nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
vendredi 17 juin 2005

Laisse Autant Le Vent Tout Emporter

Mais qui es-tu à craindre mon malheur
Quand as-tu vu si triste bonheur(...)
Mais qui es-tu à craindre mon bonheur
Quand as-tu vu si heureux malheur

[LES BREASTFEEDERS, "Laisse Autant Le Vent Tout Emporter"]
jeudi 16 juin 2005

Quod Ab Omnibus (L'Aventure Moderne)

La ligne de bus Tisséo 66, ma route à moi le Jack Kerouac des transports en commun, arrive à son bout. Terminus, correspondance. Dix-sept, et quelques-uns à passer devant Air France Industries : des musulmanes et leurs gamins, des lycéennes et leurs lycéens, ma poitrine habillée et son badge Curlee Wurlee.
Il en est des possibles, des ailleurs et des morts ; il ne se passera pourtant rien. Le Conseil Général paye ma nourriture et mes déplacements, ma survie et mes amours. Littérature au revenu minimum, prière d'insérer. Profond.
mercredi 15 juin 2005

Dialectique Du Maître Et De l'Esclave

(Théâtre de Marionnettes)
Je regarde, en bas la dressée, et dis :
- Que me veux-tu mon sexe ?
- Une femme !
- Mais tu m'as déjà homme...
- Et ton cul, le vois-tu ?
- Quel langage !
- Tu me surveilles ? Qui l'eût cru !
- Reste poli mon chinois !
- Oh oui ! Oh oui ! Polis-moi ! Polis-moi !
- Tu es trop honnête, ça va te jouer des tours.
- Des tours de con, le doux manège !
- Tu n'as que ça en tête, ma parole !
- Une tête de gland, mon beau parleur !
- Toujours le dernier mot...
- La dernière goutte pour le slip, c'est moi !
- Et moi ?
- Tais-toi !
- Comment oses-tu ?
- et toi, comment n'oses-tu pas ?
- Ah si j'osais...
- Et bien ? Et bien ?
- Mais j'ai trop peur du mal...
- Pour te faire du bien !
- ... que ta mort me ferait.
- Que ma vie te donne !
- Il est temps de couper court...
- Coupons ! Coupons ! Petit Patapon !
- ... avant qu'il ne soit trop tard.
- Comme d'habitude...
- Quelle obsession !
- Bourreau des coeurs !
- Perceur de culs !
- Tords-moi le cou !
- Bonjour chez vous...
- Bonjour ! Bonjour !
(Cri des enfants - Guignol ! Guignol !)
mardi 14 juin 2005

Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Vivent ?

Je tire sur ma clope : Feu ! Puis la fumée, bien sûr. Pour les fusillés, on attendra un peu, peut-être la prochaine révolution à passer. Pour le moment je reste à faire corps, de sang et d'eau, contenus. Je regarde par la fenêtre les murs de la cour et leurs ouvertures, la vie dedans que l'on devine. Et la mort qui me ronge, au fond, aussi. Je pense à la machine devant les immeubles de béton, à un au-delà de la fabrication. Je rêve à l'après de la biologie, dans la douce nuit électrique. A la paix de l'âme cybernétique. Le tabac continue de griller, jusqu'au creux de ma poitrine, mes canalisations intimes. Le tendre incendie, la belle impression que quelque chose s'accélère, fonce vers sa fin. Quelque chose de plus tôt. Et je souris.
En bas des escaliers, on entend un cri de bébé : tristement je sais, que je n'en ai pas fini de baiser.

Ci-Gît

Mardi matin, un peu tard ; j'ai traîné au lit, pas vraiment fatigué. Couché, juste couché. Comme depuis long, comme de plus en plus, jusque dans l'arrogance éthylique des bars le samedi soir. Même. L'illusion s'épuise, et moi couché.
lundi 13 juin 2005

L'Infamie de l'Ombilic

Que crèvent la Terre et ses enfants, les animaux. Nature, mère lâche et indigne. Salope. Je te hais et te conchie : c'est la fonction que tu m'as assignée. La transformation de toi en toi, de moi en moi, la merde recyclée, la vie et sa magie. Le cannibalisme incestueux. Nous ne sommes que les filles et les fils des excréments, des cadavres décomposés. Nous baisons nos morts avant de les manger, la jouissance dans l'Eucharistie fécale. L'injonction. Les dents.
Crève ma mère, crève. Comme tes enfants, les animaux, dans leur interminable fin, le lent pourrissement de la perpétuation de l'espèce. Comme mes soeurs et mes frères, talkin' 'bout my degeneration. L'existence seulement comme la justification des moyens, la bassesse de l'instinct, la survie. Le diktat d'un corps débile, dans la fierté de l'être. Le charognage célébré. L'avènement de l'Homme.
Crève minable salope, crève. Avec tes enfants, les animaux, moi. Crève vraiment, assume-toi enfin. Au-delà des impératifs biologiques, dans la conséquence épuisée du métabolisme. Loin de l'ersatz manufacturé, la pâle copie, notre filiation. Que plus rien ne continue, que tout commence alors. Ailleurs. Par le néant, libérateur. Le dépassement de l'Homme.
Crève la salope, enfant de la Terre, crève ta mère. Tue l'animal, réfute ta nature. Radical. Invente-toi, toi maintenant l'inexistant raffiné. N'agis plus mais parle. Ne sois plus mais parais. Règne sur le chaos, le désordre nouveau, dans la modernité. Ton annihilation, l'ultime insoumission. Bien après la réalité, libère-toi par l'abstrait. Par la fabrique du meurtre. Oublie la chose, ne sois plus que réprésentation. Synthétique. Deviens Le plastique, l'esthétique. Deviens la littérature. Détruis.
dimanche 12 juin 2005

Edition Spéciale

Les otages libérés :
tu vois mon âme, que tout a une fin.
samedi 11 juin 2005

Discours de la Méthode Assimil

Le fruit caresse tes yeux
Sa peau soleil et sa chair
L'envie

Mouillent ton palais

Tu le portes à ta bouche
Le jus jaillissant
Enfin

Remplit ta gueule

Mastication agitation mandibulaire
Déglutition dissolution enzymatique

Le désir : phénomène digestif

Tout doit disparaître
Au bout des intestins
Et des lettres d'amour

(Dans la pestilence des âmes mortes
reviendra la faim)
vendredi 10 juin 2005

Cold Wave Surf

La vie comme la lame tranchante d'un abysse d'amour. Le sexe coule un souvenir de sang, et un passé qui aurait pu faire croire en lui-même. Maintenant je chiale et je dors et j'écris : une ligne de basse, les jours qui se passent. Rythmique. Onde froide. Le mid-tempo fluvial du lit.
Bien sûr il y eut quelques arrêtés, et peut-être encore bientôt. Bien sûr. Des rives et un pont ; des justifications et une localisation. Des mots du coeur (et les yeux, les yeux !), la main de ta soeur et le zouave fait amoureux. Une culotte et des couleurs, le bleu.
Bien sûr. Ca ressemblait à du vrai, et peut-être que ça l'était dans le sec de la ville. Le marinier se voyait déjà capitaine (plus tard, bien plus tard, j'en ai acheté la casquette). Et puis l'embarquement, et puis la nuit d'automne, et puis le soir de janvier. Echoué, naufragé. Je sens la marée, je pue des traversées - planté dans la terre cependant. Je n'ai plus qu'à ronger ma racine, celle bien ancrée dans tes hauts-fonds pourrissants, et m'en aller emporté par n'importe quelle mer putain.
Il n'est pourtant plus de grands vents, fi des rêves de tempêtes ou d'ouragans tropicaux. Que la banquise qui quelquefois se détache. La flottaison, et la ligne de basse. Rythmique. Onde froide. Je chiale et je dors et j'écris - que je chiale et que je dors et que j'écris. Je me nourris de moi-même, sur mon radeau de phallus, je me digère, je m'assimile, je me fonds. Je me fais art - un rapport au monde de son loisir inexorable.
Je goûte désormais à la croisière au long cours, en vacancier. Il n'y a rien à faire, ni à désirer. Je suis emporté, errant par le voyage organisé. Comme les copains et les hommes d'équipage. Comme les animaux marins et les ordures des cargos. Il ne reste qu'à suivre le courant, après la source, après les monts, après les plaines, après les bras rivières, après l'embouchure qui dégueule, après l'océan qui ravale, après l'après. Toujours après. Et loin, où toutes les histoires viennent se noyer, inéluctablement et à jamais. Là-bas, où je t'attendrai, un verre à la main.
jeudi 9 juin 2005

Prochain Arrêt

Ligne 66, 9 heures.
Le soleil découpe en ombres sur mon bras droit le lettrage de la vitre. Un envers retourné, et pas tout à fait : (ISSUE DE) SECOURS.
- Va bosser, branleur !