Bonsoir,
Je m'appelle Christian Meursault, je suis citoyen canadien, j'habite Montréal où j'exerce la profession de journaliste indépendant. Je suis un ami de Nono le Hool's. J'ai pris le premier vol pour JFK airport dès que j'ai appris la terrible nouvelle, par un coup de téléphone de Carrie à l'heure du café, qui venait juste de l'entendre aux journaux télévisés du matin. Je sais que par l'expression francophone de ce blog, beaucoup de ses lecteurs sont en Europe et principalement en France, alors peut-être n'êtes-vous pas au courant encore : Nono le Hool's a été retrouvé mort à l'aube dans son appartement de Brooklyn, de toute évidence assassiné.
Je ne peux vous en dire plus, vous comprendrez aisément pourquoi, mais toutefois je vous ai traduit des passages, significatifs, issus des quelques pages que j'ai pu me procurer du rapport du NYPD. Je vous fais aussi part d'une photographie du corps, désolé pour la piètre qualité de l'image mais il s'agit d'un cliché pris à la sauvette, à l'insu des policiers présents (par un fidèle ami dont nous tairons l'identité). Ce sont les seuls éléments que je possède pour le moment quant à cette affaire. L'aspect particulièrement sordide de la mise en scène du meurtre, la si grande tendresse que je portais au disparu et donc l'immensité du chagrin qui m'écrase ce soir me poussent à ne pas attendre d'hypothétiques avancées de l'enquête officielle - après tout, bien qu'ignoblement orchestré, ce crime ne semble pas être autre qu'un perpétré par un rôdeur, sans doute un junky en manque de fonds pour sa came. Ca s'impose même en évidence pour le détective de service, un crime crapuleux. Un de plus avant le prochain, qui viendra assez vite, et qui est certainement venu assez vite. La loi des séries rend les drames bien insignifiants, il est si fade le goût de déjà vu. Le boulot c'est le boulot et quand on est flic, un cadavre c'est le boulot.
Mais pour moi c'est un ami, parti. Une vie. Et le coeur qui se déchire, les yeux perdus dans les lumières narquoises de l'Hudson river. Le coeur qui hurle, sa peine, sa rage, son impuissance absolue mais aussi une promesse : justice devra être faite. Je mènerai mes propres investigations, et je m'en viendrai ici rendre compte de leurs progrès (je vais avoir besoin de vous, vous qui lisiez jusqu'à maintenant ses billets quotidiens, vous qui dès lors le connaissez un peu, même et surtout dans ses ailleurs - Toutes les informations, y compris celles apparaissant comme les plus quelconques, seront bonnes à savoir, n'hésitez pas à m'écrire, je vous en prie :
c.meursault@amontreal.com). Je publierai sur son blog mon combat pour sa mémoire, avec de sa machine aussi comme de son corps un peu : le PowerBook qu'il m'avait prêté il y a un mois, et grâce auquel j'ai pu me connecter au Backstage aujourd'hui. Encore de sa voix, qui resonnera longtemps ici-bas, tant que son âme ne sera pas libérée, tant que le coupable ne sera pas châtié - et elle le sera, et il le sera.
Nono, mon copain, mon frère, devant le Ciel et l'Enfer, et parce que je t'aime, tu seras vengé.
Christian M.
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NEW YORK POLICE DEPARTMENT / CRIME REPORT
NYPD Inspector Harry CALLAGHAN
08/01/2005 Mon, 06:47 am
Case Number : 01-034388
(extraits)
"Aux alentours de 05:00 am alors qu'il effectue son ultime ronde, Mr Octavio Vasconcelos, gardien de nuit de l'immeuble, constate que la porte du 1207 est anormalement entrouverte. Il frappe légèrement afin de ne pas réveiller les autres occupants puis n'ayant aucune réponse il pènètre lentement dans l'appartement. Les lumières sont allumées (...). Les portes fenêtres de la terrasse sont ouvertes, ce qui provoque un courant d'air faisant virevolter les rideaux. Mr Vasconcelos croira voir dans ces tissus volant un individu qui s'enfuit, impression qu'il réfute maintenant."
"Aucune trace d'effraction n'est à relever, ni sur la porte d'entrée, ni sur les portes fenêtres de la terrasse. La porte d'entrée était entrouverte, la chaîne de sécurité normalement otée. (...) La porte d'entrée étant la seule issue possible, il semble que la victime ait volontairement ouvert à son assassin, peut-être même le connaissait-elle."
"Dans ces premières observations sur le lieu même, le coroner note tout particulièrement le nombre impressionnant de coups portés. (...) Plusieurs dizaines de coups sur la face et le crane (...) le buste et le dos semblent bleus de tuméfactions, plusieurs côtes brisées en de multiples endroits (...). La victime aurait été battue à mort."
"La mort semble être survenue longtemps après les coups portés (...). Aucun coup n'a été immédiatement fatal à la victime qui aurait agonisé de quelques minutes à plusieurs heures. L'autopsie précisera plus avant ces premières constatations."
"Malgré l'évident acharnement dans la violence dont a fait montre le meurtrier, il n'y a dans l'appartement aucune trace de lutte. (...) Tous les voisins ont été questionnés, aucun n'a entendu le moindre cri ou bruit suspect durant la nuit."
"Hormis l'endroit où git le corps, l'appartement apparait comme rangé et en ordre. (...) Le crime s'est produit là où le cadavre a été retrouvé, celui-ci ne semble pas avoir été déplacé, la victime n'a pas tenté ou n'a pas pu tenter de s'enfuir."