nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
lundi 7 novembre 2005

Un Garçon Dans Le Vent

Toi qui me lis,
Je ne suis pas parti me mettre au vert en Nouvelle Angleterre et surtout pas dans le Nevada, ou assister encore une fois à mes funérailles dans le sud de la France, mais je t'envoie quand même ce billet comme une carte postale de vacances. Je te donne de mes nouvelles.
Qu'est-ce que ce blog sinon un bulletin de santé à mon intention d'abord, validé par ta lecture ? Alors je publie, je suis en vie. Je te raconte que je ne suis pas mort, ce qui fait que je ne suis pas mort. Je suis même en plein dans l'existence : la musique. Plusieurs jours maintenant que je suis à bosser sur FL Studio 5 la reprise de Lucrate Milk pour leur DVD/CD à paraître début 2006 sur FZM(*), et que ça prend tout le temps. Ca me fait fermer ma gueule, déjà ici, un moment du moins ; juste de quoi l'ouvrir de nouveau jeudi dernier en studio, on a samplé les guitares et les voix. Et puis je suis tombé dans les pommes, en hurlant hystérique une connerie en Allemand. Boum badaboum, en 32 pistes. Je voulais faire comme Einstürzende Neubauten, j'ai fait comme une chanson de Dalida - Moi je veux mourir sur scène...
Et même pas : je ne veux pas mourir, sur scène ou ailleurs, je ne veux plus. Je sais que la vie est mal faite, que tout vient toujours quand on ne le souhaite plus. C'est dire si j'ai flippé, jusqu'au lendemain chez le médecin. Le spécialiste le confirmera dans une dizaine de jours mais il semble que ce soit un souci d'oreille interne. Je ne savais même pas qu'on avait des oreilles au-dedans de la tête, ce doit être pour ça que j'entends autant de conneries. Je m'écoute de trop.
Mais j'en fais profiter les autres aussi, ce serait dommage de ne pas le faire, surtout pour eux. Pour toi qui me lis. Pour elle de la semaine dernière, et qui n'était pas là ce samedi soir. Des conneries : Un New York à détruire et puis à reconstruire, de la poésie à réinventer. Des conneries mais qui l'ont touchée, elle me l'a dit - ne me demande pas où, j'ai déjà du mal à savoir où va se perdre mon corps alors mes mots... Et c'est d'ailleurs depuis que j'ai la tête qui me chavire, et le coeur battant fort, et vite. De trop peut-être.
J'en tombe dans les pommes au studio d'enregistrement, ce n'est pas Apple Records ni Abbey Road alors je n'ai pas traversé la rue pieds nus et mort ce week-end. C'est fringué en early Beatles que j'ai passé mon hard day's night, bien vivant. Et fier de moi, je trouvais que je pétais la classe, et que ça m'aurait dispensé de quelques conneries supplémentaires. Mais elle n'était pas là. C'est à mes amis que j'ai dit tout l'amour que j'avais pour eux, à la vodka-tonic aussi. Jusqu'à longtemps après la fin : le patron a laissé les clefs au Dee-Jay, et on est resté là, avec un autre type, à écluser sur de la musique électrique, fort, le rideau de fer baissé. Le souvenir d'après est dimanche 17 heures sur le sofa de mon salon, les yeux qui s'ouvrent péniblement sous la frange dévastée, en starco froissé. La classe de la veille en avait pris un sacré coup, de trop.
Des conneries, et de trop, voilà comment on peut résumer tout ça. Mais des conneries, et de trop, ça en fait de la littérature et ça vaut largement de la vie. Suffisamment pour avoir la gueule de bois joyeuse, en sifflotant entre deux gerbes. Je suis vivant, je te l'écris ici, à toi qui me lis, comme une carte postale de vacances. Dans la tempête je trouve qu'il fait beau, et que je mange bien, et que je m'amuse beaucoup. Toi qui me lis, je t'embrasse tendrement et te dis à très bientôt. Je retourne dans la musique, en attendant la fille du week-end dernier. Ou une autre.

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(*) Lucrate Milk : http://www.lefdup.com/HTMLf/lucrate.html
Folklore de la Zone Mondiale : http://fzm.fr

Send Me A Postcard

Now please don't let me down
Ain't no lover like me in town
Send me a postcard, darling
Send me a postcard now

[SHOCKING BLUE, "Send Me A Postcard"]
vendredi 28 octobre 2005

My Boyfriend Is A Fireman

Un texte pour Curlee Wurlee (musique Michael Rodeo), chanson à paraître sur le prochain album début 2006.
Plus d'infos sur le http://curleewurlee.com
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MY BOYFRIEND IS A FIREMAN

Mon p'tit ami il est si beau
Son uniforme sur le dos
My boyfriend is a fireman

Mais mon p'tit ami a un souci
Il éteint tous les incendies
My boyfriend is a fireman

Le feu des passions, la flamme au fond des yeux
Finissent toujours dans les sirènes et les grandes eaux
Les cris, les larmes au moindre coup de chaud
Les sens s'embrasent et c'est l'amour qui devient fumeux

Mon p'tit ami se brûle les doigts
Chaque fois qu'il les pose sur moi
My boyfriend is a fireman

Alors Mon p'tit ami me glace la peau
Qu'ils sont sinistres les héros
My boyfriend is a fireman

Le feu des passions, la flamme au fond des yeux
Finissent toujours dans les sirènes et les grandes eaux
Les cris, les larmes au moindre coup de chaud
Les sens s'embrasent et c'est l'amour qui devient fumeux
jeudi 27 octobre 2005

Du Jazz Dans le Ravin

Je n'aurais pas dû écouter ce disque aujourd'hui.
C'est l'anniversaire de ma lolita,
et elle ne le sait pas.
mercredi 26 octobre 2005

Smith & Wesson

Un nouveau texte pour Curlee Wurlee (musique Michael Rodeo), chanson à paraître sur le prochain album début 2006.
Plus d'infos sur le http://curleewurlee.com
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SMITH & WESSON (Outlaw in Love)

Le soleil se couche sur la grand-rue dans la poussière
Le ciel devient rouge comme ton coeur par terre
Générique de fin lacrymo du mélo-western
Sheriff, fallait pas jouer avec moi au Smith&Wesson (so long)

Tes succès d'avant, tes aventures pénitentiaires
Te donnaient d'aplomb assez pour m'passer les fers
L'étoile d'argent du poitrail n'a pas fait barrière
Sheriff, fallait pas jouer avec moi au Smith&Wesson (so long)

Je n'ai pas dégainé la première
Je n'ai canardé que la dernière
Mais les balles d'amour vienn'nt toujours de la fille de l'air
Sheriff, fallait pas jouer avec moi au Smith&Wesson (so long)
Sheriff, fallait pas jouer avec moi au Smith&Wesson (so long)
Sheriff, fallait pas jouer avec moi au Smith&Wesson
mardi 25 octobre 2005

Living In America

Il n'y aura pas de quoi en faire un roman, encore moins d'en chier une pendule, à la rigueur une Swatch bleue fluo ou quelques vers. Out of fashion. Ce n'est qu'une poignée d'heures qui auront suffi pour rendre le point final du billet de dimanche effectif : j'ai appris son nom, celui de son groupe de rock, et son mariage prochain à Las Vegas.
Pas de quoi non plus en venir aux pires anathèmes : souhaiter une honey moon au Caesars Palace après le tour de chant de Céline Dion, ou même, l'ultime horreur, pendant. Pas de quoi pour une Fatwa, l'ouverture improvisée (avec financement de la CIA) d'un aérodrome pakistanais en plein milieu des bandits manchots clignotant sous la branlette frénétique de vioques ravalées. Lord have mercy. Pas de quoi.
Alors je digère somnolant dans la douceur d'octobre le cholestérol du restau de midi, Bob Dylan sur la hi-fi. Jeudi je vais chez le coiffeur. C'est bientôt Halloween. J'ai à nouveau de la money sur mon compte. Je patauge peinard au coeur du bel Occident. Je sais que désormais j'ai les moyens des possibles, et le luxe des questions - des avec des réponses qui trouveront que le Nevada, ça craint un maximum. J'ai repris ma place sur le marché. Action.
Que la romance coûte à Brooklyn, NYC. Surtout quand on n'y est pas.
dimanche 23 octobre 2005

Numéro Un Joe Dassin

(Paroles : Nono le Hool's / Musique : Joe Dassin)

"L'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai
L'Amérique, l'Amérique, si c'est un rêve, je le saurai
Tous les sifflets des trains, toutes les sirènes des bateaux
M'ont chanté cent fois la chanson de l'Eldorado"

"Ce doit être beau en couleurs !" lance ma grand-mère qui en 1977 à l'instar du Punk n'est pas morte. Le communisme bande encore, à l'Est rien de nouveau. Pourtant c'est bientôt que nous allons passer des journées à suivre les aventures de la moustache d'une grande gueule des chantiers navals de Gdansk, une Vierge Marie au revers du veston. Et le quotidien d'un bout de notre famille, de nous, sous l'Etat de Guerre décrété par Jaruzelski. Mais en 1977, le pape n'est pas polonais, et il est loin derrière un mur ce pays sur la Baltique, que mes grands-parents avaient quitté pour aller choper la mort à retardement au fond des mines du Nord, puis celle de Salsignes.

"La terre promise, on ne la voit que de loin
La terre promise, c'est toujours pour demain
Quand on s'arrête sur le bord du chemin
Voilà qu'on nous réveille de nos rêves avant la fin"

Effectivement, ce doit être beau en couleurs, mais c'est en noir et blanc ce samedi soir à la télé, dans le salon sombre de la rue Alexandre Soumet à Carcassone, près de la voie ferrée. Numéro Un Joe Dassin, et plein de vedettes annoncées. L'après-midi mon grand-père avait vertement résumé les tubes anglo-saxons qui résonnaient sur la place Carnot par un "Les jeunes de maintenant, ils aiment que quand ça gueule", et je fus alors persuadé que jamais, au grand jamais, je n'aimerai les musiques qui gueulent. C'est dire si je suis ravi du programme qui va s'éclater en électrons morts sur la vitre du vieux poste plaqué formica imitation bois : Sylvie Vartan, Michel et Jackie Sardou, Jeane Manson, Coluche, et d'autres, et d'autres.

"Tous les soirs tu m'allumes,
Le matin tu m'éteinds
Mais même si tu dois tout faire sauter,
Fais-moi de l'électricité"

Les sunlights de Cognacq-Jay cognent fort dès le début, les étoiles courant par milliers dans la neige synthétique. C'est comme Noël mais on n'est que début décembre, alors c'est rudement bien, tellement que l'on a envie d'être demain. C'est une autre époque, un autre temps, des de quand je n'aimerai jamais les musiques qui gueulent ce que je ne sais pas encore. Le jour de ma naissance le Général bouffait depuis long la chienlit par la racine, et le Georges clopant compilait des vers qui le rongeraient deux années plus tard ; depuis je ne porte rien autour de mon cou. Johnny devant un bonhomme de neige en carton, la carotte bien plantée où il faut, geint qu'il a oublié de vivre : 1977, Giscard a la barre.

"Un soir à Chamalières,
Tu as changé tout mon destin
Allons danser Valérie,
Faut pas penser Valérie.
L'accordéon nous rend fous,
On tourne et on s'en fout."

La France accède au monde moderne. La télé est en couleurs, et si on ne pourra pas se la payer de sitôt, on sait qu'elle existe, c'est un possible. Et ce doit être bien. Comme les affiches partout, et les journaux, les publicités : des famapoals pour un oui, pour un non, et même pour un peut-être - surtout pour un peut-être. Des demoiselles aux gros pulls et cache-nez bariolés font semblant de glisser sur une mare factice en miroir tout autour des duos qui s'enchaînent : Jean et Joe, Eddy et Michel, Sylvie et Claude... Joe Dassin est fringué comme les filles qui patinent, mais il pète la classe. C'est une autre histoire pour ce con de Carlos qui en fait des tonnes dans son déguisement de lycanthrope en peluche rincée, reluquant les glisseuses, bien planqué derrière un arbre en aggloméré. "Je vais vous mangeeeer !" C'est ça ouais, pauv' débile. Tu ferais mieux d'aller z'yeuter ton casse-dalle du côté de chez Weight Watcher's, ça te fera pas de mal, et surtout à nous des vacances. Il m'a toujours brisé les couilles Carlos, comme Chantal Goya, c'te pute pédophile. Déjà en 1977.

"Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou
Viens vite voir le loup
Viens vite, tu me rends fou"

Vingt-huit ans plus tard, des planches des scènes bruitistes au zinc des troquets, en passant par les feuillets de la littérature, sapé en Hard Mod ou en Punk Rocker, je hurle à la lune - "Je vais vous mangeeeer ! Oi ! Oi !" Et je m'éclate les dents sur le carrelage du Fantômas, par une glissade sur Starshooters. De la bière avait été renversée ; la bière ça vaut bien des larmes. Et les dents cassées ça vaut bien des couilles brisées - ou le coeur. A terre. Comme après les filles. Comme après ma petite femme, mon grand Amour. Dans la télé de 1977, Michel Sardou achève l'interprétation souffreteuse de son succès du moment, "Dix ans plus tôt". Vingt-huit ans plus tard, j'en crève des passions adolescentes. Et des gestes conjugués autrement, à un autre temps, à une autre personne. Et ça n'en finit pas d'en finir : un souvenir avec un coeur gros comme ça, ça ne laisse pas de place pour un avenir.

"Quand on a seize ans,
Que les gens tout autour de vous pensent :
'Ce n'est qu'une enfant'
Quand on a seize ans,
qu'on a eu ses plus belles vacances"

Et pourtant. Après douze mois passés à les compter, à dormir avec des cadavres et quelques tentatives pour leur ressembler, quelque chose à pointé le bout de son nez sous une longue frange brune. Quelque chose qui a fait que mon regard n'était plus tout à fait perdu dans la brume du bar et du reste. Quelque chose d'autre, au coeur de cette soirée Clarknova du 13 octobre, entre Philippe Katerine et Laibach. Et ce n'était pas quelque chose, c'était une femme, que mes yeux cherchaient sans cesse, pour attraper un bout du vert de son haut acrylique, un bout du bleu de son Denim pattes d'éph' écrasant ses Converse. Et toutes les couleurs de son sourire, si loin. Ce n'est presque rien, mais ça en a foutu partout, tout le temps, encore maintenant. J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle, mais toutes les filles je ne les voyais pas. Je suis resté là, sans doute à bredouiller en moi-même "je vais te mangeeeer". J'ai parlé à toutes les filles, sauf à elle - je me trouve une excuse, à chier : Parce que même si c'était elle qui en avait la coupe de cheveux, c'était moi qui etais Stone, le merveilleux cocktail alcool-cachetons. Trop pour aller lui chanter "l'Avventura". De toutes manières, ça fait long que l'on n'est plus en 1977, et qu'entre-temps le monde a connu Chrissie Hynde. Hymn to Her.

"Il y a des filles dont on rêve et celles avec qui l'on dort,
Il y a des filles qu'on regrette et celles qui laissent des remords,
Il y a des filles que l'on aime, celles qu'on aurait pu aimer"

Je ne lui ai pas parlé, alors aujourd'hui j'exhume de vieux fantômes oubliés, et des souvenirs télé du même millésime que son anorak rouge qui l'a accompagnée dans la nuit, juste avant le plus rien, puis le plus qu'elle. A la fermeture du bar. Je ne lui ai pas dit un seul mot, alors aujourd'hui j'en noircis des pages, comme pour lui trouver un nom, un prénom. Et maintenant que les bouteilles sont vidées, je les balance à la mer, et sur Clarknova, et sur la Terre entière. La littérature a suffisament négocié avec la mort, qu'elle y fasse désormais avec la vie, qu'elle ne soit plus conséquence mais cause. La littérature - c'est peut-être la seule chose qui restera, un appel à la poésie. Car c'est bien loin 1977, l'émission de mon enfance est finie depuis longtemps, le mur est tombé, mes grands-parents ne sont jamais retournés en Pologne. Et ce n'est pas qu'un peu que j'ai l'air con avec mon brushing bétonné effondré, le smoking crème aux genoux noircis, un bout de gerbe sur le revers pelle-à-tartes pailleté, au milieu de Cognacq-Jay déserté. Ce doit être beau en couleurs : Maritie et Gilbert Carpentier, ce sont vraiment des enculés.

"Voici le decor à l'envers
L'autre côté de la lumière
Sur une chaise un costume blanc
Une chanson déjà oubliée"



(Les citations sont extraites des chansons de Joe Dassin suivantes : L'Amérique, On S'en Va, Fais-Moi De L'Electricité, Allons Danser Valérie, Viens Voir Le Loup, Quand On A Seize Ans, La Fleur Aux Dents, Le Costume Blanc)
vendredi 21 octobre 2005

Numéro Zéro

Moi seul et unique
Sans copie et sans réplique
Je ne me reproduis pas
Je suis indivisible
Je n'appartiens à personne
L'univers est pour moi
(...) Parmi la foule des zombies
Je suis un dieu un héros
Je suis le chiffre infini
Le numéro zéro

[METAL URBAIN, "Numéro Zéro"]
vendredi 14 octobre 2005

I Wanna Be Your Apple II

Le corps me crache en rien qui arrache mes poumons ; je tousse, et la morve coule. Le corps n'a pas aimé le week-end passé entier à se vautrer dans les mots - il aurait préféré aller se noyer dans la boisson et les rires comme invité qu'il était, mais le corps n'a pas aimé. Il voulait du sacrifice, et il n'a pas aimé.
Il voulait du sacrifice mais en simagrées, il a eu ni du faux ni du vrai : de la littérature qui parlait tant de lui qu'on l'oubliait. La machine à déchets voulait justifier son existence, alors elle la justifie. Je tousse, et la morve coule.
Je tousse, la morve coule - et le crâne s'incline, sans drapeau noir planté. Mais après tout il lui appartient, mon crâne, à la machine à déchets. Alors la fabrique du meurtre aussi. Pour combien de temps encore ?

Je rêve à quand les armes prendront les mots, à quand nous effacerons Dieu et inventerons l'âme. Quand les animaux ne seront même plus crevés mais oubliés, quand ces monstrueuses créatures, automates débiles d'une mère nature morbide, en auront fini de bouffer et de chier, quand l'Homme n'aura plus l'excuse minable de se croire un des leurs. Quand alors la Mort n'aura plus ses tristes jouets et redeviendra ce qu'elle est : absurde. Enfin quand la merde sera épuisée, la machine à déchets (la biologie) vidée de tout son sens, viendra le temps de l'avènement de la Dictature du prolétariat (l'abstraction) de la fabrique du meurtre (le langage). Et que ceux de la Terre ne seront plus damnés, parce qu'il n'y aura plus de terre, qu'une pierre ; et que ceux de la faim ne seront plus forçats, parce qu'il n'y aura plus de ventre, qu'une pierre. Il n'y aura plus qu'une pierre, et tout à faire, libérés de la viande à pourrir. Une pierre. Et c'est tout.

Le corps ne me crachera plus en rien qui arrache mes poumons, ni en foutre salé pour les lèvres sucrées de la fille au bar hier soir. Le foutre sera infini, comme le baiser, au-delà du sel et du sucre. La chair ne sera plus triste car elle sera tous les livres : que le désir, pour le désir. Nous aurons l'invention imaginative, et le sexe inconnu. Nous ne nous connaitrons jamais, tout sera une première fois ; les bonjours en sourire n'auront plus besoin pour être de se trainer au cul les adieux mortifères. Nous existerons, et moi, et la fille au bar hier soir. Abstraits, libres. Nous serons un ordinateur personnel. Nous serons par la technique dépassée l'Esthétique réalisée. Nous serons beaux, pour toujours, comme la fille au bar hier soir. Hors le corps, nous aimerons. Et moi, et la fille au bar hier soir. Nous serons un ordinateur personnel, nous serons la poésie.


*
*  *


(Nous serons tant dans le possible que nous pourrons nous souvenir encore de ces temps ridicules où nos mots s'empêtraient dans la biologie et ses fonctions, et nous rirons.)



]LOAD murderfactory
]LIST

10 REM *************************************
11 REM *      ? ILLEGAL DIRECT ERROR       *
12 REM *(sonnet en langage AppleSoft BASIC)*
13 REM *************************************

20 A1$="LE RESET TANT ME TENTE"
21 B1$="COMME UN EFFET DE L'ART"
22 B2$="QUI SATURE MA MEMOIRE"
23 A2$="VIVE EN KO D'ATTENTE"

30 HOME : PRINT B2$ : PRINT A1$ : PRINT
31 PRINT A2$ : PRINT : PRINT : PRINT B1$
32 PRINT "EST-CE QUE TU ME SAIS ? (O / N)" : GET IT$
33 IF IT$="O" THEN GOTO 50

40 IF IT$="N" THEN LIST : GOTO 30
41 GET IT$ : INVERSE : GOTO 33 : JE TREMBLE
42 IT$ : CETTE LIGNE : NE SERA JAMAIS LUE

50 PRINT IT$: PRINT "OUI" : PRINT "BIEN ENTENDU, OUI"
51 GOTO 52 : OUI : C'EST LA VIE, ENTENDUE
52 PRINT "ALORS, TOUT EST MORT." : PRINT : PRINT RIEN : CLEAR : END : WE

]RUN_



_____________
Les lignes de codes ci-dessus suivent autant que possible les règles classiques de construction d'un sonnet en alexandrins, et se suffisent en elles-mêmes pour une première signification. Ce poème est aussi un programme informatique en Basic valide, une seconde signification comme illustration de la première apparait alors lors de son exécution. Pour tenter l'expérience, vous pouvez télécharger un émulateur APPLE II (Cliquez [ ici ] pour un émulateur gratuit pour windows - Ou [ ici ] pour d'autres systèmes d'exploitation.)

jeudi 13 octobre 2005

La Machine

Il y a des boutons partout
Les boutons moi ça m' rend dingue
Je les appuie tous d'un coup
Ca fait plus de bruit qu'un flingue
Je me suis acheté une machine
Une machine à tuer l'ennui (...)
Une machine qui ne fabrique rien (...)
Sans doute j'en avais besoin
[DANI, "La Machine"]