nono le hools = littérature punk rock + poésie punk rock
mercredi 3 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ? (2)

New York - Wednesday, Aug 03, 2005

Comme vous pouvez vous en douter, les dernières heures ont été plus que difficiles et dans le miroir au réveil c'est bien peu dire que je faisais dur. J'ai passé ce début de journée pendu au téléphone à gosser après quelques pauvres nouvelles, surtout savoir quand la médecine légale en aura fini de l'autopsie du corps. On vient enfin de me répondre : la dépouille de Nono le Hool's sera rapatriée dans le sud de la France vendredi pour y être inhumée samedi dans la matinée. Le lieu des funérailles restera secret pour préserver la sérénité de la cérémonie et le recueillement des proches, pour éviter les baveux de journaleux et les braillards de badauds. Seuls seront informés personnellement ses fidèles amis et bien évidemment la famille.
Je voudrais remercier ici chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont fait montre de leurs marques de sympathie, de leur peine aussi, et de leur attachement à la mémoire de Nono. Qu'ils sachent que je resterai fidèle à ma promesse de justice, et que je me battrai jusqu'au bout pour que lumière soit faite sur cette tragique disparition, sur cet ignoble et lâche massacre. Et qu'il est un mangeux de marde qui devrait se faire beaucoup de mouron, ce flô de putain !
Ces jours-ci sont accaparés par les diverses paperasses et autres labyrinthes administratifs, après l'enterrement et de retour sur le sol américain, je pourrai alors entièrement me consacrer à mes investigations. Comme je vous l'ai dit, je tiendrai ici, sur le blog de notre ami regretté, peut-être pour le faire vivre encore un peu, le journal de mon enquête, mes questionnements aussi. Continuez à me faire part de toutes les informations que vous pouvez avoir, et de vos impressions, de vos sentiments quant à d'éventuelles pistes, ou indices. Encore merci.
Si le temps m'en est donné, je ferai un petit point sur la situation avant mon départ pour la France. Et à certaines et certains d'entre vous, je dis à samedi.

Christian M.

mardi 2 août 2005

Qui A Tué Nono Le Hool's ?

Bonsoir,
Je m'appelle Christian Meursault, je suis citoyen canadien, j'habite Montréal où j'exerce la profession de journaliste indépendant. Je suis un ami de Nono le Hool's. J'ai pris le premier vol pour JFK airport dès que j'ai appris la terrible nouvelle, par un coup de téléphone de Carrie à l'heure du café, qui venait juste de l'entendre aux journaux télévisés du matin. Je sais que par l'expression francophone de ce blog, beaucoup de ses lecteurs sont en Europe et principalement en France, alors peut-être n'êtes-vous pas au courant encore : Nono le Hool's a été retrouvé mort à l'aube dans son appartement de Brooklyn, de toute évidence assassiné.
Je ne peux vous en dire plus, vous comprendrez aisément pourquoi, mais toutefois je vous ai traduit des passages, significatifs, issus des quelques pages que j'ai pu me procurer du rapport du NYPD. Je vous fais aussi part d'une photographie du corps, désolé pour la piètre qualité de l'image mais il s'agit d'un cliché pris à la sauvette, à l'insu des policiers présents (par un fidèle ami dont nous tairons l'identité). Ce sont les seuls éléments que je possède pour le moment quant à cette affaire. L'aspect particulièrement sordide de la mise en scène du meurtre, la si grande tendresse que je portais au disparu et donc l'immensité du chagrin qui m'écrase ce soir me poussent à ne pas attendre d'hypothétiques avancées de l'enquête officielle - après tout, bien qu'ignoblement orchestré, ce crime ne semble pas être autre qu'un perpétré par un rôdeur, sans doute un junky en manque de fonds pour sa came. Ca s'impose même en évidence pour le détective de service, un crime crapuleux. Un de plus avant le prochain, qui viendra assez vite, et qui est certainement venu assez vite. La loi des séries rend les drames bien insignifiants, il est si fade le goût de déjà vu. Le boulot c'est le boulot et quand on est flic, un cadavre c'est le boulot.
Mais pour moi c'est un ami, parti. Une vie. Et le coeur qui se déchire, les yeux perdus dans les lumières narquoises de l'Hudson river. Le coeur qui hurle, sa peine, sa rage, son impuissance absolue mais aussi une promesse : justice devra être faite. Je mènerai mes propres investigations, et je m'en viendrai ici rendre compte de leurs progrès (je vais avoir besoin de vous, vous qui lisiez jusqu'à maintenant ses billets quotidiens, vous qui dès lors le connaissez un peu, même et surtout dans ses ailleurs - Toutes les informations, y compris celles apparaissant comme les plus quelconques, seront bonnes à savoir, n'hésitez pas à m'écrire, je vous en prie : c.meursault@amontreal.com). Je publierai sur son blog mon combat pour sa mémoire, avec de sa machine aussi comme de son corps un peu : le PowerBook qu'il m'avait prêté il y a un mois, et grâce auquel j'ai pu me connecter au Backstage aujourd'hui. Encore de sa voix, qui resonnera longtemps ici-bas, tant que son âme ne sera pas libérée, tant que le coupable ne sera pas châtié - et elle le sera, et il le sera.
Nono, mon copain, mon frère, devant le Ciel et l'Enfer, et parce que je t'aime, tu seras vengé.

Christian M.


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*  *


NEW YORK POLICE DEPARTMENT / CRIME REPORT
NYPD Inspector Harry CALLAGHAN
08/01/2005 Mon, 06:47 am
Case Number : 01-034388

(extraits)

"Aux alentours de 05:00 am alors qu'il effectue son ultime ronde, Mr Octavio Vasconcelos, gardien de nuit de l'immeuble, constate que la porte du 1207 est anormalement entrouverte. Il frappe légèrement afin de ne pas réveiller les autres occupants puis n'ayant aucune réponse il pènètre lentement dans l'appartement. Les lumières sont allumées (...). Les portes fenêtres de la terrasse sont ouvertes, ce qui provoque un courant d'air faisant virevolter les rideaux. Mr Vasconcelos croira voir dans ces tissus volant un individu qui s'enfuit, impression qu'il réfute maintenant."

"Aucune trace d'effraction n'est à relever, ni sur la porte d'entrée, ni sur les portes fenêtres de la terrasse. La porte d'entrée était entrouverte, la chaîne de sécurité normalement otée. (...) La porte d'entrée étant la seule issue possible, il semble que la victime ait volontairement ouvert à son assassin, peut-être même le connaissait-elle."

"Dans ces premières observations sur le lieu même, le coroner note tout particulièrement le nombre impressionnant de coups portés. (...) Plusieurs dizaines de coups sur la face et le crane (...) le buste et le dos semblent bleus de tuméfactions, plusieurs côtes brisées en de multiples endroits (...). La victime aurait été battue à mort."

"La mort semble être survenue longtemps après les coups portés (...). Aucun coup n'a été immédiatement fatal à la victime qui aurait agonisé de quelques minutes à plusieurs heures. L'autopsie précisera plus avant ces premières constatations."

"Malgré l'évident acharnement dans la violence dont a fait montre le meurtrier, il n'y a dans l'appartement aucune trace de lutte. (...) Tous les voisins ont été questionnés, aucun n'a entendu le moindre cri ou bruit suspect durant la nuit."

"Hormis l'endroit où git le corps, l'appartement apparait comme rangé et en ordre. (...) Le crime s'est produit là où le cadavre a été retrouvé, celui-ci ne semble pas avoir été déplacé, la victime n'a pas tenté ou n'a pas pu tenter de s'enfuir."



photo du cadavre de nono le hool's





vendredi 29 juillet 2005

En Dehors des Miroirs

en dehors des miroirs peut-être quelques reflets égarés au coin d'un oeil

Miroir de la Salle de Bains

je me suis fait encore du mal aujourd'hui
jeudi 28 juillet 2005

Langue Morte

Quand tu ne m'as plus embrassé,
ma langue est devenue noire.

Les mots d'amour abandonnés là,
en phrases lourdes et chargées,
le canon dans la bouche
- l'alphabet couleur poudre.

La littérature s'est faite sauter
le caisson
en lieu et place de ma gueule,
au dedans il n'y a plus eu
que des souvenirs en cadavres,
du passé décomposé.

De la conjugaison funéraire
ma langue a pourri et la vie
en a tant péri
que la mort aussi.

Les limbes de l'écrit,
au-delà du hurlement :
je ne parle
rien, ma nA,
j'aimais.

Quand tu ne m'as plus embrassé,
j'ai perdu le goût de tout.
lundi 25 juillet 2005

Bedroom / Boredom

Ni vivant ni mort, ni mort ni vivant, la rivière me porte, un corps dans le courant.

*
*    *

Il n'est qu'une seule issue à cet ennui infini, qu'un seul ailleurs et c'est la douleur.

La douleur atroce, vive et violente
- blanche
La douleur dans la terreur, l'angoisse et la peur
- noire
La douleur plutôt que la torpeur et l'ennui
- gris

Alors, n'importe qui, n'importe quoi,
aime
moi - n'importe qui, n'importe quoi.

Donne-moi la douleur et la terreur
Le pire en sera toujours meilleur
Fais-moi la mort comme un bout de vie
Que quelque chose enfin soit fini
Que quelque chose enfin soit par l'ayant été
Donne-moi de l'existence, fais-moi crever

Mais je t'en supplie, ne me laisse pas
Dans ce rien sans le mal ni le bien
Mais je t'en supplie, ne me laisse pas
N'importe qui, n'importe quoi

(Mais je t'en supplie)
samedi 23 juillet 2005

Samedi 23 Juillet, 15 Heures 20 Minutes

Les journées assis là, les coudes sur le bureau, une main qui tient la tête (ce n'est même pas un poing). Et le silence avec au loin la rumeur de la rue, mais pas de musique : réduire au maximum l'esthétique, de temps en temps une cigarette. Le regard errant sur ces objets si vus et tant reluqués qu'ils me sortent par les yeux - ça ne vaudra pas des larmes. Je suis dedans chez moi et dedans le monde, du moins j'en ai l'air : je repose sur les choses. Et pourtant, encore là à tenter le verbe pour dépasser le non-étant, un début. En vain, toujours en vain. Des projets passionnants s'entassent dans le retard jusqu'à en mourir un jour : de l'électricité et des chansons, des images aussi, des cartes au trésor. Les bonheurs d'un ailleurs, les promesses d'un autre temps qui ne vient jamais. J'ai dépassé l'échec, je surnage dans l'absurde. Et le plus inquiétant : cela ne m'inquiète plus.

De derrière une fenêtre de la cour, on entend la femme d'un couple qui fait l'amour.

Mais Pas Chez Moi

Non ce n'est rien
C'est bien pire que ça

[A.S DRAGON, "Mais Pas Chez Moi"]
vendredi 22 juillet 2005

Underground

Cloué sur la chaise pas sur la croix, j'attends mes trente-trois printemps. Quelques uns ont déjà foutu le camp dans le bleu ou le gris-vert de leurs yeux, la résurrection ajournée. Et d'autres qui ont directement été. Planté sur la colline je contemple les sombres étendues des mers cadavériques ; les noyés ont tout avalé. Je me repasse sans cesse le film dans ma tête : quelque chose a merdé dans le scénario. C'était pas ça qui était prévu - du moins pas ce que l'on m'avait toujours dit. Tous ont péri sauf moi qui étais censé être le héros, à sacrifier. Je n'ai sauvé personne, et tout le monde est mort pour moi, là en bas. Moi, le cul sur la chaise, la chaise sur la colline. Je ne suis pas le roi des juifs, peut-être parce que je ne suis pas né à Nazareth, ou à Seattle, WA. Même pas celui des cons, vive l'anarchie. Je suis le Christ inversé ; La gueule à l'envers, la queue en l'air, et le monde en décomposition.

Je ne sais pas pourquoi mais le résultat est là, il faut y faire avec. Comme je dois y faire avec ce début de texte tapé aux alentours de midi, et que je reprends à 18 heures passées. Je n'entrave plus que dalle à ce baragouinage masturbatoire laissé en suspens, comment (me) finir ? Je viens de lire un blog qui causait dents de sagesse en douleur (*), j'ai maintenant mal au fond de ma mâchoire.
Dent, couronne, roi et puis la souffrance rachetée à crédit, celle qu'on reprend généreusement à son compte : les idées en association de malfaiteurs - le langage. On ne peut que le procès d'intention et cela suffit pour qualifier le péché. Alors je me retrouve cloué sur la chaise, près d'une fenêtre sur cour comme une colline. Alors l'odeur marine des flots de souvenirs crevés me remonte à l'âme et le coeur. Alors revient la question : à qui la faute puisque tous ont péri ? Il serait facile de dire que mon père n'était pas charpentier cocu mais prothésiste dentaire.
Il serait facile, et sans doute pas. De toutes façons, je ne le ferai pas. Je ne ferai rien, comme à mon habitude. Je resterai à contempler les macchabées tomber tout en continuant à rater mes suicides, en ignorant superbement cette absurde théorie de la balle perdue. Je ne plaiderai pas coupable puisque les autres ont payé ; qu'importe la justice posthume, les vivants sauvent leur peau. Je me ferai une raison, même si ça ne sert à rien. Je ne ferai rien. Comme à mon habitude.
Je raconterai un peu, ça remplira quelques billets pour ce site, ça justifiera mon prochain disque, et des lettres d'amour aussi. Quelques larmes au milieu de l'ennui. Je me dirai que demain il faudra bien, et au fond du désespoir trouver un nouveau mensonge à croire, un rêve à la con, la rédemption d'un instant. Et ça suffit, juste assez pour ne pas y passer, et c'est tout. Rien.
Ni en bien, ni en mal. La lâcheté en destin, une planète morte depuis long et les meurtres en satellites. Je n'assumerai pas et surtout pas la dette (laquelle ?). J'affronterai seulement le regard mais ne le soutiendrai pas, et l'histoire passera, sans moi. Les histoires passent toujours. Est-ce encore une défaite lorsque l'on perd sans combattre ? Ce n'est ni une vie, ni une mort, rien, qu'un abandon en condition.

Quinze jours après les premiers attentats meurtriers, Londres a subi une nouvelle vague d'attaques terroristes. Cette fois-ci les charges n'ont pas explosé. Ce matin à Stockwell Station des policiers ont abattu un individu suspect - Scotland Yard se refuse encore à toute précision.

__________
(*) http://www.u-blog.net/buffetfroid

Panic Attack

If you wanna die
Go on and commit suicide
You wanna live I know
You gotta get em by the throat (...)
So anyway, anyway she'll leave me alone
So anyway, you said so yourself so no

[THE PADDINGTONS, "Panic Attack"]