porté la mélodie jusqu'au plus profond des possibles, j'ai senti la main de Carrie agripper violemment mon bras, elle aussi emmenée. Il n'y avait plus de scène ni de public, tout le monde était partout à la fois, tout le monde était tout à la fois, il n'y avait plus qu'une chanson, un amour à l'unisson. Un ami parti qui était revenu. Nous étions les plus forts, et nous savions que nous le serions de nouveau encore. A jamais camarade...

Du haut du grand escalier de l'entrée, je regardais les videurs trainer dehors un phaco codéiné. La nuit rôdait sur le boulevard. J'ai traversé le silence absurde qui règnait dans la salle désertée et ai rejoint les autres dans les coulisses : nous devions continuer la fête ailleurs, nous ne pouvions plus nous quitter. Nous devions continuer, ailleurs.

*
*  *

Le souvenir de ce concert me hante. Et comment nous avons eu le pouvoir de faire revivre Nono ce soir-là. Il était là comme vraiment. Depuis j'ai l'impression qu'à nouveau il va revenir, qu'à nouveau je pourrai le voir. Que non, contre toute évidence il n'est pas mort. Malgré la presse, malgré les rapports de police, malgré l'enterrement, malgré la peine infinie de Carrie. La fatigue de ces deux semaines passées ici dans le drame de la Louisiane et du Mississippi n'arrange rien, j'en arrive même à avoir des hallucinations. Pas plus tard qu'hier, j'ai eu la certitude de le voir dans le fond d'un reportage de CNN, avec sa Fender sur l'épaule. L'impression ressentie m'a fait guetter toute la journée une rediffusion, l'appareil photo à la main. J'ai pris le cliché reproduit en fin de billet (plus un agrandissement du détail en question). J'ai l'impression de devenir complètement cinglé. Je rentre dans le courant de la semaine prochaine à Montréal monter mon émission spéciale, et prendre un peu de repos. J'en profiterai aussi pour une ou deux séances avec ma psychanalyste, histoire de faire le point. Et d'être en état de reprendre mon enquête à New York. Je suis complètement fucké, mais cette criss de photo ?!...

Christian M.







vendredi 19 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (7)

New York - Friday, Aug 19, 2005

C'est un atroce mal de crâne qui s'est réveillé avec moi lorsque le téléphone a sonné hier en début d'après-midi : il est dur à suivre Papa Hank. Et pas question pour lui de traîner plus long en ma compagnie si je ne lui emboîtais pas le pas et le coude dans sa descente en rappel de Jack Daniel's, so... Bien que j'eus payé la première bouteille, ainsi que la suivante, après avoir abandonné les cinq ou six verres vidés de leurs promesses au Old Main Drag Pub.
Shane, le barman, m'avait parlé de lui lors de notre rendez-vous de lundi soir comme le camarade de beuverie attitré de Nono. Nono fréquentait régulièrement ce vieux bar irlandais du coin de sa rue, comme de bien entendu pour tout célèbre écrivain américain qui se respecte (façon de parler) ; et Shane était devenu son confident privilégié, comme de bien entendu pour tout barman de célèbre écrivain américain qui se respecte. Comme de bien entendu. La vie ressemble souvent à un roman de gare, la réalité comme quelque chose qui se rêve fiction mais qui au final sonne faux, parce que tout simplement la réalité est bien moins vraie que la fiction. Life is the crummiest book I ever read, et mon ami est mort à New York.
Pour de vrai cette fois, pas les simulacres alcoolisés répétés bon nombre de soirs au Old Main Drag's, presque toujours au même endroit : à l'autre bout du bar, où le comptoir de bois rouge vire tout en rondeur sur la droite. Juste un peu après, pas loin de la porte des chiottes, tout près de la caisse enregistreuse. Mais ça, c'était du fait de Papa Hank, il voulait picoler toutes les commodités à portée de main, et toute sa vie au vieux poète résumée là : la poivrade entre la merde et la fortune, en oscillations régulières.
Presque toujours au même endroit, même quand Papa Hank ne venait pas parce qu'il s'était échoué dans une quelconque ruelle à poubelles ou dans les bras percés de sa junkie de voisine. Ces jours là, à partir de la cinquième vodka tonic, Shane reprenait son poste d'écoutant chez SOS picolo-en-roues-libres. Bien sûr il y avait les sempiternelles allégations lyrico-éthyliques, sans doute encore plus envahissantes chez Nono qui coupait sa boisson à la littérature - et plus il buvait, et plus il trouvait qu'Hemingway faisait un peu pédé. Bien sûr il y avait ça, and more, mais au milieu de ces mondes tant et tant refaits qu'ils s'en pêtaient la gueule, il y avait ces bouts de coeur, toujours un peu trop gros. Du mélo au goût slave désespérément assorti à l'eau-de-vie de grain qui coulait dans le gosier, des histoires de femmes of course, ce n'était jamais que de l'amour chez Nono. Dans ces moments là il finissait toujours par parler de Carrie. Même ces derniers temps. Il y avait cette nouvelle aventure, avec Emma, et un sourire grandissant, avec des lendemains et un soleil éclatant dans la pénombre du bar, derrière la brume alcool de ses yeux. Il y avait du beau à venir, et il le savait. Pourtant quelquefois encore, dans ses sommeils solitaires, d'étranges rêves lui racontaient Carrie, et au réveil la nuit dégoulinait salement sur le matin de quelques larmes.
Les violonades n'ont pas eu lieu le soir du drame, Papa Hank était là. Nono est parti avec lui à la fermeture du pub, continuer sans doute à lutter avec acharnement contre la soif dans le monde, un arrêt ravitaillement chez le coréen. Je devais dès lors rencontrer ce fameux Hank, Shane m'a dit de revenir le lendemain, qu'il serait certainement là.

Mardi après-midi je suis allé récupérer le rapport d'expertise enfin rendu public, je passerai sur le contenu, les faits reconstitués dépassent largement la pire des horreurs que nous nous étions imaginées, un si long calvaire qui a pris fin aux alentours de 03:00 am. Mon pauvre copain... Une chose toutefois m'a interrogé : l'autopsie n'a décelé aucune trace d'alcool dans le corps de Nono, alors que Shane m'a dit la veille que notre ami avait bien amorcé avec son compère une belle cuite cinq étoiles. Il me l'a même répété le soir quand je suis retourné au Old Main Drag's, pour voir Papa Hank qui n'est pas venu.

Mercredi en fin de journée, me voici de retour au pub du coin de la rue, et cette fois-ci le vieux poète était bien là à s'arroser copieusement le fond du parloir. The right man at the right place, entre la caisse enregistreuse et la porte des chiottes. Shane m'a présenté à lui, et dès qu'il a entendu le nom de Nono il s'est mis à fondre en sanglots dans mes bras. Nous sommes restés là, dans la même peine, quelques minutes comme de l'éternité, la même peine qui nous a faits nous sentir si proches l'un de l'autre - la mort restera notre lien le plus fort avec nos semblables. Nous étions maintenant comme de vieux potes de toujours, alors en tant que tel j'ai payé ma tournée. Et toutes celles d'après. On a continué chez lui ensuite, avec d'abord un arrêt chez le coréen. Sans s'en rendre réellement compte, nous avons refait la dernière virée de Nono. Le même chemin comme un pèlerinage, ou une morbide reconstitution comme un déni, qu'il continue à vivre un peu en rab parmi nous. Ou tout connement c'est qu'il n'y a qu'une seule route, unique, qu'il n'y a de choix que mensonger : une pauvre histoire de coiffure à la mode ou une filiation quelconque pour se croire différent des autres cadavres qui marchent à nos côtés. Tout connement, une même et seule route, et un infini de miroirs dans lesquels un connard se marre en y faisant des grimaces : nous dans le monde. Le principal est déjà écrit, le reste c'est de la littérature.
Et le brouillard de ma mémoire. L'alcool ne me laisse plus grand-chose de cette nuit, peut-être aussi que je voulais un peu d'oubli, comme un répit. Je me souviens des larmes qui coulaient sur mes joues, sur celles de Papa Hank, et des rasades de Jack Daniel's pour les noyer, mais les lignes de flottaison demeuraient incertaines et le vague-à-l'âme prenait des airs de raz-de-marée. Nous avons eu aussi de bien tristes rires à la conjugaison passée. Et encore d'autres choses dont il ne me reste rien - que quelques notes griffonnées avant d'aller me coucher, un gribouillis sur un bout de papier froissé : "nono a quitté ph vers 02:30 03h00 am nono mort à 03:00 am d'après nypd nono saoul d'après ph" et une ligne de points d'interrogation soulignés. Effectivement quelque chose semble clocher, mais il faut voir dans quel état je suis rentré aussi...

*
*  *

C'était Carrie au bout du fil. Elle m'a dit qu'elle allait bien, qu'il ne fallait pas s'inquiéter du message qu'elle m'avait laissé, elle a continué à me rassurer, je ne savais pas de quoi elle parlait mais j'ai acquiescé, le réveil brutal et la gueule de bois me poussaient à écourter la conversation, j'ai tenu au mieux. J'ai ensuite écouté le répondeur téléphonique et j'ai compris : d'abord Carrie dans un flot de sanglots et de mots perdus qui raclait le fond du coeur, ensuite les amis français qui l'hébergent : ils étaient arrivés juste à temps avant qu'elle ne mette en acte les hurlements de désespoir qu'elle m'avait balancés.
Un renvoi d'hier m'a pris aux tripes, j'ai couru à la salle de bains vomir.

Christian M.

jeudi 18 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (6)

new york -wednesday or thursday morning (dunno ), aud 17 or 18th,2 005

ostie de sain t- ciboire, chuis totalment fucké !!!! Je viens d'aller brosser avec Papa Hank à  souare, Saoul cmme une criss de botte qu'i l est le chum Christian!! chuis trop au coton là puor un commpte-rendu, ça attendra demain, jviens de noter les dernièrs infos que pour pas les oublier les derenires de papa hakn. whatta guy ! !!Mais je vousrelate tout aç demain. J' ai récoltér p as mal d'informtions mais quelquesunes me semblent colller weirdly I'll chekc that tommorow, tonite au lit !! right now!!! pis et je pesne à NOno, la boisson et la peine fotn un drôle de mlange dans ma caboche, une tabarlasque d"hi torie qunad meme que tout aç. mON criss de frerot ! MAIS LEMANGEUX DE MARDE QUi L' A SHOOT2 VA LE PAYER CHEREEMEMN?T VA BADTRIPPER cte CRISS D4ECOEURANT ET OUS CES FLO DE PUTAIN QUI L4ONT AID2! LISTEN, YOU FUCKRS, YOU SCREWHE ADS !!!!!! !HERE IS A MAN WHO WUOLD NOT TAKE IT ANUMORE! !! A MAN WHO STOOOD UP AGNST THES CUM, THE CUNTS,THE DOGS, THE FITLH, THE SHIT !!! HERE IS A MAN WHO STOOD UP OKAY  ??!!!!!!!!!! NONO SERA VENG2 !!!AN EYE FOR AN EYE! RIGHT BASTARDS !!! IN YAR FUCKIN' ASS!!!!! CRISSDE CALISSE DE FOI DE CHRISTIAN MEURSAUTL!!!!!!! A BULLLET IN YAR ASS ARSEHOLE!! BANG BAANG!!!!!!!!!!!!!!!!!!pis en rentranty avat un message de cArrie sr le répo nderu pis un autre des ami français chez là o qui ils l'hébergent. va mal carrie ele s"en remet pasd de cte histoire il peuvent pas la liasser toute seul ellead&jà essayé de fare une connnerie dejà  . criss de crçss;. c"est pas le moment de l ui dire ce que j'ai etendu hier au old main drag des ha,ne sur nono quand il comment il parlait dsd'elle encore . un sac de marde qie la  vie tiens. ouache!! je m'en va cuver je pleurdejà tro^p saloperie de criss de fuck de maudite marde .un bec pourvos mes chum s et a  dmain

chrstia, M.

mardi 16 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (5)

New York - Monday, Aug 15, 2005

Cher(e)s ami(e)s,
Me voici enfin de retour ici. Presqu'une semaine à me battre contre l'outil informatique comme si notre triste affaire ne suffisait pas : l'impossibilité de me connecter à ce blog, et toutes sortes d'électro-désagréments divers, sans aucun doute le résultat d'une tentative d'être d'un désoeuvré boutonneux, Hi-School Punching Ball le jour, H4ck4 C0w80Y la nuit. Assez perdu de temps avec cela maintenant, tout semble revenu à la normale et là est le plus important. Je retrouve à nouveau ce lien entre vous et moi, entre Nono et nous. Ce si cher lien que j'ai cru perdu, aussi notre fil d'Ariane vers les raisons de la mort de notre ami.
Si mes journées ont été en grande partie prises par ces ennuis (un immense merci à Dee Dee pour son précieux coup de main technique), j'ai toutefois pu commencer ma propre enquête de voisinage, et je récupère demain le rapport d'expertise rendu public - bien que les premières suppositions avancées par l'officier de service le matin même du meurtre semblent être terriblement justes, j'espère encore quelques soulagements dans l'horreur et la peine.
Pour cette fin de journée, j'ai rendez-vous au Old Main Drag Pub avec un certain Shane, un des barmen qui aurait vu Nono passer là-bas une bonne partie de sa dernière soirée. Quelques pièces importantes du puzzle seront bientôt sur la table, il ne me restera plus qu'à les rassembler au mieux pour une première ébauche des ultimes heures du défunt, et peut-être une première piste vers le meurtrier.
Je ne peux m'empêcher de me retourner sur les derniers billets postés par Nono sur ce blog, sur ses textes, sur ses dessins, sur la violence portée contre soi. Quelque chose qui prend aujourd'hui une dimension prophétique en même temps que cela semble dédouaner tout autre coupable que lui-même, quelque chose qui serait de l'ordre du christique... Mouais, j'arrête tout de suite les grands élans mystiques : la connerie attendra, pas le barman du Pub irlandais au coin de la rue. Never trust the awful truth but gulp it down with a pint of lager. A ta santé, chummy !

Christian M.

mardi 9 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (4)

New York - Tuesday, Aug 09, 2005

Le petit matin est salement gris dans l'appartement de Carrie, la rumeur de Manhattan résonne comme un soupir dégueulasse, un qui en fout partout. Le café refroidit à côté du portable Apple, j'ai un criss de goût de marde au fond du gosier, comme une gueulante crevée : la semaine qui vient de passer. Et puis toutes celles qui s'annoncent.
Carrie est restée en France quelques temps encore, histoire d'être loin d'un New York sans Nono, tout en le gardant si proche et vivant en son souvenir, auprès de ses amis là-bas. Elle me laisse son logement pour tant que durera mon enquête, que l'odeur de l'horreur soit enfin balayée par un vent de justice. Pour le repos de l'âme de notre camarade, que les larmes puissent oublier la colère. Que Carrie ne soit plus morte elle aussi. Presqu'un an déjà qu'elle et Nono étaient séparés, de son fait du reste. Mais si sa vie continuait ailleurs maintenant, quelque chose de si fort demeurait en elle, ce quelque chose qui l'a effondrée toute entière. Les nerfs qui ont lâché, desespérément, quand le corps est entré en terre samedi, aux alentours de midi.

Le soleil comme le silence, de plomb - et les coeurs, au milieu des croix dans cette allée du cimetière Saint Vincent à Carcassonne. Un été tout en mensonge, et des vacances en trop, le mois d'août pesait si lourd dans l'obscène de la peine. Le tombeau ouvert en appelait à tous, et tous semblaient avoir répondu, déjà tout leur être emporté dans ce néant ; il n'y avait plus que les corps dans l'automatisme biologique, derrière le crêpe noir. Et les graviers crissant sous les chaussures.
Du vivant qui perlait encore au coin des yeux des endeuillés, ou qui se retenait, un peu, parce que ce ne serait pas assez d'une larme. Le verbe du Livre dans la bouche du prêtre était sans doute au plus près de la terrible réalité : l'immensité du plus rien. C'est là que nous étions tous, les proches parmi les proches, autour du cercueil de bois rouge, autour de notre ami, de notre fils, de notre frère, de notre amour, de celui qui n'était plus qu'une déchirure hurlante, qu'une plaie béante dans nos chairs et nos demains. Nono, Nono le Hool's.

Un nom gravé dans les reflets de ciel sur la plaque de laiton poli, le signifiant d'un corps qui maintenant s'enfonçait dans les ténébreuses profondeurs de marbre et de jamais. Les mots étaient dépassés, ruinés ; c'est le cri qui explosa en Carrie. Un cri de si loin, puis les éclats de sanglots, partout, sur tout. On dut la retenir de justesse quand elle tenta soudain de se jeter dans la fosse, de partir elle aussi - elle n'était déjà plus là. Quelques-uns la soutinrent et l'amenèrent un peu à l'écart, qu'elle puisse enfin se calmer, revenir parmi nous, émerger un tant soit peu du gouffre de douleurs dans lequel elle était tombée.
Un paparazzi profita de ce moment de désordre pour se risquer hors de la planque que lui procurait une grandiloquente sépulture de famille bourgeoise. L'occasion était trop belle, de quoi shooter plus à l'aise, la belle scène en supplément. La détresse de Carrie n'empêcha pas certains dont moi-même de le voir agiter frénétiquement son zoom à l'autre bout du cimetière et rapidement nous lui tombâmes sur le coin de la gueule, pour le laisser partir quelques dents déchaussées et un nez cassé plus tard, son appareil photo en miettes abandonné au pied d'une Vierge Marie en porcelaine peinte. Ce n'était ni le lieu, ni le moment pour s'y attarder plus longuement, ce bâtard avait suffisamment perturbé la cérémonie, outrageusement piétiné notre douleur en en rajoutant dans l'ignominie, comme si cela ne suffisait pas comme ça. Il ne perdra rien pour attendre, nous saurons nous occuper de lui quand il en sera temps.
Ce dernier évènement ne fit rien pour arranger la crise de Carrie, qui ne contenait plus rien, elle n'était plus que souffrances - et si nous autres gardions notre sang froid, c'est que Carrie portait par elle tous nos hurlements, toutes les écorchures de nos âmes. Elle était l'expression de notre insondable affliction, ce cri par lequel nous essayions tous de surnager dans cet océan de manque, dans cette mutilation du coeur, une tentative de souffle par le dechirement. Elle fut emportée sur le parking, quelque part où ça pue moins le crevé, et l'injustice - là où il y a les machines automobiles.
L'écorchure était maintenant signifiée dans l'assemblée, l'adieu avait été prononcé, à elles, à eux, à moi de recouvrir le cercueil d'une rose blanche. Et puis aux employés municipaux de sceller la pierre. Et tout le reste, l'immense reste - mais cela n'appartient plus qu'à chacun. Le compte rendu s'arrête ici.

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Lundi en début de journée, des amis toulousains rentrant chez eux me conduisent jusqu'à l'aéroport de Blagnac, où m'attend le vol Air France 7787 à destination de Paris Charles de Gaulle.
Je fais ce voyage en compagnie d'Emma. Nono et elle s'étaient rencontrés quelques semaines auparavant, par le plus grand des hasards, à Coney Island. Elle était venue avec une chaine de télévision enregistrer une de ses chansons. Emma est une jeune chanteuse française en vogue dans son pays, certains disent un produit préfabriqué de la télé-réalité, et même elle le reconnaît. Une rencontre improbable, autant pour l'un que pour l'autre, et pourtant. Alors qu'elle faisait une pause entre deux tournages, un peu à l'écart sur la jetée, il lui avait adressé la parole pour une raison futile, en Anglais, et puis s'étaient rendus compte de leur accent frenchie. Le lieu leur a fait évoquer la chanson de Lou Reed, c'est ça qui a tout fait basculer. Elle a prolongé son séjour pour lui et est devenue rapidement sa maîtresse. Une liaison qui était encore inconnue de beaucoup, même de leurs amis proches : il était inutile de tout pourrir par le médiocre des tabloïds.
Nous avons reparlé de l'incident de samedi, de ce paparazzi aussi là pour la présence d'Emma aux funérailles - et elle se sentait un peu responsable, même si de toute évidence elle n'y était pour rien. Nous nous sommes interrogés sur la source de la fuite, l'heure et le lieu de la cérémonie avaient été tenus secrets, seulement connus par les plus intimes du défunt - et tous étaient des gens de confiance. Le mystère restait entier. Et c'est tout ce dont nous avons parlé, Emma était vraiment bouleversée, elle avait tenu courageusement jusque là. C'est à l'arrivée au terminal 2F qu'elle s'est effondrée en larmes dans mes bras. Puis elle m'a laissé ses coordonnées, pour la suite de l'affaire, pour mon enquête, et aussi pour tirer cette histoire de photographe au clair. Elle est partie dans un taxi Mercedes, j'ai été attendre ma correspondance.

08:50 pm, JFK, terminal 1, vol Air France #008 en provenance de Paris Charles de Gaulle - me voici de retour sur le sol américain, celui-là même qui a vu couler le sang de mon ami. Deux jet lags et un triple whisky dans la gueule me feront m'écrouler de sommeil, juste après avoir appelé Carrie, pour la remercier pour l'appartement. Elle a encore pleuré.

Christian M.