nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
mardi 3 janvier 2006

De la neige sur l'écran

Bande son du billet :

Le café fumant et la clope à l'unisson, je me réveille avec le reste de la ville. Et déjà je plonge ma gueule dans l'écran du personal computer, les yeux dans les mots écrits la veille. Je relis le dernier texte, Summertime, et me dis que c'est moins catastrophique que ce que j'imaginais, hier soir au coucher. La construction semble tenir, debout peut-être, même si les derniers paragraphes respirent le bâclé, le pressé d'en finir. On mettra ça sur le compte de la fatigue d'un week-end de fête, et les heures gaspillées dans le train. Pour le style, c'est moins certain ; pour le style il n'y a pas d'excuse, jamais. Il subsiste la tentative toutefois, du geste et ça fait du beau. Il subsiste la tentative, l'objet même de ce blog ; la mise en scène de l'avant-show, les coups d'essai comme des coups d'éclat. La tentative, et c'est au moins ça. Pour le reste, il y aura les sunlights et le make-up, les effets de caméra et la salle de montage. Pour le reste, il y aura le temps, venu ; pour le moment, l'action est backstage. Making of, des souvenirs pour l'avenir - des promesses et des rêves en sourire, des lettres d'amour.

Nono le Hool's écrase sa cigarette achevée et en rallume une autre aussitôt. Une dernière relecture, rapide, puis il quitte son clavier pour la fenêtre. Le regard vers le dehors maintenant : les murs de béton délavés, la lumière électrique dans quelques appartements voisins, et les containers de poubelles en bas. Une neige hésitante s'écrase dans la cour sans conviction, tellement qu'on la prendrait pour de la pluie. Un bout de Brooklyn dans le morne soleil voilé d'un matin de janvier, un bout de vie aux couleurs abandonnées. Sur la stéréo, un air de cool jazz vient parfaire le tout : les volutes de tabac d'une scène en noir et blanc d'un vieux polar américain des années 50. Dans la solitude de l'instant, dans l'image revendiquée et la posture assumée, Nono le Hool's se sent comme bien, jusqu'à couler une larme pour les amours perdues. Il est une représentation, un possible alors.

lundi 2 janvier 2006

SUMMERTIME

(and the livin’ is easy)

Le coeur de l'après-midi dégouline d'une pluie glaciale. Un temps d'hiver, never mind ! Sauf que c'est lui qui raccompagne Nono le Hool's dans le Brooklyn de 2006, achevant par là le travail de destruction massive du cheveu largement entamé par la fin d'année fêtée sur les terres et dans les verres du Nebraska. Il faut bien qu'il les aime ses amis pour endurer tout ça (la coiffure ruinée, et le Nebraska). Toujours l'amour à l'origine des tragédies - Nono en sera quitte pour un shampooing sur le champ, redonner comme de l'humanité aux poils de la bête. The same old story, écrite partout, tout le temps. Il pleut ce lundi 2 janvier.
Presque trois jours d'absence et le froid en a foutu partout dans l'appartement. Le vieux sac de toile beige se jette dans un coin du living ; le grand manteau gris s'en va sécher échoué de tout son long sur le dos d'un fauteuil. Nono tire de son veston une édition de poche de "Leviathan" de Paul Auster, son compagnon de voyage de ces dernières heures, une arme de poing pour la traversée des réserves de rednecks. L'odyssée by Amtrak. Mais l'agression est venue de l'intérieur du wagon, l'ennemi était les passagers d'à côté, les plus proches voisins : deux jeunes types dans le vent et une fille encore plus jeune et encore plus aérée. Ca soufflait fort entre les Rocheuses et le Missouri. Un a demandé à elle si elle connaissait les Sex Pistols, la réponse : "Les quoi ?" Même Ben Laden n'aurait pas osé ! Les USA allait connaître un nouveau drame ! l'Occident tout entier même ! Mais à la question suivante, sur Led Zeppelin, la réplique de la pauvre âme fut identique. Elle était alors pardonnée, son péché racheté, et la civilisation sauvée. Nono put alors continuer à se planquer dans sa lecture, à l'abri du reste le plus possible. Il n'a pas eu besoin d'intervenir dans le monde et les foudres divines, et c'était tant mieux. Il est un célèbre écrivain américain, pas un grand Satan. A chacun sa place, avec son prix à payer - la surtaxe pour la réservation sur le billet l'attestait, tout comme le putain de torticolis qui rappelait à Nono qu'elle est douloureuse la position à côté des autres, même (et surtout ?) le nez dans le roman.
La tension est largement redescendue et la nuque dès lors décoincée maintenant qu'il est revenu dans son antre, un deux-pièces avec fenêtres sur cour qu'il prend pour un manoir sur la lande. Retour à la normale donc. Un passage à la cuisine pour trouver de quoi se réchauffer la tripe pendant que le PC s'allume et se charge : plus de café, une virée chez le coréen avant la fin de la journée s'impose. Pour le moment un thé vanille fera l'affaire. Une clope aussi. La compagnie du câble est prête à envoyer les dernières nouvelles de la planète. Nono relève d'abord ses mails : autant pour lui souhaiter une bonne année que pour lui dire qu'il est grand temps de se faire rallonger la bite - pourquoi croire les uns et pas les autres ? Il lance maintenant Firefox pour la tournée de ses blogs favoris. Il y lit entre autres que Sush' va s'atteler encore plus ardemment à l'adaptation hollywoodienne de sa vie d'Ally McBeal parisienne, pour qu'enfin cette fois la copie asiatique dépasse l'original, ou que NO confirme ce qu'elle lui avait annoncé par SMS la veille, à savoir quelques mois d'initiales de sa vie désormais en projet de transformation littéraire. Il y lit comme des professions de foi, des rêves et des envies qui sont écrits bien avant que l'on y croit vraiment, et qui un jour à force de mots s'imposent en évidence, là comme de toujours. Il écrase sa cigarette agonisante, direction la salle de bain.
Sous l'eau bruyante et le savon, il repense à ces attentats dans le mesquin, à ces guérilléras et leurs manifestes de vérité contre le réel. La serviette éponge et puis un autre son : le sèche-cheveux. Aussi à quand dans le petit et le laid de sa nature humaine (sa fraternité) il pressentait un ailleurs déjà ici. Un coup de peigne et les frusques à nouveau. A quand il revendiquait le cri de Vaquette, d'être grand et beau. Le manteau encore humide et la rue. A quand il aimait plus fort que ce qu'il n'aurait jamais cru. Le coréen, deux surgelés et du café, puis quelques dollars. A quand il n'était pas encore un célèbre écrivain américain mais qu'il savait qu'il ne pouvait (devait ?) en être autrement. La cour et l'escalier encore. A quand demain se confondait avec aujourd'hui.
Nono le Hool's rentré chez lui dépose il ne sait où le sac marron de ses maigres courses, sa pelisse détrempée à l'avenant, la machine biologique en pilote automatique : à la traîne elle suit ses idées déjà bien devant. Alors le bureau et le traitement de texte, presqu'en urgence. Dans cet appartement de Brooklyn où le chaud électrique reprend petit à petit ses droits, dans le silence et l'obscurité d'un jour de janvier 2006, quelques cliquetis soutenus du clavier d'un ordinateur personnel. D'abord un titre, puis une phrase, et la suite :

SUMMERTIME (and the livin’ is easy)

Le coeur de l'après-midi dégouline d'une pluie glaciale. Un temps d'hiver,


vendredi 30 décembre 2005

Shalom Alechem

Religious conservatives are threatening lawsuits and boycotts to insist that store clerks and advertisements say "Merry Christmas."
http://www.cnn.com/2005/US/12/18/christmas.holiday.reut/

Season's greetings - je me suis encore vautré dans une fin de matinée à 38°F. Qui ne tente rien n'a rien : je réussirai bien un jour à faire des couilles gelées une spécialité de Noël, du moins de ce coté nouveau du monde, dans la patrie des pionniers. J'ai l'esprit d'entreprise, et les couilles gelées.

Et partout ça baffre. Partout ou presque : sur les terres du fils de Celui qui a inventé le verbe. Ca se remplit, l'Homme. Ca joue des trous. Dans un sens comme dans l'autre. Ca négocie, l'Homme. Ca fête Thanksgiving, et puis Noël, et puis la nouvelle année. Et ça recommence. La vie se répète mais jamais ne vient la générale. Et partout ça baffre, ça joue des trous. Sans unique.
Au pas marchent et machent les mandibules, c'est l'Histoire. Et puis ça chie. Partout, ou presque : sur les terres du fils de Celui qui a inventé le verbe. Ca se remplit, l'Homme. Ca joue des trous. Dans un sens comme dans l'autre. Ca s'enrichit, l'Homme. Ca fait des tas, de graisse, de merde, peut-être des histoires. Ca se résume surtout.

J'ai la gerbe.

J'ai la gerbe mais je ne rendrai rien : la littérature est mon capital. Je la place, je me place. Petit à petit, le mal grandit. Et là où ça baffre (partout), je me saoule d'alcool (ou presque). Je paie comptant, en liquide ; j'écoule la chair. J'avale mes mots, je mange mes morts. Je pose mais ne retiens, je revendique le cadavérique. Je ne répète pas, je ressasse. Je pose et ça me tient. Debout, je chie dans vos bottes : moi aussi paré pour le concours du plus beau caca de Noël. Et ça fait des étincelles dans les yeux des enfants. Vous voyez, que je m'en viens jouer avec vous, que je ne reste pas dans mon coin, hautain. Seulement moi, je ne m'accroupis pas. Debout, je chie dans vos bottes. De trop je les ai assimilées les règles, maintenant debout et dans vos bottes.
Du foin, voilà bien la dernière chose qu'il me reste à faire, et vous à vous en baffrer. Allez, foutez-vous en jusque là et même plus, c'est moi qui régale ! Faites-moi du blé, que j'en distille de la vodka. Et du Tonic avec une rondelle de citron. Moi ! Je ne bois pas dans le mensonge du festif, je cherche l'anéantissement : d'une paire transformée en rayonnement, l'annihilation - la noblesse des particules. Je tente la dématérialisation. Je mets le corps minable et je jouis de l'oubli, je me sens au-delà du vivant dès lors, au coeur de l'humain : là où il n'y a plus rien.

Je vis par le trou quand d'autres vivent par le cloaque.

Je sais qu'il viendra le pognon. Que je le veuille ou non, et je le veux, bien sûr. Je sais qu'il viendra le pognon, parce qu'on paie toujours pour ne pas voir ce que l'on dit vouloir regarder - si l'on glisse encore et encore une pièce dans la fente du peep-show, si l'on fait remonter encore et encore le volet mécanique c'est bien pour quand il se refermera.
J'ouvre ma gueule, je cherche la merde : alors je sais qu'il viendra le pognon. Ca aime les histoires sans queue ni tête, l'Homme. Partout, ou presque.
Alors allez-y : baffrez ! Baffrez ! Encore ! Et encore ! Faites-moi du pognon, justifiez-vous et payez-moi. Qu'enfin je vous doive quelque chose : foutez-moi dans la merde. Vraiment. Je vous ferai chier aussi longtemps qu'il le faudra. Vous voyez que nous nous sommes bien trouvés, vous et moi : vous baffrez et je cause, la politesse est sauve. Je préserve votre confort, et vous me garantissez l'héroïsme. Ca joue des trous, l'Homme. Dans un sens et par l'autre, et réciproquement.

En vous remerciant.

Je n'ai pas faim mais la gerbe, que de l'amour et une arme de fabrication française. L'éclat du noir d'un MR 73 comme pour me rappeler encore le bleu des yeux de ma lolita, le bleu qu'aucune chatte au monde ne pourra jamais noyer. Un .38 spécial au milieu de l'animalité. J'ai des idées.

Et les couilles gelées.


Brooklyn 12/28/2005


jeudi 22 décembre 2005

Comptes de Noël

Je me suis gelé les couilles dans le petit matin sur la 6ème avenue. Je sais même pas ce que je suis allé foutre là-bas, à pied de surcroît. Le tromé n'aurait pas été en grève, je ne serai même pas sorti. Je serai resté dans le chaud de la 10ème clope du 3ème café accoudé à ma table de travail à glander. Du merisier, c'est mieux que des couilles gelées. Sauf pour la littérature, alors il y a eu la 6ème avenue et puis un café sans clope dans un boui-boui de la 49ème rue. J'ai attendu, peut-être plus d'humains à marcher vers les fêtes de fin d'année ; moi j'ai tracé vers le premier bookshop pécho "Martin Eden". Je ne l'ai pas encore lu, c'est dire s'il est temps - et effectivement je crois qu'il est le moment. Je l'ai rangé dans une poche intérieure de mon manteau (pas du côté du coeur), la même d'où j'avais sorti les $14.00 en papier monnaie qu'il disait valoir. Quatorze billets pour 480 pages, il n'y a pas à chier, il y a de la magie dans l'économie de marché. J'ai rejoué l'illustration verdâtre de la couvrante en repassant au-dessus de l'East River, le tableau était complet : mes orphelines n'étaient plus seules, moi entier maintenant glacé jusqu'à l'os.

Demain j'irai ramener ma fraise dans le New Jersey. Il me faut un flingue, j'ai envie d'être amoureux pour Noël.
mardi 20 décembre 2005

émondage-remontage

donne-moi l'air suffisant
au fond de l'oeil qu'il
ne coule plus trop le
noeud noyé du problème

&

pends-moi à ton
cou là serre mes bras
comme si de la
chair au rabais
(qu'importe)
étranglait l'étrange
être ange étranger
(sang foutre)

@

serre-toi au chaud
lacère-moi à quelque
chose si ce n'est
à quelqu' (un)


lundi 19 décembre 2005

Division d'Honneur

Ci-dessous est reproduit le texte de présentation de la page web de Division d'Honneur [LIEN], mon nouveau groupe de punk rock. Les chansons citées là ("Hollywood, France", "Prière à Marie", "Personne", "Cyber Dandy Punk Rock") et d'autres auront leurs paroles publiées sur ce blog dès qu'elles seront complètement achevées.

Toulouse, ville rose. Et pourtant : septembre 2005, Division d'Honneur encrasse d'électricité les murs sourds d'un local de répétition en location. Premiers sons autour de quelques historiques : "Je m'emmerde" des Rats, "7h23" des Cadavres ou "Sacrée revanche" d'OTH. A ces reprises en guise d'avertissement s'enchainent rapidement les compos originales. Du punk rock, des fondations en béton fissuré mais armé sur lesquelles viennent s'échouer cassés des textes francophones comme des bouts de vie pas finie. Des chroniques d'un quotidien fatigué qui ne tient plus que par les nerfs - des Gibson sur des Marshall, et des mots. Du punk rock, ce qu'il reste au fond du verre tard au bar ("Hollywood, France"), quelque chose qui se voudrait de l'amour ("Prière à Marie"), de l'amour qui se voudrait quelque chose ("Personne"), une baston pour le geste quand il n'y a plus que ça pour un peu de beau ("Cyber Dandy Punk Rock"). Du punk rock, simplement, comme on tire ses dernières cartouches, celles qui font le plus mal.


Je m'emmerde

"J'aurai dû naître retraité
Et jouer aux boules toute la journée
Avec celles que j'ai dans le gosier
Crois-moi que je vais bien m'amuser"

[LES RATS, "Je m'Emmerde"]
samedi 17 décembre 2005

REM *** titre ***

Les vacances d'hiver sont :
10 des giga-octets libres pour la mémoire morte
20 la chaleur d'un corps aimé ailleurs
30 de la neige sur l'écran, perinde ac cadaver
] CLEAR_

mardi 13 décembre 2005

Star Academy

Mon amour,
C'est ailleurs que j'écris en ce moment. Une nouvelle que je donnerai pour donner des miennes au papier, et des chansons. De l'encre et de la sueur, la transformation du sang et des larmes. That's Rock'n'Roll, my honey sweet. De la littérature à imprimer, que ça ressemble un peu plus à une lettre d'amour ; de la littérature à électrifier, que ça ressemble un peu moins à un coup de fil de rupture. Sur la corde raide, je bande pour toi.
C'est ailleurs que j'écris en ce moment, comme depuis ici. J'écris les jours d'avant, une veille dans la nuit. Pour quand tu viendras au matin, avec le soleil et le journal. J'écris les gueulantes de demain. J'organise le monde, rien que pour que tu sois bien quand tu seras dans mes bras - le monde, rien que pour toi. Et alors pour moi. Bien et mieux, le meilleur.
C'est ailleurs que j'écris en ce moment, là où il y aura tellement de bruits et de lumières que je n'aurai plus peur. Je me fais beau en prévision du grand bal. Je maquille des mots. Et phrase après phrase je m'applique à monter là où tu habites : au pays des étoiles. C'est ailleurs que j'écris ici, une vie.

And this is just another punk song
And this is just a love song


Dance With Me

"Heart and soul
Baby there is no goal
Turn the lights on bright
You're a rock and roll star
(...)
Baby come dance with me
Baby come dance with me
On tv at the tv station"

[ADAM GREEN, "Dance With Me"]