nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
dimanche 4 décembre 2005

NRA My Love


Le chaud
et le froid
de l'arme
dans l'acier
trempé
du rouge
de ton
entrejambe
pleurent
d'une balle
sans cible
et moi
qui ne tire
que pour
la peau.


A l'évidence
Donne-moi

Un flingue un flingue un flingue pour te baiser honey
Un flingue un flingue un flingue que tu viennes pour toujours
Qu'en rafale tu ravales le foutre comme un amour
Mon amour mon amour que tu crèves dans mon lit

A l'évidence
Rends-toi


6.35, le temps compté
6.35, qui a payé ?

samedi 26 novembre 2005

Patrick Dewaere

Je me fais sauter le caisson comme on écrit de la littérature. Entre les lèvres d'une fille où ça coule des mots partout, les jours ont des nuits. Et c'est du cinéma.

"Lili aime-moi",
Bang le Vladimir !

Avec des soirs aussi.
Ta main était sur moi la course de ton sourire ; et puis au bout des heures que les autres avaient désertées ta bouche m'a rattrapé. Enfin. Entre-temps quelques paroles, l'air de tout. Je t'ai respirée, sniffée à m'en faire péter les veines. Le noir de tes cheveux, la si bonne came ma marocaine - Un hémisphère dans une chevelure. Plus rien alors que la poésie. Infinie. Un goût du dedans de toi.

Avec des matins aussi.
Dans la grisaille de bientôt l'hiver, le regret d'avoir dormi parce que c'était maintenant un peu comme une vie qui s'arrêtait : alors nous nous sommes dit que peut-être. Au revoir.

"Je n'ai pas d'orgueil
Les héros seront morts
Mais pas moi"

Ou alors toute la planète.

[Extérieur nuit]

Parce que ce n'était même plus peut-être,
Je suis entré dans ce bar déjà bien saoûl ;
Parce que ce n'était même plus peut-être,
Tu n'aurais pas dû y être.

[Flashback]

Et tes mots et tes gestes qui
Entre-temps
Avaient raconté tout et n'importe quoi,
En même temps
Presque.

[Caméra épaule]

Un autre samedi, un d'avant, dans un autre troquet, un d'ailleurs, je t'avais promis un New York tout à détruire, et puis tout à reconstruire - une chanson à réinventer, tu le valais. J'ai fait avec les moyens du bord, en catastrophe. Toi dans l'autre salle à te demander connement pourquoi je ne t'avais pas saluée, moi près de la porte des chiottes (et du petit escalier) à écluser connement verre sur rage. Jusqu'à ce que tu entendes des filles crier : c'étaient les bobos d'à côté qui avaient morflés. Des coups et des hurlements, après ma provocation insistante jusqu'au bras droit tendu - ces connards ne voulaient pas le baston (les connards !). Des coups et des hurlements, enfin le romanesque. Le minable prenait des airs d'oeuvre d'art.

[Doublage cascadeurs]

Toi et moi on s'est engueulés aussi, je t'ai dit que tu n'étais qu'une starlette qui en faisait des tonnes en ne pigeant que dalle à son texte, et que tu n'avais rien à foutre dans mon film, qu'une belle gueule ne suffisait pas, que tu n'étais qu'une erreur de casting. Tu m'as retorqué d'autres conneries, c'est l'alcool qui en aura emporté le souvenir - mais tu m'as dit après que tu t'étais bien défendue. Bien sûr, parce que ce n'était pas la réalité mais bien plus vrai : du cinéma, le dialogue d'un vieux drame français de la fin des années soixante-dix que nous étions en train de tourner, et dont tu étais
La tête d'affiche.
Une star,
Il ne pouvait en être autrement, pas quelqu'une pour quelque peu en passant, pas un bout de vie à la con, parmi des millions de bouts de vie à la con. Une star,
Toi. De l'art,
Pas du joli sentiment passager noyé connement dans la vinasse solitaire,
Pas un bar
Sans bagarre.
Mais de l'art.
Et c'est tout.
Tout.

[Thème musical de fin]



J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. Entre rien et rien, au lieu d'un cri, des jours et puis des nuits. Quand le souvenir des larmes ressemble au bonheur. Quand il n'y a même plus le bruit (alors les peut-être... ah les peut-être !...) De la littérature comme un silence armé.

"Lili aime-moi",

J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. A 35 ans comme à jamais, et que l'on se dit qu'il en faudra de la rallonge. Encore et encore. Mais il est tard, on ne servira bientôt plus à boire. Ce ne sera pas ce soir l'heure du courage. De la littérature en attendant, pour faire semblant.

Bang le Vladimir !

J'écris de la littérature. Comme tout le monde. Comme tout le monde, même pas comme personne.

"Je n'ai pas d'orgueil"

Comme on se fait sauter le caisson. Comme tout le monde. Comme tout le monde, même pas comme personne.

"Les héros seront morts"

J'écris de la littérature.

"Mais pas moi"

Qui n'en est pas.


(Bon, là je merde. J'ouvre une autre bière et on fera comme si... Peut-on recommencer la prise s'il vous plaît ?!)


[SCENE DE LA GRANDE GUEULE, DEUXIEME ! ]

[ENVOYEZ LA BANDE !]

Toi. De l'art,
Pas du joli sentiment passa

[MOTEUR !]

ger noyé connement dans la vinasse solitaire,
Pas un

[ACTION !]

bar
Sans bagarre.
Mais de l'art.
Et c'est tout.
Tout.

[Thème musical de fin]



J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. Pour que le rien tourne au drame, et que se dechire le silence, en lambeaux. Des miettes de cervelle sur des épaules étrangères. En un ultime geste de tendresse. J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson, en te remerciant.

Et la vie maintenant à l'avenant : il n'y a jamais eu de réalité, nulle part, qu'une place vide pour la fiction. Ces derniers jours pourtant emplis de tant de lâchetés et de tous côtés n'ont jamais été que comme ils ont été tournés. Courts mais forts, et un peu plus que le possible. Pas grand chose et des histoires, c'est du cinéma. Un bel éclairage. C'était même un plan minable, mais en Cinémascope.

L'existence est une nuit américaine : un jour maquillé, un soir comme on voudrait. Les larmes une pluie dansante sous la lumière des réverbères, le col relevé et la cigarette mouillée, les souliers qui claquent sur le trottoir miroir qui mène au bar. Et puis mes chansons avec des "Allez, viens !", et puis tes mains qui me racontent pourquoi la vie pourrait être belle. Des "si" partout, des rires aussi, hurlant. Que tu ne puisses voir combien je pleure mais comment : en tombant amoureux de toi.

La vie, c'est du cinéma :
On meurt pour de vrai, et plusieurs fois.

Tu es une balle dans le barillet,
Ma belle.

Hier
Tu m'as demandé si je voulais toujours te tuer,
En un sourire.

"Don't play with me 'cause you're playing with fire."

La vie, c'est du cinéma : on meurt pour de vrai, et plusieurs fois. Bien agrippé au zinc des troquets ou au clavier de son PC, on s'en raconte du tout et du n'importe quoi, comme les filles, comme toi. Et le coude bien haut, on porte nos verres jusqu'à la bouche comme un revolver - à s'avaler des mots inversés, une autre réalité. J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. En fanfaronnant, en gueulant plus fort que le silence de la Mort, juste pour faire marrer les copains, qui eux aussi font pareil : les malins, des anges en Enfer.

Il ne me reste que ça : la poésie, et il faudra bien la mener jusqu'au bout - le meurtre et le suicide. Je n'aime pas ma vie, ni celles des autres, mais une autre. Une autre vie : la mienne quand je l'aurai finie. Une autre. Quand le froid du canon d'acier baisera ma tempe battant une dernière fois, quand l'ultime idée me traversera l'esprit et la cervelle, à quelque chose enfin tout rimera. La littérature sera écrite en se faisant sauter le caisson, le monde sera accordé. De la poésie accomplie, l'existence alors réussie.

"Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté."

Mais le dernier vers ne vaudra rien sans l'ivresse de tous les autres - les meurtres. Il n'y a jamais eu de réalité, nulle part, qu'une place vide pour la fiction. Alors dans le vain et le vacant de l'univers, au coeur de l'absurde et en lettres de sang, je me dois l'inscription de la seule invention possible : un peu d'élégance. Comme pour une fille une bagarre dans un bar, de l'art et c'est tout. Tout.

Rien. Et c'est la vie, du cinéma. Comme toi et moi. Que de la gueule - ça en a toujours été ainsi, sauf que maintenant je sais : là est l'acte ultime. Au-delà de l'insupportable grimace de la chair, et puis ce foutu silence sous le couvert d'un peut-être, et puis ce néant qui me brûle et qui me hurle. Ma vie comme toutes les autres n'est rien, il n'y aura pas de rédemption, même tard quand on ne sert plus à boire, jamais, il est inutile de s'agenouiller : il ne reste plus qu'à s'enivrer, immédiatement et sans traîner, de filles en amour et de vins, pour qu'enfin résonne le plus beau des chants, celui de la fin.

Il nous reste tout à écrire, dans un vacarme d'éternité, dans le désespoir enfin revendiqué. A tourner maintenant dans l'oeil de nos caméras intimes. Nous ne sommes que des souvenirs, qu'une fabrique à souvenirs ; alors fais-moi la grève coco, et reprends la machine. Alors fais-moi l'amour mon amour, et enflamme l'usine. N'attends pas les camarades, nous serons toujours seuls ; n'attends pas les camarades et pars avec moi, encore une fois. Et on n'ira pas dormir, pas cette fois, et tu ne rentreras pas chez toi dans le petit matin, pas cette fois.

Nous nous tiendrons bien, dans nos bras ou debouts - c'est pareil. Nous serons saoûls à en crever, plus que jamais. Et quand il n'y aura plus d'alcool au fond des bouteilles, je te raconterai un avenir ou des salades - c'est pareil. Que tournent nos têtes, et le monde aussi enfin parce que nous l'aurons décidé. Il sera à nous le vertige, et nous ne cesserons de tomber, amoureux ou des nues - c'est pareil. Dans nos bras ou debouts. Nous tomberons au champ d'honneur.

Nous ne saurons quand, ni s'il fera déjà jour ou encore nuit - nous serons trop loin partis. Si loin que l'on ne s'en souviendra pas, de rien. Nous aurons assassiné la mémoire et les choses : il n'y a jamais eu de réalité, nulle part, qu'une place vide pour la fiction. Les meurtres avant le suicide, toi, nous et moi. Seule la littérature subsistera : la vie, c'est du cinéma.

Et on ne sera pas allés dormir,
Et tu ne seras pas rentrée chez toi dans le petit matin,
Pas cette fois.

(Mourir pour de vrai, et plusieurs fois - ou ne pas exister. Mais avant quoi que ce soit, viens tout près de moi, assieds-toi là, sur ce canapé que tu trouvais si confortable, toi souriante et recouverte de ses draps jaune et bleu. Et prète-moi ta main que je lui parle tout bas : dis-moi la vie des autres, et la tienne avec eux, dis-moi comment ils font, dis-moi comment vous faites. Moi je ne sais pas. Y a-t-il quelque chose autre que la violence et l'ennui, que leur oscillation ? Moi je ne sais pas. Dis-moi. Raconte-moi et puis non, embrasse-moi plutôt. Parce qu'après tout, qu'importe : tu as l'air joyeuse.)




Malgré le chauffage électrique des appartements de novembre, le canon reste glacé.



J'écris de la littérature comme on se fait sauter le caisson. Parce que je suis armé, tout connement. Parce qu'une fille un jour m'a donné un flingue, et que d'autres ont rempli le barillet. Parce que Lili et Vladimir ne sont rien au regard de Bonnie et Clyde - et puis je n'ai pas le choix, si ce n'est l'obligation à l'élégance.

"Hé toi, dis-moi que tu m'aimes
Même si c'est un mensonge
Et qu'on n'a pas une chance
La vie est si triste"

Et puis, et puis. Et puis. Il faut continuer, encore et encore. A tourner, comme la Terre, sans raison. Parce que c'est comme ça : la vie, c'est du cinéma. Ou ça n'est pas. Une question d'attraction. This is entertainment ! Alors on meurt, pour de vrai et plusieurs fois. Il n'y a pas le choix, si ce n'est l'obligation à l'élégance.

"Dis-moi que tu m'aimes
Tous les jours sont les mêmes
J'ai besoin de romance
Un peu de beauté plastique"

L'Esthétique contre l'Absurde - la belle posture si ça n'avait été une malédiction. Mais la belle posture quand même, peut-être parce qu'il y a toi dedans. La vie, c'est du cinéma : certains ont le confort d'un rôle, et d'autres la logique d'un personnage. A ceux-là, il n'est qu'une seule destinée, la poétique qu'il faut mener jusqu'au bout, jusqu'au vers final, la réponse par l'annihilation dans la question.

"Dis-moi que tu m'aimes
oublions tout, nous-mêmes
Ce que nous sommes vraiment
Que nos vies aient l'air d'un film parfait"

Devenir la représentation, le mot, le meurtre de la chose - de la littérature comme on se fait sauter le caisson, jusqu'à se confondre. Jusqu'au suicide, en effet ultime de l'art. Vivre dans la quête d'un quelque chose qui retiendrait, et alors vivre jusqu'à l'épuisement de tout, puis de soi-même. La vie, c'est du cinéma : on meurt pour de vrai, et plusieurs fois. Une logique implacable et irrémédiable - notre malédiction. Il ne nous reste alors que l'élégance, comme une obligation mais aussi comme un possible de paix et un semblant de repos, les seuls qui ne nous seront jamais octroyés : des histoires à dormir debout, l'amour. Notre dignité aussi, l'insolence comme la liberté dans l'aliénation.

Alors viens, ma belle ! Donne-moi ta main et tout le reste. Allez viens ! on n'ira plus dormir, tu ne rentreras plus chez toi dans le petit matin. Partout ça sera chez toi, il n'y aura plus jamais de petit matin, qu'une salle obscure avec les couleurs que nous y projeterons comme un cocktail Molotov dans la face de nos aînés : les vrais criminels. Allez viens ! Viens mon assassinée ! Viens ma meurtrière ! Nous n'aurons pas d'autre histoire que celle que nous nous écrirons, et même si c'est un mensonge, viens ! L'inanité du geste ne le rendra que plus beau, comme toi, comme moi. Allez viens ! Viens ! On meurt pour de vrai, et plusieurs fois, parce que la vie c'est du cinéma, et nous, au-delà de l'humanité, dans le meurtre assumé, nous en serons les stars. Toi et moi, à l'éternité, des stars de cinéma.


Il est presque minuit. Il y a long qu'une nouvelle fois le Soleil a abandonné nos cieux, la nuit nous est retombée sur le coin de la gueule. Le noir partout au-dessus de nos têtes, mais aussi maintenant le rassurant des étoiles et leur lumière sublime : les planètes qui ne sont advenues qu'en n'étant plus.




*
*    *




La vie, c'est du cinéma : on meurt pour de vrai, et plusieurs fois.
Et même si ça ne fait pas aussi mal, ça ne vaudra jamais le baiser de toi.




*
*    *



"Et tout-à-coup, j'ai décidé de partir, aller tenter ma chance dans une grande ville. Je me suis dit : j'ai réussi à être le dernier à Trincamp, avec un peu d'ambition je réussirai bien à être le dernier à Paris."

Le film est terminé, et l'histoire bien avant lui déjà. Moi, je reste là, devant quelques rails de poussières d'ange passé, à m'en foutre plein le blair. De pas grand chose. Les restes d'hier. Les restes de pas grand chose. J'ai toutefois réussi à en faire une montagne. Une montagne de poussières, c'est quand même une montagne. Mais une montagne de poussières dans la tempête, celle de mon blair d'abord et dans les recoins de ma cervelle ensuite, ça ne reste pas longtemps une montagne.
Le film est terminé, l'histoire s'arrête là, moi pas. Je continue, il ne peut en être autrement. La vie, c'est du cinéma - ou ça n'est pas. On meurt pour de vrai, et plusieurs fois. Il en reste encore avant la dernière que je me suis fixée, autant de films à porter sur ses épaules : un nom. Et puis mon numéro, en rappel au fond des gouffres. Le tout c'est d'y croire, ou de faire croire qu'on y croit. Surtout exister un peu, pour vérifier bien que ça n'en vaut pas le coup - et au coup par coup, en coups durs, on essaie à nouveau, encore, et encore. D'un corps à un autre et quelques fois mieux, ou pire : d'un coeur à un autre.
On essaie, c'est tout. J'essaie, c'est tout. Et je sais tout : entre deux tournages il n'y a rien, je ne suis rien. Et même pendant. Il n'y a qu'au moment de la projection, un peu, une existence à la vitesse de la lumière. Je ne suis qu'une fabrique à souvenirs, j'arrive toujours en retard.
Mais il est tard maintenant, encore une fois, il faut que j'y aille, que je rentre chez moi : hors la littérature, dans ces bouts de rien que l'on ne raconte pas, des bouts alors que l'on ne vit pas. La même rengaine usée jusqu'à la couenne, celle du blues de la star quand les sunlights s'éteignent. La même scène un peu minable, qu'on ne lit pas, qu'on ne regarde même plus. La vie, c'est du cinéma : certains ont le confort d'un rôle, et d'autres la logique d'un personnage. En vain mais des tonnes.
Alors.
Je m'allume une clope dans la pénombre d'un restaurant parisien pour rupins internationaux, un smoking de 1981 et la pellicule jaunie à l'avenant. Je m'installe au piano. Il n'y a que sur grand écran que les losers sont magnifiques. [MOTEUR ! ACTION !]






___________

CREDITS DES CITATIONS :

  • Vladimir Maiakovski, lettre testamentaire
  • Charles Baudelaire, "Un Hémisphère dans une Chevelure"
  • Patrick Dewaere "L'autre" (Sotha/Dewaere)
  • Photo issue de "Série Noire" (Alain Corneau)
  • The Rolling Stones "Play with Fire"
  • Charles Baudelaire, "Invitation au Voyage"
  • Lio, "Amoureux Solitaires" (Medeiros/Jacno)
  • Patrick Dewaere dans "Coup de Tête' (Jean-Jacques Annaud)
  • Extrait sonore issu de "Beau-Père" (Bertrand Blier)

Amoureux Solitaires

"Dis-moi que tu m'aimes
Oublions tout, nous-mêmes
Ce que nous sommes vraiment
Amoureux solitaires
Dans une ville morte
Amoureux imaginaires
Mais apres tout qu'importe
Que nos vies aient l'air d'un film parfait
"
[LIO,"Amoureux Solitaires"]
mercredi 23 novembre 2005

South Of No North

Toi qui me lis,
Je te laisse un petit mot en passant, pour que tu saches que je ne t'oublie pas, et surtout pour que tu penses encore un peu à moi. Surtout. Deux jours en entier passés sur le texte que tu devrais lire ici bientôt, il en faudra au moins un troisième. Il est des bouts de vie qui n'en sont tellement pas, ou tellement trop, que la littérature en a du mal. Presqu'autant que moi. Il n'y a en plus que si peu de raisons que c'en est pire.
Je te dis avec le mensonge d'un peut-être qui n'en est jamais un, à demain.
mardi 22 novembre 2005

Un Hémisphère Dans Une Chevelure

"Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air."
[CHARLES BAUDELAIRE, "Un Hémisphère Dans Une Chevelure"]
Titre sur la radio blog : mise en musique par AS Dragon
samedi 19 novembre 2005

Remote Controlled Novel

(Je suis un célèbre écrivain américain)

A trop mélanger la vie et la littérature, jusqu'à les confondre,
on en oublie les pages.
Et puis tout à coup, ça tourne.

Il en faut du talent
pour être un personnage de roman.

Dignified and Old

"I hate myself today
But I can see through this bitterness and sadness
And so I won't die
Someday I think I'll be dignified and old"

[THE MODERN LOVERS, "Dignified and Old"]

A****, de Jeudi à Vendredi

Tu m'as collé
Une ivresse infinie
Et du caramel sur les lèvres

Je te dois
Une bouteille de Scotch
Et d'éternité un baiser
mardi 15 novembre 2005

Une Vie Avec Toi

Ce week-end je ne suis pas sorti. J'ai été ni beau ni laid. J'ai travaillé, et puis les copains étaient restés chez eux : il y avait déjà les gosses des quartiers pour foutre le feu. Ca suffisait. J'ai travaillé, et après je me suis emmerdé.
Alors j'ai repensé à d'autres soirées, à l'aventure d'un coin de rue.

(A toi surtout).


Entre un bar et un bar, une mort et une mort, une vie. Un voyage.
Tu marchais à côté de moi, et moi à côté de toi. Les autres tantôt devant, tantôt derrière : le trottoir imitait la mer. Nous étions au milieu de nulle part, hors les terres mais côte à côte. Nous marchions. La nuit faisait comme si tu m'avais tenu la main et l'électricité volait la vedette aux étoiles. Je ne voyais que toi même si je ne te regardais pas : nous avions une direction. Et le vent dans nos cheveux. Un air qui s'entête, à envoyer valdinguer la cargaison par-dessus bord, et la raison ; tant que la bière après apparaissait bien vaine, tant que la poésie après a tout éclaboussé. Et que noyée tu as aimé.
Ce soir là j'ai passé toute une vie avec toi, et les jours maintenant dans l'espérance de la métempsycose. Coule la rivière.
lundi 7 novembre 2005

Un Garçon Dans Le Vent

Toi qui me lis,
Je ne suis pas parti me mettre au vert en Nouvelle Angleterre et surtout pas dans le Nevada, ou assister encore une fois à mes funérailles dans le sud de la France, mais je t'envoie quand même ce billet comme une carte postale de vacances. Je te donne de mes nouvelles.
Qu'est-ce que ce blog sinon un bulletin de santé à mon intention d'abord, validé par ta lecture ? Alors je publie, je suis en vie. Je te raconte que je ne suis pas mort, ce qui fait que je ne suis pas mort. Je suis même en plein dans l'existence : la musique. Plusieurs jours maintenant que je suis à bosser sur FL Studio 5 la reprise de Lucrate Milk pour leur DVD/CD à paraître début 2006 sur FZM(*), et que ça prend tout le temps. Ca me fait fermer ma gueule, déjà ici, un moment du moins ; juste de quoi l'ouvrir de nouveau jeudi dernier en studio, on a samplé les guitares et les voix. Et puis je suis tombé dans les pommes, en hurlant hystérique une connerie en Allemand. Boum badaboum, en 32 pistes. Je voulais faire comme Einstürzende Neubauten, j'ai fait comme une chanson de Dalida - Moi je veux mourir sur scène...
Et même pas : je ne veux pas mourir, sur scène ou ailleurs, je ne veux plus. Je sais que la vie est mal faite, que tout vient toujours quand on ne le souhaite plus. C'est dire si j'ai flippé, jusqu'au lendemain chez le médecin. Le spécialiste le confirmera dans une dizaine de jours mais il semble que ce soit un souci d'oreille interne. Je ne savais même pas qu'on avait des oreilles au-dedans de la tête, ce doit être pour ça que j'entends autant de conneries. Je m'écoute de trop.
Mais j'en fais profiter les autres aussi, ce serait dommage de ne pas le faire, surtout pour eux. Pour toi qui me lis. Pour elle de la semaine dernière, et qui n'était pas là ce samedi soir. Des conneries : Un New York à détruire et puis à reconstruire, de la poésie à réinventer. Des conneries mais qui l'ont touchée, elle me l'a dit - ne me demande pas où, j'ai déjà du mal à savoir où va se perdre mon corps alors mes mots... Et c'est d'ailleurs depuis que j'ai la tête qui me chavire, et le coeur battant fort, et vite. De trop peut-être.
J'en tombe dans les pommes au studio d'enregistrement, ce n'est pas Apple Records ni Abbey Road alors je n'ai pas traversé la rue pieds nus et mort ce week-end. C'est fringué en early Beatles que j'ai passé mon hard day's night, bien vivant. Et fier de moi, je trouvais que je pétais la classe, et que ça m'aurait dispensé de quelques conneries supplémentaires. Mais elle n'était pas là. C'est à mes amis que j'ai dit tout l'amour que j'avais pour eux, à la vodka-tonic aussi. Jusqu'à longtemps après la fin : le patron a laissé les clefs au Dee-Jay, et on est resté là, avec un autre type, à écluser sur de la musique électrique, fort, le rideau de fer baissé. Le souvenir d'après est dimanche 17 heures sur le sofa de mon salon, les yeux qui s'ouvrent péniblement sous la frange dévastée, en starco froissé. La classe de la veille en avait pris un sacré coup, de trop.
Des conneries, et de trop, voilà comment on peut résumer tout ça. Mais des conneries, et de trop, ça en fait de la littérature et ça vaut largement de la vie. Suffisamment pour avoir la gueule de bois joyeuse, en sifflotant entre deux gerbes. Je suis vivant, je te l'écris ici, à toi qui me lis, comme une carte postale de vacances. Dans la tempête je trouve qu'il fait beau, et que je mange bien, et que je m'amuse beaucoup. Toi qui me lis, je t'embrasse tendrement et te dis à très bientôt. Je retourne dans la musique, en attendant la fille du week-end dernier. Ou une autre.

_____________
(*) Lucrate Milk : http://www.lefdup.com/HTMLf/lucrate.html
Folklore de la Zone Mondiale : http://fzm.fr