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MASSES ET LA BUREAUCRATIE EN 1920-1921
Tout le monde est maintenant d'accord pour reconnaïtre qu'au cours
de l'hiver 1920-1921, la Révolution russe vivait un moment particulièrement
critique : l'offensive en Pologne s'était terminée par
la défaite de Varsovie, aucune révolution sociale n'éclatait
dans l'Europe occidentale, la Révolution russe demeurait isolée,
la famine et la désorganisation s'emparaient du pays entier;
le péril de la restauration bourgeoise frappait aux portes de
la révolution. En ce moment critique, les différentes
classes et partis qui existaient à l'intérieur du camp
révolutionnaire présentèrent chacun leurs solutions
pour résoudre la crise.
Le gouvernement soviétique et les sphères supérieures
du parti communiste appliquèrent leur programme du renforcement
du pouvoir de la bureaucratie. L'attribution aux « Comités
exécutifs » des pouvoirs attribués jusqu'alors aux
soviets, le remplacèment de la dictature de la classe par celle
du parti, le déplacement de l'autorité à l'intérieur
même du parti, de ses membres à ses cadres, la substitution
au double pouvoir de la bureaucratie et des ouvriers dans les usines
du seul pouvoir de l'appareil, tout cela devait « sauver la Révolution
! » C'est à ce moment que Boukharine prononça son
plaidoyer en faveur du « bonapartisme prolétarien ».
« En se limitant lui-même », le prolétariat
aurait soi-disant facilité la lutte contre la contre-révolution
bourgeoise.
Ainsi se manifestait déjà l'énorme suffisance,
quasimessianique, de la bureaucratie communiste.
Les 9° et 10° congrès du parti communiste, ainsi que
l'intervalle d'une année qui les sépara, se passèrent
sous le signe de cette nouvelle politique. Lénine en fut le réalisateur
rigide, et Trotsky le troubadour. La bureaucratie prévenait la
restauration bourgeoise... en éliminant les traits prolétariens
de la révolution.
La formation de « l'opposition ouvrière » au sein
du parti, appuyée, non seulement par la fraction prolétarienne
du parti, mais aussi par la grande masse des ouvriers sans parti, la
grève générale du prolétariat de Pétrograd
peu avant la révolte de Cronstadt, et enfin cette insurrection
elle-même, tout cela exprimait les aspirations des masses qui
sentaient, plus ou moins clairement, qu'une « tierce personne
» était en train de porter atteinte à ses conquêtes.
Le mouvement des
paysans pauvres de Makhno en Ukraine fut, dans l'ensemble, la conséquence
des mêmes résistances. Lorsqu'on examine, avec le recul
historique dont nous disposons maintenant, les luttes de 1920-1921,
on est frappé de voir que ces masses dispersées, affamées
et affaiblies par la désorganisation économique, ont néanmoins
trouvé en elles la force de formuler avec autant de précision
leur position sociale et politique, et de la défendre, à
la fois, contre la bureaucratie et contre la bourgeoisie.
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