nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
mercredi 8 juin 2005

Marina Et French Riviera (billet retour)

François Weyergans me tombe des mains, mes yeux glissent en sommeil. De la littérature au Réel : le rêve (extrait).

Casper The Friendly Ghost
De ce vieux manoir hanté, je m'échappe par la nuit avec mon vieil ami du dessin animé. La diligence motorisée aura du mal à démarrer, nous le savons. Mais imaginer la manoeuvre suffit à la rendre effective et déjà, nous sommes dans le jour du dehors. En fuite.

Speeding Motorcycle
La pente est acérée, les virages si serrés, trop. A tombeau ouvert nous sauvons notre peau, moi et mon vieil ami du dessin animé. Le jeu est impossible et pourtant : nous fonçons à une vitesse incontrôlée en même temps que nous restons figés dans l'immobilité. La terreur et l'angoisse. Le vertige, infini. Le mouvement et la couleur.

Et d'autres détails, bien plus importants.
Retour à la littérature, à l'existence, au milieu de l'après-midi, à mon sexe à demi bandant dessous le 501 - sur le canapé. Le téléphone sonne, trop tard. Une clope et je me réveille un peu : j'écris ce billet. Un café et je me réveille entier. Je m'arrange des exigences biologiques, je suis une possibilité.

Love Not Dead

And so I'll dream of her
For a thousand years
Until I see another girl

[DANIEL JOHNSTON, "Love Not Dead"]

Marina Et French Riviera (invitation au voyage)

Je repose au milieu des choses
dans le silence des voix,
sur mon séant annihilé
et les issues bouchées
je jouis en sécurité :

J'ai le bonheur
occidental
et le voyage
organisé.

Tout baigne
dans l'ordre et la
paix,

la mort comme un
été

- comptant.
mardi 7 juin 2005

Sérénade

Lardez-moi de cris et de bruits
Retirez les mots de ma gueule
Brisez la chienne que je suis
Maîtresse, cassez-moi la queue

Et caressez
Le délicieux aveu
Du cyclope envieux
Au coeur fessier

Maîtresse, ouvrez-moi en deux
Le ventre juteux comme un fruit
Retirez les mots de ma gueule
Lardez-moi de cris et de bruits

I Wanna Be Your Dog

And now I'm ready to feel your hand
And lose my heart on the burning sands

[THE STOOGES, "I wanna Be Your Dog"]
lundi 6 juin 2005

Pas de Danse

Les vagins cicatrisés
de mon ventre et mes bras,
monuments aux morts
de ton ventre et tes bras

Le coeur : touché
le corps : coulant
sonné, hurlant
la larme du

sang

Toi,

tu es
restée de côté
en arrêt

quand tout continuait
quand tout continuait

Ce n'était que de l'amour
et rien

d'autre.
dimanche 5 juin 2005

Rythme Moderne

Une cigarette après
l'autre, tenir
jusqu'au mégot

debout
- ou tout comme

en bouts
de quelques choses

après la violence
- les épisodes

Une cigarette après
l'autre, vivre
de cendres.
samedi 4 juin 2005

Der Steppenwolf

Dans la ville un troupeau :
le même t-shirt, le même bermuda, le même chapeau
rigolo.
Encore
des joueurs ou des supporters
de je ne sais quel
sport collectif.

Ils crient et rient :
Ils savent bien que l'union
fait la force pour
que le ridicule ne puisse tuer.
Ils savent
bien.

Immortels.

(Je retourne dans mon antre,
mon amour me manque)
vendredi 3 juin 2005

Zoologie 2

Un milieu de nuit à suivre une foule, jusqu'au bar et ses bières, pour éponger la menue monnaie du fond des poches. Les médicaments et l'alcool s'accoupleront à coup sûr en une terrible migraine mais qu'importe, puisque ce sera pour plus tard. Maintenant c'est de l'eau et du feu, minables, pas les grandes douleurs. Que l'ennui, et c'est comme du repos, du répit.
Le lieu est rempli - un mensonge, on me parle alors. Et ce type qui tente désespérément de se débarrasser d'un militant socialiste rescapé des années 80 : boucle d'oreille, chemise jazzy et costard flottant. Et cette paraplégique qui vient comme les copains cotiser au destin cancer, en me tapant une clope. Et cette fille éthylique qui me raconte en boucle et en long les mêmes litanies qu'il y a un mois. Et le reste, dans le temps qui coule, dans les verres. Et moi, en corps.
Un chien a suivi sa maîtresse dans ce temple à l'humain, couché au milieu des sacrifices. L'oeil à l'affût de tout et de tous, dans les mots et la musique - dans la civilisation, gueulante. Il est avec sa meute, avec ceux qu'il croit semblables mais qu'il ne comprend pas. C'est pourtant la méprise qui fait remuer sa queue, et justifier l'étant.
Je ronge mon os, me situant dans le monde. Je suis ce chien vautré dans l'existence de l'Autre.
jeudi 2 juin 2005

France, 2 Juin 2005

Le bus.
Un noir déglingué me tape 20 centimes et retourne voir son déjà vieux copain :
- T'es un voleur, gitan ! Combien ça coûte deux bouteilles ?

La rue.
Un sans-abri alcoolisé délire bruyamment sous le porche d'une résidence :
- C'est pas les individus qu'on appuie ! Non !

Je pointe ma gueule et ma dette chez les huissiers, 30 euros en poche et la defaite au comptant. C'est déjà ça : le capitalisme nous aime reconnaissants.