vendredi 30 juin 2006
Entre-Deux
La bouteille touche le fond,
presqu’obscène.
De l’abus depuis quelques soirs,
un sans trop.
Alors ce sont les haut-le-coeur,
les cigares qui s’enchainent
– de l’attente comme
de la partance : en fumée.
La bouteille mouille son renflement
tout en bas. Elle va partir
incessamment
– elle va venir.
Entre-deux, ça
coule.
Une larme qui en appelle
à l’ivresse
– là-bas les ennuis
crèvent de promesses
et ici la bouche se tait.
Des cendres,
la bouteille.
Dans le commencement de l’été,
les héros n’ont pas froid aux oreilles.
Ils ont chaud au cul.
Par nono le hool's,
à 00:34
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dimanche 25 juin 2006
Le Journal de quatre semaines
Avant propos
à Ophélie.
Comme dans une romance d’UGC, elle et moi nous sommes embrassés sur le quai d’une gare. Au revoir, dans quatre semaines – une autre gare mais le même baiser. Comme dans une romance d’UGC mais ça n’en était pas une : nous avons le crime tout en possibilités.
Quatre semaines, entre son corps et le mien ; un mois de mai à faire ce que l’on peut. Ce sera alors de la littérature. Parce qu’elle est tellement belle, elle n’est pas la vie mais une déchirure de poésie. Anywhere out of the world, mon Anarchie.
Ce sera de l’existence en suspens, à caresser du bout des doigts ; de l’encre couleur sang, de celui d’en bas. Un journal de quatre semaines, des lettres d’amour au coeur de l’ennui qui n’est déjà plus. Du bavardage aussi, qui ne demande qu’à se taire ; et il se taira. Dans quatre semaines.
Je prendrai le temps, et le tuerai lentement ; et j’y prendrai mon plaisir, pour lui offrir tendrement. A elle, que je retrouverai bientôt – dans quatre semaines –, que je coucherai alors comme je la couche ces jours sur le papier : la peau trouée. Toi qui me lis, c’est cela que j’écrirai : le ciel dans lequel elle m’a déjà noyé, en félicité. Les étoiles d’après les arrière-scènes ; le journal de quatre semaines.
(De l’amour, elle, et c’est tout. Mais que le monde entier se rassure : je lui conserve toute ma haine – ma haine, intacte, pour le monde entier, seul. Moi, je tiens un flingue dans la main, une main qui ne tremble presque plus. Loaded.)
Samedi 13 mai 2006
Elle a pris son train dimanche matin, sur le quai numéro 1. Elle m’a dit qu’elle m’aimait, et que j’avais peur pour rien. Elle s’est engouffrée dans sa voiture de TGV, vite pour ne pas pleurer. Elle est repartie tout en haut de la France, et je suis resté tout en bas.
J’ai traîné longtemps dans la matinée mes lunettes noires sous la pluie. Au marché Saint Aubin j’ai attendu la table de presse de la CNT qui n’est jamais venue. Deux accordéonistes donnaient comme il fallait à ma peine un petit air de vieux film italien. Mais pas l’once d’un déjà vu ; je crois que j’étais perdu. J’ai acheté des cigares, un kebab, et ai par hasard retrouvé le chemin de chez moi.
Il n’y avait plus toutes ses affaires partout, à part celles oubliées – et ce t-shirt qu’elle m’a laissé pour me tenir chaud dans l’approche de l’été : non, je n’ai pas rêvé.
Bien sûr que j’ai chialé, longtemps, souvent. Encore maintenant. Le cul sur le canapé et le reste dans la semaine trop passée. Elle a tout emporté, moi en entier. Ne demeure ici que la poésie d’un bonheur obscène sur ma peau délavée : le rouge des griffures et le sombre des ecchymoses. Les marques d’elle ; le souvenir du mal sublime qui advient quand la viande s’oublie. Car sa chair est si belle que l’on croirait des mots ; je suis né de ses lèvres. Et de ses dents.
Aujourd’hui elle s’est tue, alors moi aussi : j’écris. Dans le vertige, infini, mais sans plus ses jambes ou ses yeux auxquels me raccrocher. Dès lors amoureux le jour je rampe, la nuit je tombe.
Ces putain de nuits depuis,
où la vie revient en mensonges.
Le sommeil, une histoire de fantômes.
Je me couche toujours comme quand elle était là, aux heures où se finit le noir. Et je m’endors encore dans le murmure de son prénom – son odeur. Je pars, plus loin que quelque part : dans nos mêmes draps bleus je ressens la douleur de l’amputé. Ni endormi, ni réveillé, je reconnais son corps autour du mien. Et ses bras, et ses jambes, et son tout ça ; je lui parle aussi. Sans ma raison, sans ma folie, que tout mon Ça ; elle me répond ici. Dans l’entre-deux je ne flotte ni ne coule. Je pars plus loin que quelque part ; et j’y repose un temps hors du temps. Longtemps. C’est l’horreur qui me tire de là ; la réalité. Le jour ensuite qui ne fait que durer ; le souvenir en Désir, halluciné.
Mais.
Non, je n’ai pas rêvé ;
elle m’a dit qu’elle m’aimait.
Je la rejoindrai à la fin du mois de mai.

Lundi 15 mai 2006
D’amour.
Je tombe mais ne m’écrase : je la ramène.
Ma gueule.
Mardi 16 mai 2006
comme une pierre
elle m’a ramassé
sur un chemin sans chemin
d’un regard jeté
de lendemains en deux mains
Alors,
de ses yeux aux cieux
je vis d’en mourir
comme une étoile
Lundi 22 et mardi 23 mai 2006
(Notes brutes d’un va-et-vient en train)
Aller, 22/05.
Un train, encore un. L’histoire de ces semaines. De ces semaines avec elle. Loin, alors les trains.
Celui-ci va nulle part, il me ramène.
Vers une nuit. Une nuit chez mes parents, où je n’ai plus de chambre – ça évite les cadavres dans les lits. Mais j’ai mon Sagem dans une poche intérieure de mon veston. Celle vers le coeur, comme fait exprès – elle me colle au cul la tentation de la romance UGC. Il va peut-être falloir s’y habituer : ça m’apprendra à avoir trop rêvé (je n’ai plus de chambre).
Le train s’arrête à chaque gare : il se les tape toutes, une par une, une après l’autre. Les gares salopes. La campagne sous la grisaille, des bâtiments agricoles et/ou industriels – de la tôle.
Pour la première fois depuis quarante minutes que nous avons démarré, je lève les yeux vers mes compagnons de voyage. Un jeunot dort de l’autre côté de l’allée, la tête perpendiculaire. Et les autres, pareils à quelque chose près. J’ai faim. J’ai raté le train précédent qui m’aurait fait arriver à midi, du coup je n’ai pas déjeuné. Et mon père aura attendu pour rien : ce n’est pas facile d’être là.
Je pense à elle, je pense à Ophélie assise dans sa salle de classe dans un lycée paumé à des centaines de kilomètres des Pyrénées. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout des Pyrénées. J’ai faim, j’ai envie d’elle. Et je ne pars pas pour Nancy – pas aujourd’hui. Aujourd’hui le train ne va nulle part, il me ramène.
Un graff recouvre tout le bas de la fenêtre, des collines d’un sale bleu et du vert à la con, une touche de rouge aussi. Un bout de paysage qui me suit.
On construit le long de la voie ferrée, à l’approche de la ville – quartier résidentiel.
On dépasse le cimetière, les wagons sur un pont.
(le jeunot à la tête perpendiculaire s’est levé, il descend à la gare du moment – arrivé.)
Pas tout à fait cinq minutes à tirer, et puis nulle part, je serai revenu.
Pour une nuit.
Pas tout à fait cinq journées à traîner, et puis ailleurs, nous nous serons retrouvés.
En vie.
(Maintenant je le sais : je me fous du passé. Maintenant qu’elle nous fabrique des souvenirs.)
Retour, 23/05.
Trajet retour, un type joue au sudoku, il porte une moustache et un K-Way. Le train est neuf, je suis assis dans le sens contraire de la marche.
Le sudoku est descendu, un bout de voyage après sa journée de travail ; une femme en noir est montée. Elle s’appelle Sylvie (« Pas Sylvie du comité, hein ?! ») : il n’y a pas vingt secondes qu’elle s’est posée qu’elle gueule déjà dans son portable – un certain Maxime sait désormais que Sylvie (Pas Sylvie du comité, hein ?!) est dans le train. Alors elle se calme soudainement, se plonge dans un livre.
Le gars devant moi enchaîne, appelle une amie à lui : « Tu as vu la dernière fois, trente minutes et plus rien ; c’est pas grave, ça fera plaisir au prochain. »
J’envoie un SMS à Ophélie : « Je T’aime. »
(Le gars descend, je continue.)
La voie ferrée suit la route. La route que je prenais gamin, le samedi avec mes parents, leur voiture et ma soeur. Avant et après le tour du centre commercial et des grandes surfaces.
Je repense à un jour d’hiver, le retour de nuit. La neige aussi. Je ramenais avec moi une cassette pour mon C64, un jeu d’exploration du Titanic englouti. Un souvenir de douceur, malgré le noir, le froid, et la gerbante odeur du diesel – tout ça oublié. Il ne reste que le bonheur en promesse, dans cette boîte en plastique, un ailleurs en 16 couleurs.
Dans ma chambre.
Dans quatre jours, à la même heure, les trains en auront fini de bouger, de remuer mon écriture.
J’achèverai le voyage et la littérature.
(...)
Samedi 27 mai 2006
Je pars dans quelques heures, sans sommeil - j'en ramènerai des notes en vrac, un monde qui s'ordonne.
Par nono le hool's,
à 21:16
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